Dans le cadre de son activité de formation professionnelle ou continue, TRiPALiUM publie les articles de veille et de synthèse de ses stagiaires .
La publication de ces articles participe à leur progression pédagogique. Si vous êtes interessé par une formation TRiPALiUM
cliquer ici

 L'auto-entrepreneur

Publié le : 3 mai 2009

Auteur : Aude Fernandès Florence Lorrain

bullet

Autres articles du même auteur :


L
e statut communément appelé de l’auto-entrepreneur, qui est un entrepreneur, individuel a été mis en place en janvier 2009 afin d’apporter une réponse à l’augmentation du nombre de chômeurs, à la nécessité d’augmenter le pouvoir d’achat et à une demande de français d’une plus grande individualisation du travail. Le concept d’auto-entrepreneur ressort du rapport de M François Hurel intitulé « En faveur d’une meilleure connaissance du travail indépendant » qui a été remis en Janvier 2008 au secrétaire d’Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur. Ce document formule une série de propositions dont certaines on été reprises
dans la loi de modernisation de l’économie n°2008-776 du 04 Août 2008 sous le premier chapitre « instaurer un statut de l’entrepreneur indépendant » (1). Ce statut existe même si la loi n’instaure pas véritablement un statut de l’entrepreneur individuel/ auto-entrepreneur dans la mesure où celui-ci n’est pas strictement défini sur le plan juridique, fiscal et social. Il s’agit plus d’une série de mesures qui aménage et simplifie les obligations juridiques, fiscales et sociales des personnes exerçant une activité non salariée dans le cadre d’une entreprise individuelle (1).
 

   

CONTEXTE INTERNATIONAL ET COMMUNAUTAIRE

Le statut de l’auto-entrepreneur n’est pas issu d’une juridiction internationale ou communautaire. Nous n’avons donc rien trouvé sur ce sujet dans les sources formelles ou informelles du droit international ou communautaire.

Cependant il s’inscrit bien dans l’état d’esprit de la Convention 122 de l’OIT adoptée en 1964 à Genève concernant la politique de l’emploi. Pour résoudre les problèmes du chômage, les membres doivent « prendre des méthodes adaptées… pour déterminer et revoir régulièrement… les mesures à adopter » (2).

Au niveau communautaire, l’Union Européenne précise qu’il faut valoriser les initiatives entrepreunoriales. 23 Millions de PME que compte l’UE représentent 99% de l’ensemble de ses entreprises et dans ce cadre, on trouve des recommandations afin de définir le statut de la micro entreprise ou des très petites entreprises (« small business act ») comme la Recommandation 2003/361/CE de la Commission, du 6 mai 2003.Journal officiel L 124 du 20.05.2003]. (3) Le statut d’auto-entrepreneur en est la plus petite entité puisqu’il n’y a pas de salarié.

LE STATUT DE L’AUTO ENTREPRENEUR

C’est donc la Loi de modernisation de l’économie n°2008-776 du 04 Août 2008 sous le premier chapitre « instaurer un statut de l’entrepreneur indépendant » qui définit ce qui relève de ce nouveau statut.

I / LES  CONDITIONS D’ACCES AU REGIME DE L’AUTO-ENTREPRENEUR

Seules les personnes physiques peuvent exercer à titre individuel une activité (commerciale ou non, artisanale, services, toute activité professionnelle indépendante). Cette activité peut être menée à titre principal ou complémentaire.

A)    Etre soumis au régime fiscal de la micro-entreprise

L’article 50.0 et l’article 102 ter du Code Général des Impôts déterminent les modalités d’application des régimes fiscaux des micro-entreprises BNC (bénéfice non commercial) 

Les sociétés (même de personnes telles que définies dans le Code Général des Impôts) et les associations à but non lucratif sont exclues du régime fiscal de la micro entreprise donc du statut d’auto-entrepreneur.

Le chiffre d’affaire de l’auto-entrepreneur est plafonné suivant l’activité :

w80 000 € pour les entreprises dont l’activité principale est la vente de marchandises, objets, fournitures, denrées à emporter ou à consommer sur place ou fournir des prestations d’hébergement (hôtellerie, chambre d’hôte)

w 32 000 € pour les prestations de services à caractère commercial ou artisanal

w32 000 € pour les autres prestations imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), concerne principalement les professions libérales.

L’auto-entrepreneur doit choisir d’exercer en franchise de TVA. Le chiffre d’affaire ne doit pas dépasser les plafonds. Dans ce cas l’auto-entrepreneur ne facturera pas de TVA au client. En revanche, il ne pourra récupérer la TVA facturée par ses fournisseurs. (Sont exclues les entreprises dont l’activité relève de la TVA agricole, immobilière.) C’est l’article 293 B et suivants du Code Général des Impôts qui précisent le régime de franchise en base de TVA.

Régime d’imposition : l’auto-entrepreneur ne doit pas opter pour le régime d’imposition selon le réel simplifié. En outre, s'il ne réalise aucun chiffre d'affaires, il ne subira pas de prélèvement

B)    Autres conditions

ü Un agrément est obligatoire pour toute activité de services à la personne.

ü Une assurance professionnelle doit être souscrite (pour les activités pour lesquelles elles sont obligatoires).

ü Si l ‘auto-entrepreneur est salarié, il a une obligation de loyauté envers son employeur.

ü L’auto-entrepreneur doit respecter la réglementation générale et les normes techniques professionnelles.

üLa qualification professionnelle reste requise par la loi pour certaines activités (Article 16 de la loi du 05 Juillet 1996, loi n°46 -1173 du 23 Mai 1946)

II/  QUI PEUT DEVENIR AUTO-ENTREPRENEUR ?

Toute personne physique peut devenir auto-entrepreneur. Toutefois la question se pose pour les demandeurs d’emploi, les retraités et les fonctionnaires.

A)    Les demandeurs d’emplois

Les conventions UNEDIC, dont la dernière en date du 18 Janvier 2006, et leur règlement ont  amélioré la situation des salariés créateurs ou repreneurs d’entreprise. En effet, la création ou la reprise sont considérées comme un acte positif dans la recherche d’emploi. Tout demandeur d’emploi indemnisé par l’allocation chômage peut devenir auto-entrepreneur. Il faut néanmoins prendre en compte les conséquences de la création d’une activité non salariée sur le versement des indemnités. De plus, qu’en est-il des personnes salariées licenciées qui sont auto-entrepreneurs ? Ont-elles droit à percevoir leur indemnité ? La convention du 19 Février 2009 reconduit les principes antérieurs. Elle précise que le salarié privé d’emploi qui remplit les conditions pour prétendre à une indemnité et qui exerce une activité occasionnelle ou réduite, peut percevoir l’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi. Réserve est faite que ces activités conservées ou débutées n’entraînent pas une rémunération supérieure à 70% des rémunérations brutes mensuelles perçues avant la perte de l’emploi. (Articles 28 à 32 du règlement général annexé à la convention du 19 Février 2009 relative à l’indemnisation du chômage publié dans le cadre de l’arrêté du 30 Mars 2009, JO du 01 Avril 2009). Dans le cas de personnes bénéficiant d’allocations de solidarité (allocation spécifique, allocation temporaire d’attente, allocation équivalent retraite), elles continuent à percevoir ces indemnités et peuvent commencer l’exercice d’une activité non salariée (Articles R 5422-1 et suivants du code du travail) (4).

B)    Les fonctionnaires

La loi du 13 Juillet définit la règle sur le cumul des activités des agents de l’Etat. Elle limite l’accès au statut d’auto-entrepreneur. Néanmoins la loi de modernisation de la fonction publique du 02 Février 2007 et le décret n° 2007 -658  du 02 Mai 2007 l’assouplissent. Il faut prendre en compte la durée du temps de travail, la compatibilité entre l’activité complémentaire et la fonction de l’agent. Temps plein : l’autorisation de l’autorité dont relève l’agent est obligatoire. Pour les activités d’expertise, de consultation, d’enseignement, de formation, de travaux chez des particuliers, elles doivent être considérées comme accessoires. Elles n’ont pas de limites dans le temps. Pour les autres activités (industrie, commerce, artisanat, ou libérale) l’agent est considéré comme créateur d’une auto-entreprise. La durée est d’un an renouvelable.

Temps incomplet ou non complet : Toutes activités confondues, l’agent doit informer l’autorité dont il dépend. Il n’y a pas de limites dans le temps à priori

C)    Les retraités

Les règles du cumul emploi-retraite s’appliquent intégralement que la personne concernée reprenne ou crée une activité sous le régime de l’auto-entrepreneur

III/  CUMUL D’ACTIVITE

Il faut distinguer l’activité achat/revente et les prestations de services.

A)    Une même personne physique au sein d’un même foyer fiscal

En cas d’activité mixte : le chiffre d’affaire ne doit pas dépasser 80 000 €. A l’intérieur de ce chiffre d’affaire, la part relative aux prestations de services est limitée à 32 000 €. En cas d’activité commerciale et, à titre accessoire, une activité non commerciale relevant du bénéfice non commercial : la somme des deux chiffres d’affaire est plafonné à 80 000 €, la part inhérente aux prestations de services n’excédant pas 32 000 €.  A l’inverse, si l’activité principale relève du bénéfice non commercial et l’activité commerciale est accessoire : le chiffre d’affaire global atteindra 32 000 € maximum. Enfin, si l’auto-entreprise comporte plusieurs activités : la somme des chiffres d’affaire des activités commerciales est limitée à 80 000 €, celle des chiffres d’affaire des activités dont le bénéfice est non commercial est limitée à 32 000

B)    Deux personnes d’un même foyer fiscal

Si deux personnes d’un même foyer fiscal ont chacun une entreprise distincte constituant un bien propre, le chiffre d’affaire de chaque entreprise s’apprécie séparément. 

IV/ DISPOSITIONS PARTICULIERES AU REGIME DE L’AUTO-ENTREPRENEUR

A)    Avantages sociaux et fiscaux

Décret n° 2008-1348 du 18 décembre 2008 relatif au régime de déclaration et règlement simplifiés des cotisations et contributions sociales et de l'impôt sur le revenu des travailleurs indépendants relevant des professions artisanales, industrielles et commerciales  Et  décret n° 2008-1349 du 18 décembre 2008 relatif aux taux applicables à chaque catégorie d'activité des artisans et commerçants relevant du régime de l'article L. 133-6-8 du code de la sécurité sociale.

Le fait d’adhérer au régime micro social permet de s’acquitter dans le même temps forfaitairement, au mois ou au trimestre, des charges sociales et de l’impôt sur le revenu. Leur montant est calculé sur ce qui a été encaissé. Ces taux s’appliquent sur le chiffre d’affaire et non sur le bénéfice. Il n’y a  pas à tenir compte des charges professionnelles.

Le principe d'un unique prélèvement fiscal et social soumet l'auto-entrepreneur à un prélèvement équivalent à

- 13 % de son chiffre d'affaires pour toute activité commerciale

- 20,5 % pour une activité libérale

- 23 % pour les activités de service.

La périodicité de déclaration et de paiement choisie vaut pour chaque année civile. Elle est tacitement reconduite l’année suivante sauf modification par l’auto-entrepreneur qui doit en informer la caisse compétente. Il y a un choix entre un règlement mensuel ou trimestriel et des dérogations en début ou fin d’activité. (Art.R. 133-30-1, Art R.133-30-2, Art R.133-30-3 du code de la Sécurité Sociale) (5)

Sécurité Sociale et Retraite : le régime de l’auto-entrepreneur permet d’affilier directement le créateur d’entreprise à la sécurité sociale des indépendants. Il ouvre droit à l'assurance maladie et à la retraite à partir du premier euro de chiffre d'affaires réalisé. Le prélèvement des cotisations sociales s'opère à la source en fonction des recettes encaissées au cours d'une période donnée. Il permet de valider des trimestres de retraite. La validation de plus d’un trimestre dépend  du niveau de revenu obtenu après abattement forfaitaire sur le chiffre d’affaire. En droit commun, pour valider un trimestre, il faut avoir cotisé sur la base d’un salaire égal à 200 fois le SMIC horaire, valeur au 01/01)

Régime d’imposition : comme noté en I / une des conditions pour avoir accès au régime de l’auto-entrepreneur est d’être soumis au régime fiscal de la micro entreprise.

B)      Des démarches simplifiée

L’entreprise est dispensée de taxe professionnelle durant trois ans.

Il n’y a pas d’obligation d’immatriculer l’entreprise au registre du commerce et des sociétés, ni au répertoire des métiers. Seule une déclaration auprès du Centre de Formalité des Entreprises suffit .Ce formulaire vaut demande de délivrance de n° SIREN, de déclaration auprès du régime social des indépendants, et déclaration d’activité aux services fiscaux.

Enfin, l’auto-entrepreneur est dispensé du stage de préparation à l’installation (pour les activités artisanales). L’auto-entrepreneur est libre d'interrompre ou non son activité à n'importe quel moment sans être soumis à des formalités ou obligations administratives et fiscales. En conclusion, il s’agit donc bien de la création d’un nouveau statut qui s’inspire de régimes déjà existants et y apporte des simplifications supplémentaires. Ce statut est donc en place depuis le début de l’année. Le nombre de sociétés créées a connu un rebond exceptionnel selon l’INSEE (+34,7%) depuis (1). Pas moins de 120 000 nouveaux inscrits sont dénombrés à la fin du premier trimestre 2009, soit «plus du double de l'objectif initialement fixé» indique Henri Novelli, le Secrétaire d’Etat chargé du commerce et des PME qui en avait prévu 200 000 sur l’année (6). Selon une étude de l’Acoss (Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale) portant sur les inscriptions, 70% des auto-entrepreneurs sont des hommes, 31,20% sont des sans-emploi et 36,7 % des salariés. Ils se sont créés de façon relativement homogène sur le territoire français. Les activités de conseil viennent en tête (7).

En parallèle, 38% des TPE redoutent de devoir cesser leur activité en 2009, notamment par un durcissement des conditions au crédit (8).

L’avenir va montrer dans quelle mesure il y a de réelle activité commerciale derrière ces inscriptions et quelles en sont les conséquences pour d’autres statuts. Les Artisans en sont les plus virulents opposants car ils n’ont pas les mêmes avantages et estiment que 6412 artisans se sont déclarés auto-entrepreneurs en février au lieu de s’inscrire dans les chambres de métier (APCM) (7)

 

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE - Webographie
   
(1)       www. lautoentrepreneur.fr
(2)        www.tripalium.com
(3)        www.europea.eu
(4)        www.legifrance.fr
(5)        www. Droit-autoentrepreneur.fr
(5)        interview par Yann Le Galès le Figaro d’Henri Novelli du 17/04/2009
(6)        article de Cy.L. dans le Figaro Economie du 01/04/2009
(7)        article/entrefilet non signé de Marianne du 05 mars 2009
ANNEXES
 

Cet article a été lu  Hit Counter fois

 
Autorisation de reproduction de documents extraits du site Eur-lex de l'Union Européenne par autorisation de l'Office des publications officielles de la Communauté européenne en date du 21 mai 1999 ref: 99-cop-200
Copyright ã 2007 social conseil entreprise TRiPALiUM - Tous droits réservés. Toute reproduction , même partielle, de la page, par quelque procédé que ce soit ( électronique, photocopie, imprimante, bande magnétique, disquette, cd-rom ou autre ) est interdite sans autorisation par écrit de Yvan Loufrani  L'impression pour usage à titre privé et documentaire est autorisée