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  Les tests génétiques utilisés dans le recrutement : Mythe ou réalité ?


C

omment réagir si vous prenez rendez-vous chez le docteur pour des difficultés respiratoires et que quelques mois plus tard, vous perdez votre emploi et tout droit à une sécurité sociale ?

C’est effectivement la question que s’est posée l’Américain Terri Seargeant, en avril 1999, après avoir passé des tests génétiques qui lui ont confirmé qu’il possédait le gène malade de sa famille.

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Comment réagiriez-vous ensuite si l’entreprise dans laquelle vous souhaitez travailler vous refusait le poste en raison de votre éventuelle aptitude à contracter un cancer d’ici 30 ans ?

C’est la question de millions d’américains après les abus pratiqués par les entreprises qui utilisaient les tests génétiques pour recruter certains de leurs collaborateurs.

Une étude récente faite par l’association américaine de management (American Management Association) démontre que sur 2133 entreprises, 1.3 % font des tests génétiques sur les cancers du sein ou du colon, 0.8 % des tests pour l’anémie et enfin 0.3 % des tests sur la maladie de Huntington, répandue aux Etats-unis.

D’autre part, la discrimination génétique ne s’applique pas uniquement qu’avec des tests, elle peut aussi avoir lieu lors d’un examen de santé, où les antécédents familiaux du patient sont mis en avant. Ainsi, aux Etats-unis, ces pratiques concernent 30 % des embauches.

Devant ces abus répétés, Bill Clinton a fait passer, en automne 2000, une loi interdisant toute agence fédérale « d’obtenir ou d’utiliser toute information génétique dans le cadre d’une décision managériale, incluant le recrutement, le licenciement ou la promotion. Cette loi comporte une exception concernant les informations nécessaires dans le cadre de métiers à risque. Par exemple, un mineur dont la famille connaît des cas de problèmes respiratoires. Mais malheureusement, cette législation n’est appliquée que dans 22 états

Ainsi, l’effet pervers qui touche le développement des tests génétiques ne s’arrête pas à l’emploi. Les assureurs y trouvent également leur compte : les assurances maladies et les assurances vie étant déjà discriminatoires, le deviennent plus que jamais avec l’apparition des tests génétiques. Ils mettent ainsi en place des polices d’assurance sur mesure et sans risque pour les assureurs.

Conséquence : beaucoup de personnes ne vont plus faire de tests. Ils mettent donc leur vie en danger !

’utilisation des tests génétiques déjà très présente aux Etats-Unis, risque-t-elle d’arriver jusqu’en France ? Ce genre de pratique est-il utilisé ? Quels sont nos droits ?

Le sujet semble rester tabou en France et aucune étude sérieuse n’a été réalisée sur cette nouvelle méthode. On remarque néanmoins que l’état de santé d’un salarié est de plus en plus contrôlé par le biais de test notamment génétique.

C’est dans les années 90, avec l’apparition du SIDA, que les discriminations ont fait rage. Elles se sont accentuées avec le développement de techniques génétiques.

Les lois françaises semblent être plus précises à cet égard. 

L’article 16-10 alinéa 1 du code civil précise que « l’étude génétique des caractéristiques d’une personne ne peut être entreprise qu’à des fins médicales ou de recherches scientifiques. » Ceci n’exclue pas le rôle du médecin du travail qui peut « prescrire des examens nécessaires au dépistage des affectations comportant une contre-indication au poste de travail ». (Art R 241-52 du code du travail). Le principal étant de ne pas confondre les prédispositions de certains individus à contracter une maladie dans un contexte de travail précis et de réelles mauvaises conditions de travail applicables à tout le monde.

Les lois ne s’arrêtent pas là : Un projet de loi relatif à la bioéthique a été présenté au conseil des ministres du 20 juin dernier. (www.assemblee-nationale.fr). La situation n’est donc pas figée puisqu’il a été proposé de compléter l’article 16-13 du code civil par « Nul ne peut faire l’objet de discrimination en raison de ses caractéristiques génétiques ».

Ainsi, si cette proposition d’amélioration de la loi dans son titre I marque une nette évolution et semble rassurante, on peut se poser la question de l’application de la loi : Comment un candidat à un poste pourra-t-il prouver qu’il a été victime d’une discrimination génétique ? A moins d’une maladresse du chef d’entreprise, qui consisterait à justifier le refus du candidat en invoquant le motif d’une défaillance génétique...

                                                                             Anne-Lise MILLOT

Sources :

« La protection des droits fondamentaux du candidat à l’emploi » par Bernard BOSSU, professeur de la faculté de droit de Nancy.

« Projet de loi relatif à la bioéthique présentée au nom de M. Lionel Jospin par Me Elisabeth GUIGOU, ministre de l’emploi et de la solidarité ».www.assemblee-nationale.fr/projets/pl3166asp

« Aux Etats-Unis, les employeurs utilisent déjà...  » Par M. Chisal et G. Amista

« Genetic testing gets a trial run » Par L. M. Sixelwww.houstonchronicle.com

« Pink Slip in your genes » Par Diane Martindal www.scientificamerican.com

« Genetic testing potential impact on HR ». Par Andrew R. Mellvaine. www.workindex.com

« Genetic information and the workplace »  www.nhgri.nih.gov/HGP/reports/genetics_workplace.html

 

Qui est
 Anne-Lise MILLOT

 

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