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Par  Sophie Darde

La citoyenneté : une implication nécessaire des salariés comme de l’entreprise

Autre article de Sophie Darde : Pourquoi une charte sur le bon usage des NTIC ?


L’objectif de l’article «Pourquoi une charte sur le bon usage des NTIC ?» était de montrer qu’une charte offrait aux salariés une approche pédagogique sur les nouvelles technologies du virtuel. En retour, la charte pouvait se révéler le "bon outil" pour responsabiliser le salarié face à des moyens de communication et d’information qui, mal utilisés, représentaient de gros risques pour l’entreprise. Cette responsabilisation pouvait alors induire la notion de "salarié/citoyen". Cette définition est-elle applicable aujourd’hui ? Si cela est tout à fait probable, l’entreprise devra obligatoirement fournir de fortes contreparties.

Citoyen !  Faisons un bref retour sur nos cours de philosophie et de droit

La définition du «citoyen» est double : 

1.      Celui qui appartient à la cité, notion rapportée de la Grèce Antique. Cette vision permettra d’aborder l’environnement de l’individu.

2.      Individu considéré comme personne civique : le bon citoyen en somme, avec la prise en considération de ses droits et de ses devoirs.

L’environnement de l’individu se réfère inévitablement à la société, aux individus qui l’entourent.  Pour participer à la vie de la cité, in extenso à celle de la société, l’individu va devoir respecter des règles définies par la loi mais aussi se fixer des devoirs de bonne conduite : accepter les autres et leurs différences, participer et aider à la vie en communauté. Un non-respect de certaines règles impliquera soit des sanctions définies par la Justice (amendes, emprisonnement…), soit une mise à l’écart par les autres individus.

Mais les règles et les devoirs ne sont pas les seuls "ingrédients" à la bonne marche de la société.  Il faut pourvoir l’individu de droits, que diverses chartes sur les droits de l’homme rappellent aussi souvent que possible : égalité et liberté… d’expression, de circulation, de respect de la vie privée, rejet de la discrimination.  Néanmoins, «la liberté des uns commence où celle des autres s’arrête».

Au citoyen, se rattache enfin une notion politique.  Pour participer à la vie de la société, l’individu va élire ses représentants afin qu’une cohésion forte puisse s’établir.  Ne dit-on pas que le bon citoyen doit voter… faire acte de civisme ? Ne l’a-t-on pas assez entendu au cours de ces dernières semaines au moment des élections. Toutefois, on notera que la côte de popularité des hommes politiques n’a cessé de chuter dans les sondages au cours de ces dernières années.

Comment rapprocher le salarié de l’image du citoyen ?

Tout d’abord par son contexte : l’entreprise regroupe bien un ensemble d’individus. Le salarié reçoit et émet continuellement des informations à d’autres salariés (collègues, managers, clients, fournisseurs). La nature des données sera différente selon le niveau de qualification et le positionnement au sein de la hiérarchie.

Ensuite, d’autres facteurs se retrouvent à l’identique :

·       les règles : éditées par le règlement intérieur, le contrat de travail, où il est inscrit que le salarié doit accomplir un travail défini en respectant des horaires de travail, un lien de subordination…

·       les droits : en échange du travail qu’il fourni, l’entreprise a le devoir de rémunérer son salarié. Ce dernier a le droit d’être formé, d’être informé, d’élire ses représentants du personnel et ses conseillers prud’homaux, de se défendre en cas de litige, de voir respecter le secret de ses correspondances personnelles…

·       les sanctions : posées généralement par le manager. Elles peuvent revêtir un caractère disciplinaire, comme le licenciement pour faute grave, ou suite à une appréciation favorable des performances, entraîner le versement d’une prime.

les dirigeants : souvent comparés à des politiques. Ils dictent les orientations

·       stratégiques de l’entreprise et servent de guide dans la bonne mise en œuvre de ces dernières. Malheureusement, leur stratégie, pas toujours clairement expliquée, entraîne parfois un désaveu de leurs collaborateurs, voire de leurs pairs (Jean-Marie Messier a vu Bernard Arnault, l’un de ses fidèles soutiens, quitter le conseil d’administration de Vivendi Universal). Leur honnêteté est même mise en doute, phénomène amplifié par les affaires Enron, Worldcom ou Xerox.

Les risques de la non-citoyenneté

La société traverse aujourd’hui de sérieuses difficultés liées à des problèmes d’intégration de populations qui n’arrivent plus à trouver leur place : ce sont les chômeurs et les immigrés pour la grande majorité. Beaucoup se retrouvent en total décalage avec la vie que mènent les «salariés». Les valeurs de respect mutuel, de vie en communauté sont rejetées par certains quand plus aucun espoir n’est possible. Des zones de non-droit où l’insécurité est devenue monnaie courante, se développent.

Cette situation risque de mener à l’éclatement de la société, d’autant plus que l’importance de ces populations ne décline pas et que ces personnes doivent être considérées comme de futurs salariés, compte-tenu du vieillissement de la pyramide des âges dans de nombreuses entreprises qui n’ont pas anticipé le problème suffisamment tôt, et de la "bombe à retardement" que représente le financement des retraites. Mais, il est surtout intolérable de laisser ces personnes abandonnées à leur sort au vue des richesses de notre pays.

Pourtant, le rejet continuel ne permettra plus, à terme, l’intégration de ces individus dans le monde de l’entreprise. Une personne qui souffre d’un manque de reconnaissance, et qui ne connaît plus les règles de bonne conduite de la vie de tous les jours (arriver à l’heure, travailler en équipe, apprendre…), n’arrivera plus à s’adapter aux règles de fonctionnement de l’entreprise et encore moins à adhérer à une culture d’entreprise.

Refuser cet état de faits, c’est l’affaire de tous et tout le monde devrait y trouver son compte. Les entreprises ne devraient pas oublier que tous les

 

exclus peuvent devenir de potentiels consommateurs. Les salariés, à la sortie de l’entreprise apprécieront de retrouver un havre de "paix" en rentrant chez eux. Beaucoup l’ont déjà compris en développant l’économie associative. «Les initiatives locales qui tissent la trame de l’économie associative, sont nées de trois sources distinctes : la préoccupation d’insérer dans l’emploi des personnes exclues du marché du travail, le souci de créer des activités dans des espaces urbains et ruraux défavorisés, la prise en charge de réponses à des nouvelles demandes par l’implication des usagers concernés et par l’attention constante à l’accessibilité des services, en particulier dans les services de proximité».

Cependant , la vie associative ne peut pas tout résoudre face à la mondialisation et la recherche du profit toujours plus forte. Si celle-ci peut préparer la réinsertion des individus désorientés et en mal de discipline, toutes les entreprises ne sont pas des associations à but non lucratif. Il est clair que les salariés doivent se montrer efficaces très rapidement. Si le système d’appréciation des performances  s’est propagé aussi rapidement,  c’est qu’aucune place n’est laissée aux "points voire maillons faibles" ; il est triste de constater que le développement des compétences n’est pas l’unique objectif recherché, en référence aux systèmes de notation mis en œuvre chez IBM ou Hewlett Packard.

L’intérêt de chacun aujourd’hui devrait amener à l’intérêt de tous demain

Que peut-on faire pour concilier toutes ces contraintes ? Concilier l’inconciliable nécessite une grande part de responsabilisation de tous les acteurs. L’entreprise est le creuset idéal pour réaliser cette épreuve de force.

Comment développer la responsabilité du salarié ? Une démarche "totalitaire" ne servirait à rien, sinon à le bloquer, et obtenir l’inverse de ce qui est escompté. Le principe de la Charte, acte constitutionnel selon la définition du dictionnaire, est excellent.  Vivendi Universal a choisi la voie de la « Charte Internet Confiance» : être le protecteur des droits de l’internaute tout en lui rappelant certains codes déontologiques (www.vivendiuniversal.com) ; Renault a préféré mettre en place la «Charte de Bon Usage des NTIC» pour rappeler de manière plus "disciplinaire" les engagements des utilisateurs.  Si les chartes sur les NTIC peuvent être citées en exemple, c’est que la plupart d’entre elles rappellent aux salariés les frontières à ne pas dépasser en termes de moralité et de savoir-être (discrimination, pornographie, piratage…). Ces points sont utiles à rappeler lorsqu’on constate les dérives de la ségrégation ou de la pédophilie.

Le salarié est aussi capable de se responsabiliser grâce à des actions élaborées dans un esprit de "fraternité" au sein de leur entreprise : le parrainage chez Accenture est très apprécié à la fois des parrains et des filleuls. Le simple fait de participer à des groupes de pilotage pour améliorer certaines pratiques ou apporter son savoir-faire est un acte de civisme vis-à-vis de l’entreprise.

La responsabilisation des salariés passe aussi par la formation, le développement des compétences et de l’esprit d’initiative. Le principe du volontariat civil, issu de la loi N° 2000-242 du 14 mars 2000 dans le cadre de la réforme du service national, peut parfaitement y répondre avec la volonté supplémentaire d’intégrer les jeunes.

La citoyenneté : c’est aussi l’affaire de l’entreprise

Une entreprise qui s’engage dans la stratégie du développement durable fait aussi un choix de responsabilisation. Ce concept s’articule autour de trois aspects indissociables : le respect de l’environnement, l’équité sociale et la rentabilité économique. Mais toutes ne prennent pas ces orientations. L’existence des lois remettent ainsi en ordre ou facilitent certains actes de citoyenneté que certaines entreprises oublient d’appliquer, volontairement ou non, comme l’intégration des handicapés 

Des sociétés incitent même leurs salariés à l’action solidaire. Ford  fait reposer son programme de "corporate citizenship" (entreprise citoyenne) sur l’idée que «l’entreprise fait partie d’un environnement et qu’elle doit contribuer à l’améliorer». Pour se faire, le constructeur favorisait début 2001 en France l’engagement de ses salariés dans des associations locales à vocation solidaire en leur accordant 16 heures par an. Une association interne, dotée d’un budget de 45 000 € où chaque service du siège verse 1% de son budget de fonctionnement,  a également été créée pour pérenniser l’engagement du personnel. A savoir, ce programme a d’abord été lancé aux Etats-Unis (www.ford.com).

Timberland (www.timberland.com) alloue, elle, à ses salariés un «temps d’utilité sociale» de 5 jours payés par l’entreprise pour se mettre au service des autres. Dans cet objectif, l’entreprise a d’ailleurs conclu un partenariat avec l’association Unis-Cité. Le bénéfice que tirent beaucoup de salariés de cette initiative de "citoyenneté active", est de «prendre du recul par rapport à leur travail quotidien».

La citoyenneté en entreprise résulte clairement d’une synergie entre les salariés et leurs dirigeants. Il est évident que ces derniers doivent donner l’exemple s’ils souhaitent être suivis et crédibles.

Enfin, il est pertinent de rappeler que les syndicats ont un rôle de "gardes-fous" dans la conservation et le développement de certaines valeurs. Ils sont et se veulent des interlocuteurs incontournables dans la défense des concepts fondateurs de notre Société : Liberté…d’expression des salariés, du droit syndical – Egalité… de traitement entre hommes et femmes – Fraternité… face à la protection sociale.

Sophie Darde

Sources 

 

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www.lesechos.fr

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www.tripalium.com

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www.boursorama.com

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www.globenet.com

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Liaisons sociales

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Entreprise et Carrières

 

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