e-Learning : Point de vue d’un expert
INTERVIEW AVEC ERIC LE MAROIS
, Directeur Délégué, Responsable de l’activité e-learning en France chez
ACCENTURE
(anciennement Andersen Consulting)
Chloé Gallon : Percevez-vous aujourd’hui un réel besoin de la part de vos entreprises clientes d’avoir recours à l’e-learning ?
Eric Le Marois
:
Aujourd’hui, nous pouvons constater que les entreprises doivent changer assez rapidement pour s’adapter à la concurrence qui devient globale et pour grandir afin d’avoir une taille qui leur permette d’attaquer les marchés internationaux. Les entreprises font face à des problématiques de taille (avec un nombre de collaborateurs de plus en plus important) et de performance (qui est directement liée à la
compétence de leurs collaborateurs). L’objectif est de rendre un grand nombre de gens compétents rapidement toujours sur de nouveaux sujets et ce, de façon homogène parce que les entreprises s’adressent à des clients qui ont une attente de qualité de services assez homogène.
Taille, homogénéité et rapidité de déploiement incitent les entreprises à rechercher des solutions qui permettront de répondre à ces impératifs. Les nouvelles technologies ne sont qu’un moyen de rendre aujourd’hui la formation plus flexible, plus homogène à grande échelle.
Chloé Gallon : Quelles sont les raisons principales qui les incitent à mettre en place une formation à distance ?
Eric Le Marois
:
L’e-learning est une solution face à la complexité de déploiement. Quand il faut former des milliers de personnes réparties géographiquement et qu’il faut aller vite, il est souvent difficile de mettre en place une hiérarchie ou une cascade de formateurs qui ne sont d’ailleurs pas toujours disponibles, ni présents. Il est difficile de les faire se déplacer depuis leur lieu de travail. Avant, lors d’une formation classique, on fait déplacer des
gens pour plusieurs jours, alors qu’avec ces méthodes, on peut les faire déplacer pour des fractions voire même pas du tout. Ils peuvent rester à leur lieu de travail ou encore se former une heure en fin de journée chaque jour.
Je crois que l’avantage principal est plus la flexibilité que l’e-learning procure qu’une question de coût. Le coût est même presque secondaire.
Chloé Gallon : Selon vous, la formation à distance peut-elle détrôner la formation de type classique en centre de formation ?
Eric Le Marois
:
Non, je crois que l’objectif n’est pas de remplacer un mode de fonctionnement par un autre. L’objectif est toujours de rechercher la meilleure solution pour des cas toujours particuliers. L’e-learning est un mix d’approches pédagogiques et, en général, les sessions de groupes où les gens peuvent échanger leurs expériences vont continuer à exister. Le suivi sera toujours fait par un coach ou un tuteur même si en plus, des modules d’auto
formation viendront s’ajouter. Ces modules permettront aux gens de se former à leur rythme et de façon interactive. A terme, les formations passives où les élèves écoutent un instructeur-expert qui sait tout et qui présente les éléments au tableau viendront à disparaître.
Par contre, on gardera un mix d’approche. En effet, si l’on s’intéresse aux études sur la façon dont les gens apprennent, nous nous apercevons que, pour apprendre, il faut bénéficier d’un environnement assez riche et qui fasse appel à tous les sens. Tout ce qui est purement intellectuel, de réflexion peut se faire par autoformation. Par contre, les échanges d’expériences et de comparaisons qui se
font par le contact sont, elles aussi, très riches d’enseignement.
Donc, je crois que l’e-learning ne va pas bouleverser le monde de la formation. Les solutions d’apprentissage mélangeront des sessions de groupe et des sessions avec un tuteur ou un coach en complément de ces modules d’autoformation.
Chloé Gallon : Est-ce que, selon vous, l’e-learning se limite à certains domaines, tels que l’informatique, la bureautique ou encore les langues
Eric Le Marois
:
L’e-learning s’est d’abord développé dans ce domaines là parce que c’était la solution la plus simple. Mais force est de constater que les entreprises utilisent très souvent les nouvelles technologies sur des sujets bien plus complexes que simplement la bureautique ou les langues. Dans les magasins, il se vend certes des modules de bureautique et de langues, mais il y aussi tout ce que les entreprises font sur mesure, notamment sur les aspects métiers
où il faut développer des compétences d’analyse, de synthèse, de prise de décisions sur la base d’informations qui peuvent être dans des dossiers. (comme par exemple les métiers de la banque ou bien de l’assurance qui sont directement concernés).
L‘apprentissage de nouveaux systèmes d’information, au-delà de la bureautique sera directement concerné. Par contre, il est plus difficile de mettre en place des solutions de formations à distance pour tout ce qui est compétences interpersonnelles, comme apprendre à travailler en équipe. Mais aujourd’hui, il est même possible de donner des bases avec des
environnements multimédias assez riches pour apprendre aux gens à coacher une équipe.
Chloé Gallon :
Comment la mise en place d’une formation à distance est-elle perçue par l’ensemble du personnel de l’entreprise ? Avez-vous observé des phénomènes de résistances au changement avec ce nouveau type de formation ?
Eric Le Marois : Il peut y avoir de la résistance au changement à partir du moment où les salariés se demandent comment ils devront suivre ces formations. Souvent, ils se demandent s’ils devront suivre cette formation à distance en dehors de leurs heures de travail. Mais cette interrogation est rapidement levée. L’objectif n’est pas de former des gens
le soir ou le week-end. En général, nous adaptons les heures de travail pour qu’ils puissent venir se former près de leur lieu de travail mais en prenant sur les horaires qu’ils devront de toutes façons à l’entreprise.
Une fois que ce type d’interrogation est levé, une autre résistance peut naître, notamment lorsque le plan de formation n’est pas bien conçu et qu’il repose exclusivement sur de l’autoformation. Dans ce cas, les gens expriment le besoin d’avoir des contacts avec un groupe pour échanger leurs expériences. Mais si on a veillé à avoir un bon mix, tous les retours sont, en général, positifs.
Les gens apprécient, en effet, le fait de pouvoir se former à son rythme, de voir directement ce qui les intéresse, de ne pas être freiné par un groupe etc...
Chloé Gallon : Enfin, si l’on s’attache aux résultats de l’étude menée par le cabinet d’études français IDC indiquant que le marché du e-learning pourrait connaître en France un taux de croissance de 41,7 % au cours des cinq prochaines années, pensez-vous que l’e-learning soit l’avenir de la formation professionnelle en France ?
Ce qui est sûr, c’est que l’e-learning connaît une très forte croissance et qu’il est évident que la technologie apporte beaucoup au domaine de la formation. En terme d’avenir, l’e-learning fera certainement partie des solutions de formations à grande échelle dans lesquelles nous recherchons une homogénéité des résultats. Mais pour former trente personnes, il n’y pas de nécessité à faire
appel aux technologies.
Ensuite, ce n’est pas l’avenir de la formation dans la mesure où l’e-learning ne va pas remplacer les autres moyens de formation. L’e-learning sera là en complément de ces moyens pour les rendre plus efficaces. C’est une évolution.