Dans le cadre de son activité de formation professionnelle ou continue, TRiPALiUM publie les articles de veille et de synthèse de ses stagiaires . La publication de ces articles participe à leur progression pédagogique. Si vous êtes interessé par une formation TRiPALiUM cliquer ici

La Réduction du Temps de Travail au sein de la Grande Distribution : un frein à la stratégie ?


La loi Aubry n’a pas seulement contraint les enseignes à réduire le temps de travail. Elle les a amenés à revoir leur organisation, à créer des gains de productivité, à modifier leur structure, ainsi que dynamiser le dialogue social. 

En effet cette loi a modifié les principes établis dans la convention collective du 18 octobre 1996.            Accueilli avec la réticence de certains, cette réduction du temps de travail met en avant une revalorisation du dialogue social avec la mise en avant des syndicats. Ceux-ci sont l’outil de dialogue entre salariés et patronat afin que ce dernier puisse être écouté avant d’être critiqué. Ainsi la nomination d’un mandataire par les syndicats de VIDELEC a permis d’instaurer une communication et d’insérer toute l’entreprise dans ce processus de changement. Plus explicitement, l’Accord de Méthode (dispositif renforçant les rapports entre la direction et organisations syndicales) utilisé par CARREFOUR  a mis en place des relations saines entre syndicat et patronat. Son utilité a été de maintenir une information omniprésente et omnipotente au long des négociations, et de s’assurer de l’engagement des parties.

Vous voulez faire connaître cet article à vos relations ?
Remplissez ce petit formulaire :

Service gratuit : L e cgi.net

Votre prénom :

Votre E-mail:

L'E-mail de votre ami(e) :

Message pour votre ami(e) :

 

 Ce dialogue social permet de ce fait une réalisation indubitable et réaliste de la réduction du temps de travail : « on sentait une certaine inertie à voir aboutir le dossier » évoque Patrick Hérault délégué CGT. De plus il faut mettre en avant la modification organisationnelle des enseignes. Celles-ci sont contraintes de changer leur habitude. En effet il s’agit de s’engager sereinement dans un projet pour en assurer sa crédibilité et sa rigueur. Ainsi les solutions en planification et d’optimisation du temps de travail sont apportées et permettent une modalité de contrôle du temps de travail. Outre la nécessité du « badge », il faut gérer ce progrès au sein des départements concernés qui ne suivent pas tous. Il semble alors nécessaire d’informatiser en masse les Ressources Humaines afin d’avoir un outil précis et rapide pour « placer les bons salariés au bon moment pour réduire la masse salariale » précise J-P Gauthier consultant chez ASG. Afin de créer une rigueur mais aussi en assurer son fonctionnement les entreprises font appel à de nouveaux moyens d’organisation du temps comme les plannings régionaux qui impliquent un roulement de l’effectif et une connaissance quasi parfaite des horaires (en tenant compte de la spécificité des magasins). Cette méthode ne peut que porter ses fruits comme le précise le responsable clientèle du Bon Marché :  « moins d’attente aux caisses, un meilleur équilibre d’horaires entre les personnes, et une meilleure prise en compte des demandes… » Cependant cet élan de modernisme semble être boudé par les cadres ce qui amène à aménager un dialogue afin de prévoir un système différent. Ainsi on peut noter une certaine ambiguïté entre les attentes des consommateurs et les volontés des salariés.

On peut donc prévoir pour les salariés des adaptations de leur temps de travail en fonction de leur spécificité comme : le crédit temps trimestriel, une annualisation ou encore la semaine des quatre jours. 
Pour parfaire cette mise en pratique les entreprises ont recours à une revalorisation des congés lors de difficultés d’aménagement d’horaires (spécificité du magasin, du poste, des responsabilités). Cette prise en compte des individualités est un moyen de revaloriser les compétences en mettant en place des formations pour assurer un roulement facilité entre les salariés ou encore de restructurer leurs postes. Mais face à la considération des travailleurs à temps complet, les « temps partiels » se sentent lésés face à cette fuite des horaires : paradoxe. Ainsi les enseignes veillent à intégrer tous les acteurs dans cet élan forcé vers la réduction du temps de travail socialement comme professionnellement.

 Mais cette mise en place nécessite une orientation stratégique

Nous retrouvons une stratégie de modernisation du dialogue social chez toutes les enseignes de la Grande Distribution ; c’est la base des négociations relatives aux aménagements du temps de travail et à moyen terme l’application de la loi Aubry. L’Accord de méthode permet à chacune des parties d’assumer enfin son rôle. Les syndicats ont un rôle de plus en plus valorisé, un nouveau dialogue se crée avec le patronat. « Nous avons fait à cette occasion l’apprentissage d’une nouvelle forme de dialogue » témoigne Daniel Mulard DRH de Picard. Jamais autant que ces derniers mois les salariés n’ont eu l’occasion de s’exprimer sur leurs conditions de travail que ce soit à travers des sondages directs ( Photo Service, Norauto) ou par l’intermédiaire de groupes de travail (Casino). « 75 collaborateurs de tous âges, travaillant à temps partiel ou à temps plein, de tous niveaux hiérarchiques et de conditions familiales différentes ont été consultés sur le temps de travail mais aussi sur la qualité de vie au sein de l’entreprise » explique Giovanni Lievore, directeur du Géant Casino de Poitiers un des sites pilotes du groupe. Sur la base des souhaits exprimés, un groupe de travail comprenant à la fois le directeur du magasin, des cadres et des délégués syndicaux s’est efforcé d’imaginer les solutions les plus consensuelles possibles. « Une première au sein du groupe » se félicite J-L   Blouin, délégué syndical FO. Ces nouvelles méthodes de travail marquent un changement : le dialogue est renoué.

D’autre part les accords se traduisent par un renchérissement de la masse salariale, la Grande Distribution industrie de main d’œuvre se voit donc obligée de trouver de nouveaux gisements afin de conserver sa productivité. « Chacun doit répartir sa charge de travail sur un laps de temps plus court » évoque M Calmette directrice du centre Leclerc de Coutras (Gironde) passé au 35 heures depuis février. « grâce aux étiquettes électroniques, on gagne une heure » témoigne N Bossuet chef du rayon frais au Leclerc de Coutras. Picard a analysé les tâches poste par poste. Résultat : la mise en place du réapprovisionnement automatique. Aux 3 Suisses, la réduction du temps de travail provoque l’audit du circuit des commandes, des livraisons et de l’informatique. Chez Norauto, l’exploration des pistes de productivité  a débouché sur des organisations différentes, selon la taille des centres qui varie du simple au triple. Quant à Casino, il remet actuellement au goût du jour la gestion unitaire, encore insuffisamment exploitée dans les magasins par rapport aux concurrents.

Il ne faut cependant pas écarter que la productivité doit rimer avec qualité. Ainsi dans la foulée des 35 heures, Picard a entrepris une démarche de certification de ses entrepôts. « Nos clients nous ont demandé si la qualité de nos prestations n’allait pas en souffrir ; à nous de leur montrer qu’il n’en est rien » explique de son côté M Calmette. « En fait, beaucoup d’enseignes ont abordé le chantier des 35 heures sans savoir précisément jusqu’où elles iraient. Parfois les effets les plus inattendues sont les plus bénéfiques », a analysé G Bardier directeur du département aménagement et réduction du temps de travail au cabinet BPI. De réduction du temps en réorganisation, les enseignes en sont venues à créer de nouveaux métiers. Par exemple : les « pilotes de magasin » d’Erteco, en réalité des directeurs de magasin adjoints, polyvalents ; ou encore « les gestionnaires de flux » de Norauto nés d’un enrichissement de la fonction de magasinier, à mi-chemin entre S.A.V et gestion de stock. Pour sa part, Carrefour a saisi l’opportunité pour redéfinir les métiers des points de vente avec des responsables marketing, logistique et commercial.

On assiste aussi à une décentralisation favorisée par la Réduction du Temps de Travail. Les accords de groupe laissent une bonne marge de manœuvre aux directeurs de magasin :  « L’accord des 35 heures est un cadre global. Chaque magasin pourra le décliner rayon par rayon. » confirme Hervé Pivet DRH d’Ikéa. La pratique de la délégation devra descendre tout au long de la chaîne hiérarchique. L’annualisation et modulation des horaires ne peuvent être gérées sans implication du management de proximité. « certains d’entre-eux ont encore tendance à jouer les hommes d’orchestre, au lieu d’être chefs d’orchestre » schématise M Calmette. « En oubliant de déléguer, le cadre consacre une partie de son temps à des tâches subalternes ; c’est une forme de sous-productivité » reconnaît Jérôme Deleplanque DRH France de Norauto.

On s’aperçoit donc de la présence d’un dialogue social qui dans ce secteur reste primordial. La réduction du temps de travail a pu s’intégrer dans le conformisme des institutions patronales comme syndicales. Cependant ce secteur a su négocier la RTT comme sa réalisation mais il ne faut pas écarter certains points imprécis solutionnables par la continuité du dialogue social.

SOURCES 

Journaux, magazines :

·        LSA décembre 2000 Olivia Bassi
·        Points de Vente  1998-2000     Stéphane le Hénaff / Sylvie Mignard/ Jean-François Baron
·        La Tribune (archives disponibles sur le site internet) 1998-2001

Interviews :

·        ASG Conseil
·        BPI  Conseil

Site internet :

·      www.canalipsos.com 

·         www.persoweb.francenet.fr/cfdt/ 

Qui est
Bertrand Noyer

 

Hit Counter

 
Autorisation de reproduction de documents extraits du site Eur-lex de l'Union Européenne par autorisation de l'Office des publications officielles de la Communauté européenne en date du 21 mai 1999 ref: 99-cop-200
Copyright ã 2007 social conseil entreprise TRiPALiUM - Tous droits réservés. Toute reproduction , même partielle, de la page, par quelque procédé que ce soit ( électronique, photocopie, imprimante, bande magnétique, disquette, cd-rom ou autre ) est interdite sans autorisation par écrit de Yvan Loufrani  L'impression pour usage à titre privé et documentaire est autorisée