A.
La sélection des candidats
La loi du 31 décembre 1992 (suite au rapport Lyon-Caen), précisée par
la circulaire DRT 93-10 du 15/03/1993, garantie les droits des candidats et
permet d’éviter les éventuelles dérives des recruteurs.
Ce cadre légal repose sur quatre points :
v
L’information préalable du candidat
- Le
candidat doit être informé préalablement à tout dispositif d’évaluation, et
plus particulièrement des méthodes et techniques susceptibles d’être
utilisées (code du travail, article L1221-8).
- La
loi ne précise pas de forme à respecter ; cependant, la circulaire DRT 93-10
du 15/03/1993 préconise l’information du candidat par écrit : en cas de
contentieux, l’employeur pourra ainsi prouver qu’il a porté les informations
nécessaires à la connaissance du salarié
v
L’appréciation des ses capacités
Les informations
demandées au candidat à un emploi doivent avoir, pour finalité,
l’appréciation de sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes
professionnelles (code du travail, article 1221-6).
Cette appréciation
concerne « ses compétences, ses connaissances techniques mais aussi ses
facultés d’adaptation, son aptitude à s’intégrer dans une équipe ou à
l’animer et porte sur des éléments de personnalité permettant d’apprécier
ces qualités » (circulaire DRT 93-10 du 15/03/1993).
Ces informations
doivent présenter « un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé ou
avec l'évaluation des aptitudes professionnelles » (code du travail, article
1221-6).
En effet, tel que
précisé dans l’article L1121-1 du code du travail, « nul ne peut apporter
aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de
restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à
accomplir ni proportionnées au but recherché ».
v
La confidentialité des résultats
Les résultats
obtenus sont confidentiels (code du travail, article L1221-8). Cette
obligation de confidentialité est valable quelles que soient les tests et
méthodes utilisées.
Cette
confidentialité s’applique uniquement aux tiers et non :
- aux
candidats, qui peuvent prendre connaissance des résultats qui les concernent
- à
l’entreprise, dans la mesure où les mesures d’aide au recrutement ont été
mises en œuvre par un cabinet de recrutement mandaté à cet effet
v
La pertinence des méthodes employées
L’article L1221-8
du code du travail précise que les méthodes et techniques utilisées doivent
être « pertinentes au regard de la finalité poursuivie ».
Cette obligation de
pertinence a pour but d’éviter le recours à des techniques peu fiables. Ce
principe est rappelé dans la circulaire DRT 93-10 du 15/03/1993, et plus
précisément l’exigence d’un degré raisonnable de fiabilité.
Avant toute
utilisation, le comité d’entreprise est informé sur les méthodes et
techniques d’aide au recrutement susceptibles d’être utilisées ainsi que de
toute modification, de celles-ci (Code du travail, article L2323-32).
v
Le principe
La discrimination à
l’embauche consiste à traiter différemment des chercheurs d'emploi, sur la
base de critères de sélection qui manquent de justification objective et
raisonnable à l'égard du poste à pourvoir.
La discrimination à
l’embauche n’est interdite :
- Que
si elle est fondée sur un motif prohibé (dont la liste figure dans l’article
L1132-1 du code du travail)
- Si
elle concerne l’un des domaines visés par la Loi.
Ces deux conditions
sont cumulatives.
Les questions
posées à un candidat, telles que définies dans l’article L1221-6 du Code du
Travail, « ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à
occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles ».
Ces questions doivent donc avoir un lien direct et nécessaire avec le
poste à pourvoir ou avec l’évaluation de ses aptitudes professionnelles.
L’obligation de pertinence a pour objet d’éviter que les questions posées au
candidat ne portent atteinte à sa vie privée (circ. min. n°93-10, 15 mars
1993). Toute question sans lien direct avec l’emploi
proposé pourrait donc être perçue comme discriminatoire.
v
Les motifs prohibés de discrimination
L’article L1132-1 du Code du Travail fait la liste des motifs prohibés de
discrimination. Cette liste nous permet donc de mieux cerner les questions
qu’un recruteur ne doit pas aborder. Aucune personne ne peut être écartée
d’une procédure de recrutement en raison de :
- son
sexe,
- ses
mœurs,
- son
orientation sexuelle
- son
âge,
- sa
situation de famille ou la grossesse,
- ses
caractéristiques génétiques,
- son
appartenance ou non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une
nation ou une race,
- ses
opinions politiques,
- ses
convictions religieuses,
- son
apparence physique, le patronyme,
- son
état de santé
v
Les exceptions
Le code du Travail apporte, cependant, des réserves à ces interdictions et
autorise certaines différences de traitement, fondées sur :
-
l’âge (article L1133-1), notamment dans le but de préserver la santé et
la sécurité des jeunes et travailleurs âgés en raison des conditions de
travail particulières.
-
le sexe (article L1142-2), si l’appartenance à l’un ou l’autre des sexes
constitue une condition sine qua non à l’exercice d’un emploi ou d’une
activité professionnelle. Un décret en Conseil d’État, révisé
périodiquement, liste ces exceptions, en concertation avec les organisations
d’employeurs et de salariés.
Exemple : emplois destinés aux artistes, mannequin, modèles ; travaux
souterrains des mines
-
l’état de santé ou le handicap (article L1133-2) dès lors que
l’inaptitude, en raison de l’état de santé ou du handicap est constatée par
le médecin du travail en raison de la nature même du poste à pourvoir
Toute entreprise a évidemment le souci de sélectionner le candidat qui
répondra le plus justement possible à ses attentes et contribuera à sa
réussite. Contrairement à d'autres professions auxquelles l'accès est
réglementé, le recrutement est un secteur ouvert. N'importe qui peut donc
s'improviser conseil, ouvrir un cabinet et jouer les intermédiaires. On peut
donc très facilement imaginer les méthodes employées et dérives possibles.
Mais jusqu’où les recruteurs peuvent-ils aller dans l’a recherche
d’informations sur le dit-candidat, tout en respectant ce dernier ? Comment
choisir des outils de sélection fiables et reconnus, dont on connait avec
certitude l’efficacité et l’impact ?
C’est à ces questions que, depuis quelques années, plusieurs organisations
tentent de répondre par la création et mise en œuvre de chartes et normes
professionnelles.
A.
syntec, conseil en recrutement
Depuis 1998, le syndicat du conseil en recrutement SYNTEC, qui fait partie
de la Fédération SYNTEC, représente la profession. Choisir un cabinet de
recrutement qui appartient à ce syndicat peut être une garantie, dans la
mesure où ses membres ont fait l'objet d'un audit approfondi et ont présenté
leurs comptes.
Parmi les réalisations de SYNTEC Recrutement, notons particulièrement :
v
La Charte de déontologie
SYNTEC Recrutement a édicté il y a plus de 20 ans une charte de bonnes
pratiques que ses adhérents s'engagent à respecter. Les trois piliers de
cette charte sont :
ü
Le respect des droits fondamentaux de la personne et du secret
professionnel
ü
La transparence dans la transmission des informations aux deux
parties concernées
ü
L’utilisation de techniques de recrutement validées et bien
maîtrisées :
Extrait de la charte de déontologie (cf.
annexes pour l’intégralité de la charte) :
8. Il
met en œuvre des méthodes validées qu’il maîtrise et qui présentent des
garanties de sérieux, d'efficacité et d'objectivité. Il privilégie les
techniques d'entretien, outil indissociable de l'évaluation. S'il utilise
des sous-traitants, il s'assure que ceux-ci se conforment aux règles de la
présente charte.
9. Il
s'oblige à n'évaluer les candidats qu'au regard de compétences et
comportements en relation avec un poste à pourvoir. Il informe les candidats
de la nature des techniques qu’il emploie. Ses appréciations sont faites en
référence à un besoin donné ; elles se limitent à la pertinence des
candidatures.
10. Il
exerce sa profession dans le respect des droits fondamentaux de la personne
humaine. Il est, en particulier, respectueux de la vie privée et ne pratique
aucun principe de discrimination ethnique, sociale, syndicale, sexuelle,
politique, religieuse, d'âge, portant sur le handicap.
11. Il
communique à l'entreprise, une restitution orale ou écrite de l'évaluation
des candidats retenus. Il donne au candidat qui le demande une restitution
globale, orale ou écrite, non divergente de cette évaluation.
v
La norme AFNOR NF X 50-767
Parallèlement, SYNTEC Recrutement a développé la certification NF Service
Conseil en recrutement avec Afnor Certification.
Cette norme définit la qualité de service des cabinets de conseil en
recrutement et précise clairement les fondamentaux du métier de conseil en
recrutement.
La norme NF X 50-767 intitulée « Cabinets de recrutement, qualité de
service » est une norme française homologuée en novembre 2001 et publiée par
AFNOR.
v
La certification « NF Service Conseil en recrutement »
Depuis, SYNTEC Recrutement a souhaité aller plus loin et a développé,
toujours avec AFNOR, la certification NF Service Conseil en recrutement, une
certification de service basée sur la norme NF X 50-767. Celle-ci garantit
que la déontologie et les fondamentaux de la profession sont bien appliqués
par le cabinet de recrutement.
B.
Le code de déontologie des psychologues
Adopté en 1996, ce code s’applique notamment aux psychologues du Travail
exerçant leur profession dans le domaine du recrutement, que ce soit en
entreprise ou au sein d’un cabinet de conseil en recrutement.
Extrait du code de déontologie
1.
Respect des droits de la personne :
Le psychologue réfère son exercice aux principes édictés par les
législations nationale, européenne et internationale sur le respect des
droits fondamentaux des personnes, et spécialement de leur dignité, de leur
liberté et de leur protection. Il n'intervient qu'avec le consentement libre
et éclairé des personnes concernées. (…) Le psychologue préserve la vie
privée des personnes en garantissant le respect du secret professionnel (…).
L’AESC (Association of Executive Search Consultants) est une
association mondiale créée en 1959 et dont le siège social se trouve à
New-York.
Elle réunit les plus importants cabinets par approche directe dans le
monde. Sa charte, à laquelle doivent adhérer tous ses membres, inclut le
principe d’égalité des chances pour l’emploi et l’évaluation des candidats
au recrutement avec objectivité et fiabilité
Marilou BRUCHON-SCHWEITZER et Dominique FERRIEUX ont réalisé en 1991
une enquête
présentant les différentes techniques de recrutement en France.
Cette enquête a été réalisée auprès de 60 cabinets de recrutement et
42 entreprises :
(Classement extrait de l’ouvrage « Recrutement -
Les meilleures pratiques », Alain GAVAND, Éditions d’organisation),
A.
l’entretien de recrutement
1.
Définition
C’est la clé de voute du processus de sélection des candidats.
L’entretien de recrutement a un double but :
-
Informer le candidat sur l’entreprise, le poste à pourvoir et ses
caractéristiques
- Lui
permettre de s’exprimer pour qu’il donne le maximum d’informations sur son
passé professionnel et ses aspirations pour l’avenir.
L’étude de Marilou BRUCHON-SCHWEITZER montre que cette technique est
utilisée dans 99% des cas. Durée, forme, contenu et type de relation établie
entre recruteur et candidat varient en fonction du contexte de l’entreprise
et du poste à pourvoir.
2.
Méthodologie
Il existe 3 catégories d’entretien :
v
L’entretien non structuré
C’est un entretien qui varie selon les recruteurs.
v
L’entretien structuré
Il est mené à l’aide d’un guide d’entretien composé :
- d’une
liste de questions
- d’une
grille d’évaluation
v
L’entretien situationnel
C’est un entretien qui consiste à faire réagir le candidat sur une ou
plusieurs situations construites à l’avance. Cette technique s’intéresse à
la résolution de problèmes dans une situation donnée, notamment en utilisant
la méthode des incidents critiques élaborée par Flanagan (par exemple, « que
feriez-vous si … ? »).
A partir de critères jugés stratégiques pour l’entreprise, on demande au
candidat de donner des exemples précis de son action en indiquant le
contexte, l’action menée et les résultats obtenus
3.
Quelle validité accorder à l’entretien ?
L’entretien permet d’établir une relation humanisée entre recruteur et
recruté et de recueillir les informations nécessaires au recrutement en
cours. Cette technique, peu couteuse, peut laisser penser qu’elle est
accessible à toute personne sans formation préalable.
Cependant, sa valeur prédictive est très variable selon les méthodes
utilisées. Ainsi, une étude de HUFFCUTT et ARTHUR en 1994 montre que la
validité de l’entretien est en rapport direct avec la méthodologie mise en
œuvre : alors que le coefficient de validité n’est que de 20% pour la
méthode la moins structurée, ce coefficient passe à 57 % pour les méthodes
les plus structurées.
4. Les
recommandations de la norme AFNOR
La norme AFNOR NF X50-767 rappelle que l’entretien est le dispositif
central du processus d’évaluation : « l’entretien avec le candidat est
indissociable de l’évaluation ». Les autres méthodes utilisées « n’ont
pas une importance comparable » et ne pourront donc jamais, à elles
seules, permettre de sélectionner ou pas un candidat.
Parmi les recommandations de la norme AFNOR, notons deux grands principes :
v
Les critères d’évaluation
Le candidat ne doit être interrogé que sur des éléments en rapport direct
avec le recrutement en cours.
Son adéquation avec les besoins du recrutement est évaluée en fonction de « l’expérience
professionnelle, des compétences, des comportements, de la motivation et de
l’adéquation à la culture et à l’environnement de l’entreprise » du
candidat.
v
L’expertise du consultant
Le recruteur doit posséder des critères d’expertise de consultant en
recrutement. Il doit notamment avoir reçu une formation professionnelle à la
conduite d’entretien ou disposer d’une expérience professionnelle de 3 ans
dans le recrutement.
B.
LA PRISE DE Références
1.
Définition
La prise de références est une étape importante dans le processus de
sélection du candidat.
Cette technique, qui se pratique habituellement par téléphone, consiste à
contacter les anciens employeurs du candidat pour :
-
Confirmer ou infirmer les informations obtenues par le dit candidat, par
voie d’entretien ou de document (CV, certificat de travail…)
-
Obtenir une opinion sur le candidat et notamment son adéquation avec le
poste qu’il brigue aujourd’hui.
2.
Quelle sont les garanties pour le candidat ?
v
D’un point de vue juridique
L’entreprise doit respecter le cadre légal entourant cette pratique. En
effet, la Loi d’accès à l’information (article 6 nouveau de la loi du 6
janvier 1978) stipule qu’un candidat peut autoriser une organisation à
prendre des références auprès d’employeurs antérieurs. La vérification des
références devient légale lorsque l’entreprise a obtenu une autorisation
écrite du candidat.
Cependant, la collecte de références personnelles, dans le but de mener une
enquête de « moralité » est considérée comme excessive et contraire à la
législation (recommandations de la CNIL, 21 mars 2002)
v
D’un point de vue déontologique
La norme AFNOR ne fait pas d’apport particuliers quant aux recommandations
de la CNIL et au cadre législatif.
La recherche est limitée aux compétences et comportements professionnels en
rapport direct avec le recrutement en cours.
C.
Les tests de recrutement
1.
Qu’est ce qu’un test de recrutement ?
Selon Pierre PICHOT[2]
« le test est une situation expérimentale standardisée servant de
stimulus à un comportement. Ce comportement est évalué par une comparaison
statistique avec celui d’autres individus placés dans la même situation,
permettant ainsi de classer le sujet examiné, soit quantitativement, soit
typologiquement ».
2.
Quand est mis en œuvre le test ?
L’évaluation peut
intervenir en amont ou en aval de l’entretien de recrutement (Les échos n°
19759 du 26/09/2006):
-
en amont : cette méthode est utilisée notamment en guise de présélection
quand le nombre de candidats est conséquent ; elle permet ainsi de réaliser
un gain en temps et en argent conséquent ;
-
en aval : « Ces tests permettent également de confirmer des
hypothèses lors de l'entretien, comme par exemple le potentiel de vente du
candidat, ou bien son degré d'extraversion, d'initiative. », analyse
Patrick LEGUIDE, gérant du site Centraltest.com (spécialisé en tests
d’évaluation des candidats).
3. Qui
est concerné ?
v
Les candidats
La cible principale
de ces méthodes est les jeunes diplômés.
Encore en formation
ou jeunes demandeurs d'emploi, ils ont nettement plus de temps que leurs
aînés à consacrer aux recruteurs.
C'est également une
population qui a un besoin tout particulier d'être informée des métiers et
des spécificités de l'activité de l'entreprise qui recrute.
v
Les entreprises
Ces différentes
méthodes sont la plupart du temps le fait des grandes entreprises, car
coûteuses en temps et en argent.
Elles ne
deviennent rentables que pour un volume de recrutements conséquent.
4. Les
différents types de tests
On peut regrouper
les tests existants en deux grandes catégories :
v
Les tests d’aptitude mentale
Ils servent à
mesurer les compétences, les connaissances, l’intelligence, l’efficacité,
l’habileté, la rapidité et la fiabilité d’exécution des candidats pour une
tâche donnée.
Différentes
aptitudes peuvent être évaluées :
ü
L’aptitude verbale,
ü
La mémoire,
ü
L’attitude perceptive,
ü
L’aptitude numérique,
ü
L’aptitude spatiale,
ü
L’aptitude mécanique,
ü
L’attention sélective…
Parmi les tests
d’aptitude existants, citons notamment le R2000, le D2000, le CTA, le DAT5
ou le GAT.
v
Les tests de personnalité
Ils sont répartis en
deux familles :
- les
questionnaires, comme le PAPI, le Sosie ou le Sigmund,
- les
tests projectifs qui font appel à l'imagination du candidat, tels que :
o
le TAT de Murray, où l'on doit imaginer une histoire à partir
d'une image
o
le test des taches d'encres de Rorschach
o
le test de l'arbre…
Dans leur grande
majorité, les questionnaires de personnalité ont pour objectif de mettre en
lumière un certain nombre de traits de caractère.
Les cinq traits
principaux sont :
ü
l'extraversion
ü
la conscience professionnelle,
ü
la stabilité émotionnelle,
ü
l'ouverture d'esprit,
ü
la convivialité.
« Ces cinq
facteurs permettent de cadrer assez bien une personnalité. L'extraversion et
la convivialité seront ainsi plus caractéristiques d'un commercial que d'un
programmateur », commente Gilles AZZOPARDI, psychologue et auteur des
« Nouveaux tests de recrutement » (Éditions Marabout) et de « Calculez votre
QI Pro » (Éditions Leduc).
5.
Quelle validité accorder aux tests ?
Les tests
d’aptitude mentale seraient, d’après une étude réalisée par Schmidt et
Hunter en 1998, la technique de recrutement offrant la validité la plus
élevée en termes d’évaluation de l’apprentissage professionnel, de la
réussite du candidat au sein de l’entreprise ou des connaissances
professionnelles.
Concernant les
tests de personnalité, ils ont pour avantage de compléter les autres
méthodes éventuellement utilisées, mais surtout de prendre en considération
la réussite du candidat.
6.
Quelles sont les limites des tests ?
v
Un outil indissociable et complémentaire de l’entretien
Les tests ont pour
objectif de cerner les grandes tendances comportementales dans un contexte
professionnel donné. Ils doivent donc être considérés comme des outils
complémentaires d'accompagnement à l'entretien traditionnel et ne peuvent en
aucun cas servir de méthode de sélection à eux seuls.
v
Le risque de standardisation des profils
Pour classer et
apprécier les candidats, il convient de se référer à une norme, particulière
pour chaque type de test. Le risque évident est la standardisation du
recrutement, et donc des profils en se référant trop mécaniquement à une
norme de référence.
v
La sincérité des candidats
Le recruteur est
averti que la validité d'un test n'est pas absolue : la pertinence des
résultats dépend de la sincérité du candidat.
Bon nombre de tests
sont aujourd’hui disponibles sur Internet et les candidats ont donc tout le
loisir de s’entrainer.
7. Les
recommandations de l’AFNOR
- Les
tests utilisés doivent présenter des qualités métrologiques (validité,
fiabilité, sensibilité) vérifiés par des études statistiques ;
-
L’ancienneté des tests doit être inférieure à 10 ans ;
- Les
consignes de passation des tests doivent être clairs, respectés ;
- Les
tests doivent être adaptés aux besoins d’évaluation ;
-
L’interprétation des tests doit être réalisée par des personnes habilitées.
D.
l’assessment center (ou centre d’évaluation)
1.
Qu’est ce que l’assessment center ?
L’assessment center
est une méthode permettant de placer le candidat en situation
professionnelle.
Plus précisément,
selon Victor ERNOULT[3],
« une méthode qui permet de mettre en relief les points positifs et les
points négatifs des comportements par rapport à une fonction. Il est
constitué d’une série de stimulations faites sous observation et qui
permettent de se placer par anticipation dans la situation professionnelle
future pour laquelle on est apprécié.
La durée moyenne
d’une session d’évaluation est d’une journée.
2. Quel
est son déroulement ?
Pour que le
résultat soit optimal, l'assessment center doit respecter une méthodologie :
v
La définition précise des besoins :
L'entreprise doit
définir avec précision ses besoins en termes de compétences, mais aussi
intégrer des paramètres propre à l’entreprise, tels que l’environnement, la
culture d’entreprise, le leadership, le travail en équipe… ;
v
La pertinence du choix des exercices :
Ce choix doit être
en adéquation avec les besoins exprimés. Il existe différents types de
simulations :
-
L’exercice « in basket » : une corbeille de courrier (ou une boite mail)
est mise à disposition du candidat, dans laquelle s’accumulent lettres,
rapports et notes de service. Le candidat devra répondre à un courrier y
figurant en un temps limité, avec toute latitude pour s’organiser et
entreprendre les éventuelles actions qu’il jugera utiles ;
-
L’exercice « in tray » : on remet au candidat un dossier contenant des
documents variés et concernant un problème donné, et auquel le candidat
devra apporter une solution ;
- La
recherche d’information : un problème est exposé au candidat. Il dispose
de peu de renseignements et devra poser les questions pertinentes à un
observateur jouant le rôle de personne « informante » ;
-
L’exposé oral : le candidat est amené à présenter un exposé oral sur un
sujet prédéfini ; l’exposé peut être préparé à l’avance ou non ;
-
Les jeux avec des compères : ce sont des séries de jeux de rôle ; le
candidat va s’entretenir successivement avec un interlocuteur, le
« compère ». Les plus utilisés sont « le client furieux », « la visite du
commercial devant convaincre un client », « l’entretien de recadrage entre
un manager et son subordonné » ;
v
Le choix et la formation des observateurs
La session peut-être animée par des consultants
spécialisés mais aussi par des collaborateurs des ressources humaines ou des
managers opérationnels ;
Le débriefing final avec le candidat : la
restitution des points forts et des points faibles qui ont été décelés doit
être réalisée en fin de session, que cette session aboutisse sur une
embauche ou pas.
3.
Quelle validité accorder à la mise en situation ?
v
Pour les recruteurs
Le niveau de validité est très élevé. En effet,
les études les plus récentes (Saldago en 1999, Schmidt et Hunter en 1998)
placent notamment l’assessment center devant les tests de personnalité.
v
Pour le candidat
Dans la mesure où la mise en situation se fait
individuellement, c’est une méthode bien perçue par le candidat. Ce dernier
a le sentiment d’être jugé sur ses compétences professionnelles, dans des
conditions similaires au poste qu’il brigue. Le débriefing, étape importante
de la simulation, permet également au candidat de se sentir considéré par le
recruteur et donc au cœur du processus.
4.
Quelles sont les limites de la mise en situation ?
v
Une évaluation longue et couteuse
Selon Yves Buisson, Directeur Général en charge
des Ressources Humaines d'Unilog « en matière de recrutement, l'assessment
center est la méthode la plus rationnelle ».
Pourtant, malgré les qualités de cette évaluation, elle est loin d'être
systématique à toute procédure de recrutement. La raison : la durée de la
situation et son coût élevé. Aujourd’hui, Unilog n’utilise par exemple cette
méthode que pour le recrutement de consultants junior en managment.
v
Une épreuve en groupe mal perçue par les candidats
Bénédicte Monneron, responsable du recrutement à
BNP Paribas, a préféré arrêter les exercices de simulation en groupe car
« l'épreuve était très mal perçue par les candidats, qui ressortaient
souvent frustrés de n'avoir pas eu l'occasion de suffisamment s'exprimer ».
Le risque est alors double : freiner des candidats
à potentiel, voire passer à côté de la perle rare. « Les entretiens
collectifs nous faisaient parfois exclure des profils pourtant adaptés à nos
postes. »
Parmi les pratiques d’évaluation utilisées en France, beaucoup sont
loin d’être compatibles avec les obligations juridiques du recruteur, de
prouver leur fiabilité ou de répondre aux critères d’exigence éthiques.
Voici un panel de quelques méthodes largement controversées :
1.
Définition
La graphologie est une méthode d'approche de la
personnalité basée sur l'observation de
l'écriture.
Elle est fondée sur l'expressivité du geste, sur le
symbolisme des formes et celui de l'espace. Cette technique refléterait nos
pulsions affectives, nerveuses et intellectuelles. Elle est née de la
constatation que, malgré l’apprentissage d’un même modèle d’écriture, chaque
personne adopte un graphisme qui lui est propre.
Le travail du graphologue s’appuie sur une technique
d’observation rigoureuse de l’écriture, qui s’appuie sur neuf points :
ü
L’inclinaison des lettres : elle représente la
sociabilité du candidat
ü
La direction des lettres : elle représente l’humeur
habituelle du candidat
ü
La forme : elle indique les grands traits de la
personnalité, les capacités et les aptitudes
ü
La dimension des lettres : elle représente l’image de
l’individu, ses qualités et ses défauts
ü
L’espace entre les lignes : elle désigne l’orientation
générale de la personne
ü
La continuité : elle dévoile la forme d’intelligence
ü
La pression : elle représente le dynamisme
ü
Les marges : elles traduisent le rapport avec les
règles et la hiérarchie
ü
La signature : elle est le support de l’image que le
candidat veut se donner
2.
Graphologie et recrutement, une spécialité française
Le recours à la graphologie comme méthode de sélection varie beaucoup d’un
pays à l’autre :
v
En France
Selon l’étude de Marilou BRUCHON-SCHWEITZER, cette technique est couramment
utilisée par près de la moitié des cabinets de recrutements et un tiers des
entreprises.
Elle est également davantage utilisée par les petites structures (de moins
de 8 salariés) que par les grandes.
v
En Europe
- En
Allemagne, après avoir connu autrefois un certain succès, la graphologie
n'est pratiquement plus utilisée. D'après un de texte de V. SHACKELTON, de
l'École d'administration des affaires de Birmingham en 1994, son utilisation
dans les entreprises allemandes est de l'ordre de 1 à 4%, selon le type de
personnel et les entreprises considérés.
- Au
Royaume-Uni, en Norvège et en Italie, son usage se limite à 2 à 4 %.
- En
Belgique, son utilisation se situe entre 4 et 8%.
- Aux
Pays-Bas, depuis les travaux d'une commission d'enquête gouvernementale en
1977, concluant au manque de validité scientifique, elle n'est plus utilisée
que par 3 % des cabinets de recrutement.
v
Dans le reste du monde
Aux États-Unis et au Canada, la graphologie est très peu utilisée ; il est,
par ailleurs d'usage, de répondre aux offres d'emploi avec une lettre de
motivation dactylographiée. Selon Mike SMITH, de l'École d'administration de
Manchester, seulement 2,8 % des entreprises américaines utilisent encore la
graphologie, suite au nombre croissant de procès intentés par des candidats
mettant en cause sa pertinence.
3. Une
utilisation controversée
v
Une absence de validité scientifique
Ses opposants pointent l’absence de validité scientifique de cette méthode.
La pratique de la graphologie ne repose en effet que sur l’application d’un
code de déontologie et son caractère aléatoire n’en ferait pas une méthode
fiable : l’écriture, en effet, est un élément qui varie en fonction de notre
état de santé, et peut donc se trouver modifiée par la fatigue ou encore le
stress.
Marilou BRUCHON-SCHWEITZER a recensé 26 études sur la relation entre
écriture et personnalité : 21 concluent à l’absence de validité prédictive.
Les synthèses réalisées par des universitaires anglais sur des échantillons
de plus de 120.000 personnes aboutissent à la même conclusion.
On peut donc s’interroger sur la légalité d’une telle pratique : la loi du
31 décembre 1992 ainsi que la circulaire du 15 mars 1993 stipulent
clairement que le recours à des techniques présentant une marge d’erreur
importante n’est pas conforme à l’obligation de pertinence imposée par la
loi.
v
Des candidats rarement informés
Bien souvent, l’accord des candidats n’est pas recueilli, les résultats
obtenus non communiqués, ce qui représente une infraction à l’article
L1221-8 du code du travail
v
Un diplôme de graphologie non officiellement reconnu
Aujourd'hui la graphologie est enseignée uniquement par des écoles privées.
Le diplôme sanctionnant les études de graphologie en France n’est pas
officiellement reconnu par l’État.
4. Quel
avenir prédire à cette méthode ?
v
La contradiction de la norme AFNOR NF X50-767
Malgré la controverse d’une telle méthode, la norme AFNOR NF X50-767,
relative aux cabinets de recrutement, ne l’a pas pour autant proscrite. En
effet, elle officialise même d’une certaine manière la profession de
graphologue dans la mesure où certains critères sont remplis :
- Une
formation respectant des critères d’expertise précis (formation initiale
supérieure à 3 ans minimum ou une expérience professionnelle de 10 ans dans
les sciences humaines, une formation spécialisée à la graphologie de 3 ans
minimum, une connaissance du milieu de l’entreprise et une expérience
professionnelle de 3 ans minimum) ;
- Le
« premier tri » des candidatures doit se faire sur des critères factuels, ce
qui exclu catégoriquement l’utilisation de la graphologie à ce stade du
processus de recrutement.
v
L’essor des candidatures par Internet
Depuis la recrudescence de l’envoi des CV et lettres de motivations par
Internet (sur les sites des cabinets de recrutements, portails de
recrutement des entreprises…) ainsi que la controverse ouverte sur
l’utilisation de la graphologie, on peut penser que l’utilisation de cette
méthode devrait fortement diminuer voire disparaitre dans les années à
venir.
B.
Les autres méthodes controversées
1.
Quelques exemples de techniques
v
La morphopsychologie
La morphopsychologie est une étude qui, à partir de la physionomie d’une
personne, permettrait de révéler des traits de caractère et de tempérament.
Cette technique serait utilisée de manière systématique par 12 % des
cabinets de recrutement.
v
L’astrologie
C’est une discipline qui permettrait de déterminer le caractère et de
prévoir le destin des hommes par l’étude des influences astrales, des
aspects des astres et des signes.
Cette technique serait utilisée occasionnellement par 8,5 % des cabinets de
recrutement.
v
La numérologie
C’est une technique qui s’appuie sur la symbolique des chiffres pour
déterminer le destin d’un individu. Le principe repose sur le fait que le
nom, le prénom et la date de naissance correspondent à des chiffres qui
influeraient sur notre caractère et détermineraient nos qualité et défauts.
Cette technique serait utilisée occasionnellement seulement 1,5 % des
cabinets de recrutement.
2. Des
techniques à abolir
v
Des pratiques contraires à la législation
De même que pour la graphologie, l’utilisation de ces méthodes est contraire
aux préconisations de la circulaire du 15 mars 1993 et à l’article L1221-8
du code du travail :
- ces
méthodes présentent une absence totale de validité scientifique ;
-
l’accord des candidats n’est que rarement recueilli, les résultats non
communiqués et les recruteurs restent très discrets quant à l’utilisation de
ces méthodes douteuses (cf. Liaisons Sociales Magazine, juin 2004),
v
Les recommandations de la norme AFNOR
La norme AFNOR NF X50-767 les condamne sans appel : « en aucun cas le
cabinet n’utilise les outils suivants : numérologie, astrologie.
En France, de trop nombreux recruteurs utilisent encore des méthodes de
sélection qui ne sont ni fiables, ni respectueuses au regard de la loi ou
encore eu égard au candidat. Pourtant, de nombreuses méthodes, qui ont
prouvé leur efficacité, sont encore trop souvent ignorées ou délaissées.
Mais leur mise en œuvre demande plus de temps, d’argent et de compétences
pour assurer leur validité. Alain GAVAND, dont les ouvrages m’ont été d’une
grande aide tout au long de la réalisation de ce mémoire, fait partie des
précurseurs qui ont compris qu’allier éthique, déontologie et recrutement
était non seulement un pari gagnant pour l’avenir du recrutement, mais
surtout d’une importance stratégique pour l’entreprise qui aura compris ces
enjeux. Pour conclure, je reprendrai les 4
préconisations d’Alain GAVAND pour mettre en œuvre un processus de sélection
des candidats fiable :
1.
Abandonner totalement les études graphologiques et les techniques
apparentées ;
2.
Utiliser principalement et de manière rigoureuse les tests d’aptitude
intellectuelle et de personnalité ;
3.
Structurer davantage les entretiens ;
4.
Utiliser plus fréquemment la méthode de l’assessment center.
Bien évidement, la mise en œuvre de ces préconisations doit s’inscrire
dans un processus de recrutement repensé dans sa globalité, entre autre :
-
analyse du poste à pourvoir,
-
politique de recherche des candidats,
-
information et formation des acteurs du recrutement,
-
sensibilisation aux questions éthiques et déontologiques posées par les
pratiques du recrutement et en adéquation avec les valeurs de l’entreprise,
-
analyse de la satisfaction des candidats,
-
garantie d’une réponse systématique à toute candidature,
-
analyse des coûts du recrutement et de ses résultats.