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 La cybersurveillance du poste de travail
Publié le :  30 novembre 2008
Auteur : Julien Brochard
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Depuis la fin des années 90, force est de constater que l’essor des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) s’est ressenti au sein du monde entrepreneurial. La mise à disposition de nouveaux outils aux salariés tels que les messageries ou encore Internet en a développé leur utilisation à des fins professionnelles mais également personnelles. L’adoption du néologisme cybersurveillance en est la preuve. Le débat fondamental de la surveillance du salarié en entreprise repose sur l’arbitrage entre pouvoir de surveillance de l’entreprise, dans un cadre de contrôle relatif au lien de subordination inhérent au contrat de travail, et le respect de la vie privée du salarié.
 
 
 
La cybersurveillance dans la législation communautaire
 
          Tout d’abord, utile est de rappeler que la convention pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel fut ouverte à la signature des pays membre du Conseil de l’Europe le 28 janvier 1981 et applicable le 1er octobre 1985. Cette convention dite 108 propose ainsi un encadrement international en délimitant l’utilisation des données personnelles des personnes via un traitement automatisé, tout en réglementant de tels échanges entre Etats.
La Directive européenne n°95/46 du 24 octobre 1995, relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, n’établit pas de véritable distinction entre vie personnelle et vie professionnelle des personnes. En effet, la Directive précise que seule la jurisprudence a la qualité pour définir le champ d’application, qu’il soit professionnel ou privé, de telles données.
Une autre Directive européenne du 12 juillet 2002, concernant le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques, vise plus particulièrement les données à caractère personnel dans le secteur des télécommunications.
 
La cybersurveillance bien encadrée en France
 
          Le cadre législatif français, quant à lui, délimite les moyens de l’employeur en termes de contrôle et de surveillance de ses salariés via la loi « Informatique et Libertés » du 31 décembre 1992 et d’articles issus du Code du travail.
 
Au niveau national, la loi du 6 janvier 1978 modifiée par la loi du 6 août 2004 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés rappelle le droit d’information du salarié lors de collectes d’informations nominatives. Le salarié doit donc être informé des moyens de traitement de données mis en place (déclarés à la CNIL) et que ce dernier puisse aussi avoir accès aux informations le concernant. La surveillance des réseaux internes des entreprises s’inscrit dans le droit de contrôle et de surveillance du salarié au travail dont dispose l’employeur. Cette loi posait donc déjà les limites de la surveillance en entreprise en imposant une transparence totale de l’employeur vis-à-vis de son salarié. Certains ajouts ont été réalisés à propos notamment de la surveillance téléphonique.
Le principe de transparence de l’employeur au vu de telles pratiques  est relatif à l’article L.1222-4 du Code du travail qui prévoit « qu'aucune information concernant personnellement un salarié ou un candidat à un emploi ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à la connaissance du salarié (...) ». C’est au Comité d’Entreprise qu’appartient de veiller à la réglementation en vigueur à ce sujet, car c’est à lui qu’incombe au préalable, par consultation avec l’employeur, la mise en œuvre du contrôle de l’activité des salariés.
L’article L.2323-13 du Code du travail précise ainsi que le Comité d’ Entreprise se doit de connaître tout « projet important d'introduction de nouvelles technologies, lorsque celles-ci sont susceptibles d'avoir des conséquences sur l'emploi, la qualification, la rémunération, la formation ou les conditions de travail » constituant le principe de négociation collective. A défaut de communication d’un tel dispositif aux salariés et au Comité d’Entreprise, l’employeur ne pourra l’utiliser comme un moyen de preuve et s’exposera à des sanctions pénales au titre du Code du travail.
La Loi du 31 décembre 1992 quant à elle, reprenant largement les principes énoncés, a permis de compléter certaines dispositions à l’aide du Rapport d’étude et de consultation publique sur « La cybersurveillance des salariés dans l’entreprise » publié en 2001 par la CNIL, et a donné naissance au principe de proportionnalité. Ce principe de proportionnalité prévoit ainsi que « nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché », selon l’article L.1121-1 du Code du travail.
 
Une jurisprudence riche et des arrêts références
 
          Face à de nouvelles méthodes de contrôle dans les entreprises, le droit du travail s’évertue à faire face à de nouveaux enjeux. L’illustration de l’Arrêt de la Chambre Sociale de la Cour de Cassation du 7 novembre 1995 démontre les évolutions qui ont été faites dans ce sens, en citant que l’utilisation du téléphone au sein de l’entreprise « de façon continuelle et journalière à des fins privées » peut être jugée par la jurisprudence comme une faute réelle et sérieuse pouvant menée au licenciement de l’individu concerné.
Néanmoins, le salarié n’est pas sans protection car la jurisprudence existe bel et bien dans les domaines fondamentaux du cybertravail. Pour l’utilisation de sa messagerie électronique, le salarié est protégé par l’arrêt Nikon du 2 octobre 2001 qui interdit l’employeur de consulter les messages à titre personnel reçus et émis par l’employé. En effet, la cour a considéré qu’en vertu de l’article 9 du Code civil et de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, «  le salarié a droit, même au temps et au lieu de travail, au respect de sa vie privée ; […] celle-ci implique en particulier le secret des correspondances ; […] l’employeur ne peut dès lors sans violation de cette liberté fondamentale prendre connaissance des messages personnels émis par le salarié et reçus par lui grâce à un outil informatique mis à sa disposition pour son travail et ceci même au cas où l’employeur aurait interdit une utilisation non professionnelle de l’ordinateur ».
Par ailleurs, l’arrêt Techni-Soft du 18 octobre 2006 a permis de compléter la jurisprudence issue de l’arrêt Nikon. En effet, l’employeur dispose de droits de contrôle sur les messageries électroniques à partir du moment où « les fichiers et dossiers […] sont présumés, sauf si le salarié les identifie comme étant personnels, avoir un caractère professionnel de sorte que l’employeur peut y avoir accès hors sa présence  ». Cependant, le caractère personnel des messageries est rappelé par l’arrêt Cathnet du 17 mai 2005 qui indique que « l’employeur ne peut ouvrir les fichiers identifiés par le salarié comme personnels contenus sur le disque dur de l’ordinateur mis à sa disposition qu’en présence de ce dernier ou celui-ci dûment appelé  ». Mais comme l’avait affirmé l’ancien vice-président de la CNIL, la jurisprudence n’est pas arrêtée dans ce domaine en constante évolution, ce qui génère un débat sur la protection des salariés et laisse la porte ouverte aux abus.
 
Il est donc délicat de trouver un équilibre entre l’objectif sécuritaire des employés et le respect de la vie privée des salariés. La cybersurveillance est difficile à réglementer car elle touche aux droits fondamentaux des salariés.  Cependant, les conditions d’exercice de cybersurveillance sur le poste de travail sont posées notamment par l’information préalable des salariés ou encore l’information du CE. Dialogues entre employeur et employés s’avèrent donc indispensables afin de trouver un équilibre entre cybersurveillance des activités au travail et cybersurveillance de la vie privée au travail.
Julien Brochard
SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
 
 
Netographie :
http://www.netpme.fr/nouvelles-technologies/117-cybersurveillance-salaries-dans-entreprise-quels-sont-droits-employeur.html , La cybersurveillance des salariés dans l'entreprise: quels sont les droits de l'employeur ?, Me Martine Ricouart-Maillet
http://www.legalis.net/jurisprudence-decision.php3?id_article=1774, Cour de cassation, Chambre sociale, Arrêt du 18 octobre 2006
http://www.cyberlex.org/archives/cybersurveillance-droit.html , La cybersurveillance à l’épreuve du droit, Gérard Haas, Marie Pierre Fenoll-

Trousseau
http://www.tripalium.com/, La vidéosurveillance en entreprise, mode d’emploi, Damien Follet, 02/11/2005

Texte officiel :
Ø  Rapport d’étude et de consultation publique sur la cybersurveillance des salariés dans l’entreprise, CNIL, mars 2001
Ø  Rapport de la cybersurveillance sur les lieux de travail, CNIL, février 2004
Ø  Convention 108 - Convention pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, Conseil de l’Europe, janvier 1981
 
ANNEXES
 
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