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 Le Cumul Emploi-Retraite

Publié le :  28 décembre 2007

Auteur : Brucker Edouard

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Motivés par l’objectif de lutter contre le chômage, les pouvoirs publics ont développé des dispositifs de préretraite pour les travailleurs âgés qui se voient à 50 ans, en pleine possession de leurs moyens, forcés à l’inactivité.
La France présente un taux d’emploi des plus de 50 ans parmi les plus faibles des pays de l’OCDE, alors que pointent déjà les difficultés liées à une faible croissance démographique et au vieillissement de la population active.
Avec un taux d’emploi de 58% des hommes de 50 à 64 ans et de 47% pour les femmes, la France se classe au 22ème rang parmi les pays de l’OCDE.
L’évolution démographique française marquée par le vieillissement de la population et le départ en retraite de la génération du papy-boom nous oblige à reconsidérer la question de l’activité des séniors. Ainsi le gouvernement a récemment émis des propositions pour assouplir les règles de cumul emploi-retraite pour les bas salaires, et plus largement pour changer le regard sur les seniors. A l’heure actuelle, le cumul d’un emploi et d’une retraite est peu développé dans notre pays alors que 21% de la population à plus de 60 ans.
La proposition d’un cumul de l’emploi et de la retraite serait il une alternative à ce phénomène ?

 
   

Dans un premier temps nous étudierons l’aspect purement juridique des conditions et limites d’accès au cumul emploi-retraite, puis dans un second temps nous verrons les avantages et les inconvénients du point de vue de l’entrepreneur, à l’instauration de ce cumul ainsi que l’impact sur la population des retraités.

Afin d’inciter les personnes seniors à poursuivre leur activité professionnelle tout en bénéficiant de temps libre la loi de financement de la sécurité sociale de 2007 tend à aménager le dispositif prévu initialement par la loi Fillon du 21 août 2003 portant sur la réforme des retraites, afin de favoriser le cumul emploi-retraite. Plusieurs députés ont déposé une proposition de loi visant à exonérer de cotisation retraite les personnes cumulant emploi et retraite.

Nous allons donc  observer les conditions de cumul d’une retraite avec un revenu d’activité :

Nous pouvons ainsi énumérer plusieurs conditions liées :

-          à l’âge
-          au plafond de revenu
-          au délai avant reprise d’une activité

Selon l’article L. 161-22 du code de sécurité sociale, l’âge d’application du cumul emploi-retraite est passé de 60 ans à 55 ans afin d’aligner l’âge auquel un droit de pension peut être ouvert dans les régimes de base, à savoir le régime général de sécurité sociale, le régime des salariés agricoles et certains régimes spéciaux.

Afin d’obtenir la possibilité de cumul, le retraité doit apporter la preuve de sa rupture d’activité professionnelle avec son employeur par une déclaration sur l’honneur selon l’article D 161-2-5 et vérifier s’il ne correspond pas aux exceptions énumérées dans l’article L 161-22 du code de la sécurité sociale.

En termes de revenu et selon l’article D.161-2-9 du code de sécurité social, un retraité du régime général, peut cumuler son salaire avec ses pensions, à condition que la somme de son nouveau salaire et de ses pensions n’excèdent pas son dernier salaire ou si cette solution est plus favorable à l’assuré soit 160 % du SMIC. Cette limite est calculée sur la base annuelle de 1820 heures, compte tenu de la valeur du SMIC au 1er janvier de l’année au cours de laquelle sont mises en œuvre les règles de cumul. Pour déterminer le montant du dernier salaire :

-          les Caisses de retraite de base retiennent le revenu moyen des 3 derniers mois civils d'activité. Les salaires retenus sont les salaires soumis au prélèvement de la contribution sociale généralisée (CSG), c'est-à-dire 97 % du salaire brut depuis le 1er janvier 2005. Si l'intéressé a exercé plusieurs activités, toutes les activités sont retenues.

-          les régimes complémentaires (ARRCO et AGIRC) retiennent « le montant brut »
L'assuré qui a exercé une activité à temps partiel peut demander la prise en compte d'un revenu correspondant à une activité exercée à temps complet. Si l'intéressé a exercé plusieurs activités à temps partiel, le total des rémunérations est retenu. Ce total ne peut pas être inférieur à la rémunération correspondant à l'activité rétablie à temps complet la plus élevée.

Ces dispositions s’appliquent aux retraites dont le point de départ est postérieur au 31 décembre 2003, pour les arrérages de retraite dus à compter de la mensualité de janvier 2007.

Enfin en dernier lieu, il y a une condition de délais dans le cas ou l’assuré souhaite reprendre de l’activité chez son dernier employeur. En effet, afin de pouvoir cumuler, le senior doit attendre un délai de 6 mois entre la date de liquidation de la pension et la reprise d’activité.

Si le montant total des revenus du retraité dépasse le plafond de revenus autorisé, le versement des pensions de retraites est suspendu. Le versement des pensions est aussi suspendu dans le cas d’une reprise d’activité chez l’ancien employeur moins  de 6 mois après la liquidation de la retraite. Les caisses liquidatrice des pensions peuvent procéder à toutes vérifications et enquêtes administratives concernant la réalité de la rupture définitive de tout lien professionnel avec l’employeur.

Les règles régissant le cumul emploi-retraite sont différentes pour les fonctionnaires. Si le retraité exerce sa nouvelle activité dans le privé (ou dans des établissements ou organismes publics présentant un caractère industriel ou commercial), il peut continuer à percevoir l’intégralité de sa pension de retraite, quels que soient son âge et sa nouvelle rémunération.
Si son nouvel emploi s’inscrit dans le cadre de la Fonction publique, il est soumis à une limite d’âge fixée à 65 ans. De plus, la rémunération annuelle qu’il en tire ne doit pas être supérieure au tiers du montant brut de sa pension. Les excédents éventuels sont déduits du montant de la pension, après application d’un abattement égal à la moitié du minimum garanti (soit 587 € par mois au 1er février 2007. Enfin, les revenus tirés des activités artistiques, littéraires, scientifiques ou juridictionnelles (juges de proximité) ou de la participation à des jurys de concours sont entièrement cumulables avec une pension.

(Voir annexe : Tableau sur la diversité des régimes)

Après nous être plongé dans la partie purement juridique du cumul emploi-retraite, nous pouvons nous pencher sur les avantages et les inconvénients qu’un patron et un senior peuvent en tirer.

Il est constaté à l’heure actuelle que peu d’entrepreneurs pratiquent cette méthode au sein de leurs entreprises. En effet, les seniors sont souvent hâtivement jugés comme dépassés et difficiles à gérer en termes d’intégration et de résistance aux changements. Malgré cette idée, ce cumul comporte de nombreux avantages. Selon Charles Cottin, associé du cabinet Atout Senior : « Le principal avantage, c’est la flexibilité. On fait appel au sénior sur une mission donnée, pour un temps limité, plutôt que de l’embaucher en CDI, ce que peu d’employeurs seraient enclin à faire ». En effet, étant limité dans le nombre d’heures de travail, les séniors fort de leurs expériences peuvent mener pour un moindre coût des actions sporadiques au sein de l’entreprise. De plus, dans certains secteurs confrontés à des pénuries ou des tensions de recrutement, l’application de cette méthode permet de limiter de futurs retards de livraison. Selon Sabrina Cohen, directrice ressources humaines d’Ad’Missions : « Nous avons beaucoup de demandes dans le secteur de la banque, de l’industrie ou de l’informatique, qui suite au papy-boom voient partir de nombreux séniors. ».

Si la réforme des retraites limite les conditions de retour à l'emploi des retraités, elle constitue un avantage pour les employeurs. Un retraité devient d'autant plus attractif qu'il coûte moins cher qu'un senior lambda. Selon les fondateurs d’Actif Senior Plus : "En France, le prix de l'expérience est élevé". Les salaires des actifs seniors restent supérieurs à ceux de leurs cadets. Nous pouvons aussi parler de la contribution Delalande. Cette mesure prévoie des pénalités financières pour les entreprises se séparant de leurs salariés âgés poussant les employeurs à ne pas recruter de seniors. "En employant un retraité pour une mission courte, l'employeur se libère d'une épée de Damoclès", explique le PDG d’Actif Senior Plus. L'avantage pour les entrepreneurs réside également dans une diminution de charges, puisqu'il n'y a plus de cotisations-retraites à acquitter, et que la CSG et la CRDS sont réduites.

En dernier lieu, de plus en plus d’entreprises font appel aux séniors pour effectuer du tutorat Pour compenser la perte de savoir-faire, les entreprises font revenir des profils confirmés afin qu’ils se chargent de former les jeunes. Les différentes réformes mis en œuvre accroissent cette activité en soustrayant les revenus perçus au titre du tutorat des règles de cumul emploi-retraite. Si le développement du tutorat doit reposer prioritairement sur des salariés encore en activité, il convient également de permettre le retour en entreprise du salarié volontaire, qui aurait déjà pris sa retraite, pour y exercer des missions de tutorat. Un futur décret déterminera la durée du CDD de tutorat pouvant être conclu. Cette réforme répond aux attentes des partenaires sociaux exprimés dans l’accord national interprofessionnel sur l’emploi des seniors du 13 octobre 2005.

Nous pouvons dans un dernier temps observer les avantages pour les séniors. A 55 ans, les retraités se sentent encore capable de travailler et souvent tombent en dépression ou dans l’ennui. Comme nous cite un ancien cadre d’un grand groupe José Zani : « A mon âge, je me sens encore largement capable de travailler ». Ce cumul permet ainsi de mieux appréhender la cessation d’activité comme nous précise Catherine Rousseau, consultante indépendante : «  Pour certains, le virage n’est pas facile à prendre : le salarié passe d’un niveau d’activité intense, d’un statut social et d’un niveau de salaire parfois important à une inactivité soudaine et à une perte de niveau de vie ».  En effet, le complément de rémunération est un véritable bol d’air pour certains retraités. Les droits à la retraite sous souvent très en deçà du niveau de leur dernier salaire.

Nous pouvons ainsi observer que le cumul emploi retraite apporte de nombreux avantages aussi bien aux retraités (par l’apport financier et le combat contre l’ennui et la solitude) mais aussi aux employeurs qui voient dans ces séniors un vivier de gens compétents capable de transmettre leur savoir faire et d’occuper des postes délaissés par la jeune génération. Malheureusement, dans le cadre des réformes et du possible rallongement de la durée de cotisation pour la retraite (jusqu’à 65 ans), ce cumul emploi-retraite ne va t’il pas rapidement disparaître ?

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SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   

LA DIVERSITE DES REGIMES

 

Régimes de base

Régimes complémentaires

Salariés du secteur privé

 

 

 

Salariés agricoles

Caisse nationale d’assurance vieillesse (Régime général)

 

Mutualité sociale agricole, aligné sur le Régime général

Régimes complémentaires obligatoires ARRCO (salariés d’employeurs privés), AGIRC (cadres),

 

IRCANTEC (agents non titulaires de l’Etat et des collectivités publiques)

Artisans

CANCAVA

aligné sur le Régime général

Régime complémentaire obligatoire

Industriels et commerçants

ORGANIC

aligné sur le Régime général

Régime complémentaire facultatif (obligatoire pour les conjoints et entrepreneurs en bâtiment) fonctionnant en répartition

Professions libérales

- Régime de base (13 sections professionnelles regroupées au sein de la CNAVPL)

- Caisse nationale des barreaux français

- Régimes complémentaires obligatoires

- Avantage supplémentaire vieillesse pour les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés

Exploitants agricoles

Mutualité sociale agricole

Régime complémentaire obligatoire, à compter de 2003

Fonctionnaires civils et militaires de l’Etat

Régime spécial géré par le service des pensions

Fonctionnaires des hôpitaux et des collectivités locales

Régime spécial géré par la CNRACL

Salariés des entreprises publiques et autres régimes spéciaux

Régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF, des clercs de notaires, des mines*...

* Le régime des mines est un régime de base complété par l’ARRCO et l’AGIRC

Le système est complété par un minimum vieillesse servi à toutes les personnes de 65 ans et plus dont les ressources sont inférieures à un certain seuil. 
ANNEXES
 

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