L'absentéisme en France

Publié le : 30 decembre 2007 2007

Auteur : Monique Picquot-Michel

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Plus de 7 millions d'arrêts de travail et près de 250 millions de journées indemnisées, c'est le bilan de l'absentéisme en France. Si des abus existent, plusieurs études révèlent de vrais troubles, y compris chez les cadres. Entre 1997 et 2002, le nombre d'indemnités journalières pour maladie a connu une très forte augmentation, environ 34 % sur la période dont 10 % pour la seule année 2002, selon la Caisse nationale d'assurance maladie.

   

A partir de fin 2003, cette tendance s'est toutefois inversée et le nombre d'indemnités journalières maladie a ainsi diminué de 8,5 % entre 2003 et 2005.

Evolution du nombre d'indemnités journalières de 1997 à 2005 (en milliers par mois)

Même si le taux d'absentéisme en France a chuté de 5,4 % à 4,5 % en 2006, selon une étude du cabinet PwC, elle reste championne en Europe. (Source : Le Figaro 15/10/2007)

En France, le taux d'absentéisme atteint en moyenne 7%, alors qu'il est de 4,2% en Allemagne et de 3,7% en Grande-Bretagne.

Selon les spécialistes, il existe bien un taux incompressible d'absentéisme, mais il est compris entre 3,5 à 4%. Disparate selon les régions (il est deux fois plus élevé dans les Bouches du Rhône qu'en région parisienne) et selon le secteur (5,8% dans le privé, 11% dans la fonction publique d'Etat, 13,4% dans la fonction publique territoriale), le taux d'absentéisme a beaucoup augmenté entre 1997 et 2004.

Une étude sur la période 1991-1998 constatait un taux d'absentéisme dans le secteur privé de 2,9 %. Pourquoi cette progression ?

« L'une des causes est démographique, le vieillissement de la population entraîne des congés maladie plus fréquents. A l'opposé, les jeunes acceptent plus difficilement contraintes et horaires » explique Pascal Gallois, consultant en entreprise. (source :l’expansion 18/5/2006)

COMPRENDRE L’ABSENTEISME :

Avant de s'attaquer efficacement à l'absentéisme, il faut en comprendre les causes, souvent multiples.

Les arrêts maladies courts sont moins le reflet du développement de pathologies médicales que d’un problème d’intégration dans l’entreprise.

Les jeunes et les salariés aux contrats précaires sont les plus touchés par cet absentéisme du fait du manque d’attachement à l’entreprise (successions de contrats précaires chez différents employeurs) et du manque de motivation (plan de carrière peu valorisant, manque de responsabilité, manque d’attractivité des rémunérations).

Ce type d’arrêt tient également lieu de soupape de sécurité ; on s’arrête pour souffler et décompresser face à un travail stressant, exigeant, répétitif ou inintéressant.

Certaines approches traite l'absentéisme sans faire de différenciation entre les cas, ce qui les rend bien souvent inefficaces, voire contre-productives.

L'ABSENTEISME AU TRAVAIL DIRECTEMENT LIE A  L'INSATISFACTION ET AU STRESS

Plus les niveaux d'insatisfaction et de stress sont élevés, plus les fréquences et les durées d'absentéisme sont importantes. C'est ce qu'a observé le Groupe SECUREX, leader en France depuis 35 ans en conseils et services en gestion des Ressources Humaines, suite à  son enquête consacrée à  l'absentéisme au sein des entreprises en 2005.

Le Groupe SECUREX a interrogé, au moyen d'interviews micro-trottoir, 2.498 salariés français sur leur perception de l' "absentéisme en France". Ce groupe de personnes se rapproche le plus possible de la répartition du marché du travail en 2005.

Principaux résultats de l'enquête :

  • 23,24% des salariés français qui subissent un stress élevé ont une fréquence d'absence importante
  • 73,66% des personnes interrogées estiment qu'il est facile de s'absenter pour des raisons médicales
  • Pour 74,86% des salariés, il faut renforcer les systèmes de contrôle lors des arrêts de travail
  • 73,70% des salariés se sentent soutenus par l'organisation pendant leur absence

Ces chiffres font parties des conclusions ressortant du Benchmark concernant l'absentéisme en France réalisé par SECUREX en 2005.

COMMENT LUTTER CONTRE L’ABSENTEISME

L’absentéisme coûte cher : Remplacement par intérim, diminution de la productivité, détérioration du climat social, désorganisation de l’entreprise.

Selon MEDICA EUROPE 54 % des arrêts constatés le week-end et les jours fériés seraient injustifiés.

Si l’on reprend la citation de Pascal GALLOIS, « il existe un taux d'absentéisme structurel incompréhensible de 4 à 6 %. Au-delà, l'absentéisme devient le symptôme d'un ou plusieurs problème dans l'entreprise" ? on peut sans doute affirmer qu’avant toute action, il est nécessaire de décrire la situation, de cibler la problématique avant l'élaboration d'un plan d'actions.

L'absentéisme en entreprise fait partie du quotidien des salariés français. Cauchemar pour les managers obligés de réorganiser la charge de travail, fatalité et source de démotivation pour les collègues, l'absentéisme apparaît en fait comme un phénomène hétérogène dont les caractéristiques sont propres à chaque entreprise.

La durée des arrêts de travail, leur justification, leur fréquence définissent des types d'absentéisme très différents et contre lesquels on ne lutte pas de la même manière. Il est donc indispensable de ne pas faire d'amalgames en dénonçant les absences en bloc.

Pour réagir efficacement, un diagnostic approfondi de la situation s'impose.

DES AVIS CONTRASTES SUR LA RECOMPENSE AU PRESENTEISME

Les avis et les témoignages sont très contrastés concernant la récompense du présentéisme considéré parfois comme étant une sanction à l’absentéisme.

Il y a déjà une dizaine d'années que de grandes entreprises (comme les constructeurs automobiles) mettent en oeuvre ce type de politique. En utilisant une arme simple et redoutable : la prime.

D’un côté on récompense l'assiduité en espèces, et de l’autre, on la rend dégressive. D'un côté, on exerce une pression sur la motivation à être présent, de l'autre, on sanctionne. Par exemple, la prime mensuelle est divisée par deux pour un jour d'absence, par trois pour deux jours et supprimée au-delà.

En l'absence de treizième mois conventionnel, certains employeurs décident d'en prévoir un, qu'ils peuvent ne pas verser ou réduire au-delà d'un certain nombre de jours d'absence. Effet garanti...L'accord d'intéressement prenant en compte les absences (hors maternité et accidents du travail), peut être utilisé également comme un encouragement au présentéisme.

L'utilisation de menaces ou de récompenses globales peut même avoir des effets contre-productifs. Ainsi, la prime au présentéisme, versée aux salariés en fonction de leur nombre de jours de travail effectif, est discutée. « C'est un système pervers qui conduit à la formation de deux catégories de personnes, met en garde Pascal Gallois, d'un côté, il y a celles qui choisissent de perdre cette prime et qui n'hésitent plus à s'absenter, de l'autre, il y a celles qui au contraire compte dessus à la fin du mois et viennent au travail même en étant malades et quitte à ce que leur état empire. »

Le point de vue du secrétaire général CGT de l'usine Citroën Sevelnord à Hordain :

« C'est une mesure tout simplement discriminatoire", s'offusque Ludovic Bouvier. "Les gens ne font pas semblant d'être malades. Certains sont en arrêt longue durée, d'autres ont subi un accident du travail." Le délégué syndical accuse la direction de mener une "chasse au sorcière" et considère l'initiative de la direction d'autant plus infondée qu’"une prime d'assiduité de 30 € par mois existe déjà ».

Source le nouvel obs 28/08/07

Les syndicats du groupe ne comptent pas en rester là. « Une cinquantaine de dossiers sont en cours de constitution et vont être déposés aux Prud'hommes », ont fait savoir les représentants de la CGT, qui veulent faire condamner la direction de Sevelnord pour "discrimination. (Source : Le Nouvel Obs – 29 aout 2007)

Un exemple de réaction de salariés concernés :

Certaines entreprises poussent la logique jusqu'à menacer de faire sauter le treizième mois. Mais gare au revers : le personnel de l'usine Prévost (traitement de surface), à Saint-Etienne, s'est mis en grève en 2006 car la direction envisageait la remise en cause du treizième mois en cas d'absentéisme.

Nos parlementaires au régime « carotte » aussi ?

Guy Carcassonne (Comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions)  propose de « sanctionnner financièrement » les parlementaires qui ne feraient pas preuve d'assiduité.

Paul Ohana (Président de la Commission Réforme de l'Etat) dit « il ne faut pas sanctionner l'absentéisme, il faut encourager le présentéisme : l'absentéisme au Parlement comme en entreprise a une connotation négative. On essaie de le réduire mais c'est un combat permanent, il y a toujours toutes sortes de justifications, de bonnes raisons pour être absent, malgré l'arsenal de mesures coercitives mises en oeuvre. D'où cette approche originale, innovante: changement de paradigme : c'est votre présence qui nous intéresse. Et à partir de là une réflexion de nature différente: comment accroître le présentéisme, c'est à dire agir sur tous les facteurs objectifs et subjectifs qui vont vous faire préférer d'être présents plutôt qu'absents. » (source Management et vie publique - 26 juillet 2007.)

COMMENT METTRE EN OEUVRE UNE STRATEGIE DE REDUCTION DE L'ABSENTEISME ?

Il existe des effets pervers, nous l’avons abordé plus haut, ce qui nous laisse à penser que la gratification liée au temps de présence, n'est pas forcément une solution unique.

Pour encourager l’assiduité, une analyse de l’absentéisme est nécessaire. Il faut également en comprendre les causes dans un service particulier, une entreprise, ou un secteur.

Les facteurs liés à l’organisation du travail, au management ou au système de valeur en vigueur dans l’entreprise peuvent être un point de départ à la mise en place d’une stratégie adaptée au contexte.

En fonction des indicateurs révélés par cette analyse, des actions stratégiques éventuellement rémunératrices pourront être menées sur la motivation, l'implication, les conditions de travail, ou l’adaptabilité par exemple.

3 axes :

-       La gestion des compétences, l’adaptation des postes et des temps de travail, la formation de l'encadrement

-       Démarche de gestion des risques et de prévention : partenariat efficace avec médecins et services de protection sociale ou d'assurance maladie

-       Installer un dialogue entre managers et salariés

Pour lutter efficacement contre l'absentéisme, mieux vaut privilégier des traitements ciblés sur les problèmes propres à son entreprise, voire à un service ou un atelier plus particulièrement touché par le phénomène. Une telle démarche demande de bien étudier la situation au préalable.

Ainsi, dans les cas où l'absentéisme est lié à des conditions de travail trop génératrices de stress, une réorganisation de l'entreprise ou du service peut être nécessaire.

« Les tâches répétitives, les objectifs impossibles à atteindre, les bouleversements récurrents peuvent être des modes de fonctionnement difficiles à supporter par certains salariés qui finissent par tomber malades », explique Patrick Légeron, médecin psychiatre, fondateur du cabinet de conseil en gestion du stress Stimulus.

« Donner plus d'autonomie, fixer des objectifs plus raisonnables contribuent à faire baisser le stress et donc l'absentéisme. »

Source = journal du net

Actualisé le 2 août 2007

DES FORMATIONS POUR GERER L’ABSENTEISME :

exemple de formation dispensee par la Cegos en 2007

Comparer les taux de son entreprise avec les taux en vigueur dans d'autres entreprises.

• Identifier les meilleures pratiques des entreprises.

• Acquérir une méthode pour cartographier l'absentéisme de son entreprise

• Connaître les règles gérant l'absentéisme maladie et accident du travail.

• Identifier et impliquer les acteurs pouvant agir sur cette problématique.

• Bâtir un plan d'action pour son entreprise.

• Savoir communiquer autour de cette problématique.

LUTTER CONTRE L’ABSENTEISME AUTREMENT

Lutter contre les causes profondes de l’absentéisme peut être profitable.

C’est une des responsabilités qui revient aux ressources humaines et aux managers, qui doivent garder à l’esprit qu’un de leurs rôles est de susciter l’adhésion à des projets d’entreprise et de donner du sens à l’action de chacun dans le cadre de son travail.

C’est une véritable politique d’entreprise à mettre en œuvre. En effet, comment en vouloir à une personne qui rechigne devant l’effort lorsque celui-ci n’est ni reconnu, ni valorisé, ni récompensé…et qui ignore quel est son rôle réel dans l’atteinte des buts de l’entreprise.

Savoir de quelle manière on contribue, même pour 1% à l’objectif final est essentiel. Même le coursier ou le personnel d’entretien contribue au résultat final.

Peut-on envisager une entreprise sans service de nettoyage par exemple ?

Il existe des entreprises qui ne connaissent ni turnover, ni absentéisme, où les salariés rognent leurs congés volontairement pour satisfaire à un imprévu ou un gros challenge. Que d’économies réalisées grâce à une vision de la Ressource Humaine de l’entreprise plutôt que de devoir lutter à grand frais sur les conséquences.

Dans son livre “The dream manager” Matthew Kelly, explique les raisons pour lesquelles des salariés quittent leur emploi. Ces raisons peuvent être reprises dans le cadre de l’absentéisme :

1. ils ont une mauvaise relation avec leur manager,

2. ils ne se sentent pas assez reconnus et appréciés,

3. l'employé pense que ses talents ne sont pas, ou pas assez, correctement utilisés; il pense qu'il pourrait offrir plus;

4. l'employé n'a pas les moyens de mesurer ses progrés .

Et in fine, il considère que les dirigeants, les employés, et l'entreprise ont une responsabilité absolue.

L'employé a la responsabilité d'apporter de la valeur ajoutée à la vie de son entreprise, et l'entreprise a la responsabilité d'ajouter de la valeur à la vie de son employé. C'est le principal composant, bien que non écrit, du contrat entre les employés et leurs employeurs.

C'est une nouvelle façon de concevoir la loyauté dans l'entreprise. L'entreprise ainsi conçue ne peut pas garder un employé qui n'ajoute pas de valeur, ou n'aide pas son entreprise à devenir une meilleure version d'elle-même. Inversement, une entreprise ne peut attendre de son employé qu'il soit loyal et fidèle si les exigences et attentes de cette entreprise conduisent de façon évidente cet employé à devenir une moins bonne version de lui-même.

Cette notion d'aider ses collaborateurs à devenir toujours une meilleure version d'eux est une véritable valorisation non pas du présentéisme mais du facteur humain.

manager différemment a un avantage: : c’est économique.

 

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
     
ANNEXES

DEFINITIONS

ABSENTEISME

L’absentéisme est une conduite qui se caractérise par des absences régulières du lieu de travail.

PRESENTEISME

Le présentéisme est le fait d’être présent.

TAUX DE PRESENTEISME

Le taux de présentéisme représente le nombre de présents effectifs rapporté au nombre de présents attendus. Ce taux est le complémentaire à 100 % du taux d’absentéisme (c’est-à-dire que la somme de ces deux taux vaut 100 %).

ASSIDUITE

Exactitude à se trouver l'on doit s'acquitter d'une obligation, présence régulière à un poste, à un lieu l'on doit être.

 

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