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 Le CIF : mode d’emploi, mode de refus

Publié le : 15 octobre 2006

Auteur : G.MAUPAS

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Aujourd’hui, l’effort budgétaire en formation représente environ 3,2% de la masse salariale. C’est deux fois plus que l’obligation légale. Si l’actualité monopolise actuellement l’attention des entreprises sur la question du DIF (Entreprise et Carrières du 26 septembre 2006), il y a un autre outil en matière de formation qui ne doit pas être oublié : Le congé individuel de formation (CIF). Grâce à ce dernier, les salariés ont l’opportunité de suivre une formation de leur choix distincte de celle du plan de formation de leur entreprise.
Le CIF se fait l’initiative du salarié de manière individuel et donne le droit de s'absenter de son poste de travail pour durée maximale d’1 an à temps complet ou 1200 heures à temps partiel. (Sauf accord sur une durée plus longue)
 
   

Ainsi, indépendamment de sa participation aux stages dispensés par son entreprise, tout salarié pourra suivre des formations (non cloisonnées à un caractère professionnel) afin d’acquérir des connaissances, d’accroître sa qualification, de se préparer aux futurs aléas du marché, de préparer et passer des examens, etc.
Certains salariés ont recours au CIF en raison du désaccord (durant deux exercices civils consécutifs) avec leur employeur sur la formation voulue dans le cadre du DIF. Le salarié sera ainsi prioritaire pour un CIF, sous réserve que sa demande corresponde aux critères définis par l’OPACIF (art. 8 ; c. trav. art. L. 933-5 modifié).

Quel que soit l'effectif de l'entreprise, tout titulaire d’un contrat à durée indéterminée à temps plein ou partiel (Art. L 933.1) peut bénéficier d’un congé individuel de formation.
Il devra cependant remplir une condition d'ancienneté ; à savoir qu’il est nécessaire d’avoir été salarié pendant 24 mois consécutifs dont 12 mois dans l'entreprise (36 mois dans les entreprises artisanales de moins de 10 salariés). De plus Le salarié doit, entre deux CIF, respecter un délai de franchise. Cette durée ne peut être inférieure à 6 mois ni supérieure à 6 ans et dépend du temps du dernier CIF.

Une procédure stricte doit être suivie pour la demande du CIF. Le salarié doit présenter une demande écrite d'autorisation d'absence stipulant l'intitulé de la formation, la date de commencement, la durée de la formation, ainsi que l'organisme prestataire. La demande à l'employeur doit être réalisée dans un délai de 60 jours précédant le congé (ou 120 jours pour des stages d'une durée continue de plus de 6 mois).

Le bénéficiaire reste salarié de son entreprise pendant tout le congé de formation. Si certains effets sont mis en suspens (travail effectif, maintien automatique de la rémunération), le calcul des droits aux congés payés est pris en compte (au prorata du temps passé en formation), les droits du salarié lié à son ancienneté dans l'entreprise (13e mois, vacances, gratifications, etc.) ne cessent pas. De plus, un salarié en congé de formation conserve le droit d'exercer des mandats de représentant du personnel ou de délégué syndical. Il reste également électeur et éligible aux élections professionnelles.

Au retour du travailleur, l'employeur le réintégrera dans son emploi antérieur. Il n’a cependant aucune obligation de lui proposer un nouvel emploi en adéquation avec ses compétences acquises pendant la formation.

Le financement du CIF est assuré par des organismes paritaires agréés par l'État. Il s'agit notamment des FONGECIF (Fonds de gestion du CIF, présents dans chaque région). Les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés) de branche se chargeront de ce financement lorsqu’il s’agira de certains secteurs professionnels comme par exemple l’agriculture ou le secteur du spectacle. C’est à l’aide de versements de cotisations annuelles par les entreprises de 10 salariés (et parfois compléments de l'État et de la région) que ces organismes financent une partie des demandes de congé en formation.

Ainsi, pour bénéficier d'une prise en charge financière, le salarié doit s'adresser à l'organisme auprès duquel son entreprise verse sa contribution. Les possibilités de prise en charge par le FONGECIF ou l'OPCA concernent (par ordre de priorité) la rémunération, le coût de la formation, les frais de transport puis les frais d'hébergement. Le salarié a la possibilité de demander à son employeur d’obtenir un financement complémentaire à la prise en charge du FONGECIF ou de l'OPCA. Enfin, il peut demander à se faire financer totalement ou partiellement financer en cas d’impossibilité de la part de l’organisme paritaire

Dans le cas précédemment énoncé du recours au CIF à défaut de l’acceptation d’un DIF, le montant de l'allocation de formation correspondant à ses droits acquis au titre du DIF conformément aux dispositions de l'article L. 933-4 mais aussi le coût de la formation calculé sur la base forfaitaire de l'heure de formation applicable aux contrats de professionnalisation mentionné à l'article L. 983-1.

Le salarié a la possibilité d’avoir une partie de sa rémunération pendant son congé de formation. Il doit obtenir l'accord de l'organisme paritaire agréé à cette fin [comme l'organisme paritaire collecteur agréé au titre du CIF (OPACIF) ou encore d'organismes dont la compétence est limitée à une entreprise ou un groupe d'entreprises (AGECIF)]. Selon les cas, cet organisme prendra en charge 80 % ou 90 % de la rémunération habituelle du salarié. Si le salaire est inférieur à deux fois le SMIC, La prise en charge du salaire est totale. L’employeur versera alors la rémunération à l’employé et se fera rembourser par l'organisme agréé.

Les titulaires d’un CDD peuvent-ils se voir refuser un CIF ?

Les salariés sous contrat à durée déterminée bénéficient des mêmes droits à la formation que les salariés titulaires d’un CDI (C. trav, art. L. 122-3-3). Cependant, durant de nombreuses années certaines formalités d’accès au congé individuel de formation comme les conditions d’ancienneté excluaient les titulaires d’un CDD. Ainsi, le droit au CIF a été retravaillé afin de prendre en compte de la situation particulière des salariés en CDD. Les salarié en CDD ou les anciens titulaire d’un CDD peuvent dorénavant jouir du congé individuel de formation depuis 1991. Cette formation pourra permettre à des personnes de changer de profession, d’activité ou de qualification après leur formation (tandis que les salariés sous CDI réintègrent leur entreprise et leur poste de travail). À l'inverse du CIF-CDI, l’intéressé a un très large choix de formation en terme de liberté .Il doit juste être vigilant sur le fait qu’elle doit commencer au plus tard un an après la fin du CDD. Les choix de parcours de formation sont nombreuses (stages d’adaptation, de promotion, d’acquisition des connaissances, etc.) et variés (santé, social, informatique, comptabilité…).

Le salarié sous contrat à durée déterminée doit avoir travaillé 24 mois, consécutifs ou non, en qualité de salarié, au cours des 5 dernières années dont 4 mois consécutifs ou non sous CDD, au cours des 12 derniers mois (Certains contrats sont exclus du calcul des 4 mois exigés, comme les contrats d’adaptation, de qualification, d’orientation, les contrats d’apprentissage, les CES, les CDD se poursuivant par des CDI, etc.).

Le CIF se déroule alors en dehors de la période d'exécution du contrat de travail à durée déterminée. La formation doit débuter au plus tard 12 mois après le terme du contrat. Elle peut aussi être suivie en totalité ou partiellement avant le terme du CDD. (Ceci sous l’accord de l'employeur)

Les salariés CDD en formation  bénéficient de beaucoup d’avantages. Après cette formation spécifique, les personnes ayant eu un CIF-CDD ont droit aux allocations chômage. De plus, ils ont le statut de stagiaire de la formation professionnelle, et jouissent donc du maintien de la protection sociale (assurance chômage, sécurité sociale, retraite complémentaire) qu’ils disposaient sous CDD. (C. trav, artL. 931-19).

Dans le cadre du CIF-CDD, les dépenses sont prises en charge comme pour le CIF-CDI. Ce financement se fait via la contribution des entreprises de 1% des salaires bruts versés aux titulaires de CDD. Cette rémunération est exceptionnelle en ce sens qu’elle ne peut être inférieure au salaire de référence antérieur (salaire moyen brut perçu au cours des 4 derniers mois sous CDD) lorsque celui-ci n’atteint pas 2 fois le SMIC, et ceci dans la limite de 52 semaines ou de 1200 heures (D. n°92-259 du 3 septembre 1992). Les coûts de la formation, les frais de transport, d’hébergement et de nourriture, seront pris en charge en totalité ou en partie par l’organisme paritaire.Un point spécifique concernant le CIF-CDD est le fait qu’il soit moins connu et donc moins demandé. De ce fait, les fonds de financement sont souvent, ce qui permet une plus grande prise en charge des demandes

 L’employeur n’a-t-il donc aucun recours à une demande de CIF 

Actuellement, le congé individuel de formation a plutôt une image négative auprès des employeurs. En effet, bien que les formations apportent une augmentation des compétences chez les personne et constituent ainsi un investissement pour le futur de l’entreprise, peu de managers apprécient qu’un de leur salarié les quitte jusqu’à une année complète tout en restant dans la boite et en étant rémunéré. Les employeurs voient le CIF plus comme un moyen de sortie astucieux de l’entreprise que comme une opportunité de voir son équipe monter en compétences. Ainsi, beaucoup sont tentés de mettre leur veto à une demande de congé de formation. Mais le peuvent t ils vraiment en définitive ?

Si les conditions d'ouverture du droit au CIF (précédemment évoquées) sont remplies par le salarié et que la procédure de demande d'autorisation d'absence est respectée, alors l'employeur n’a aucun moyen de s'opposer au départ en formation de son salarié. Il peut cependant reporter le congé formation pour deux raisons. Si l'employeur pense que le départ du salarié en congé de formation est préjudiciable à la production et à la bonne marche de l’activité de l'entreprise, il peut alors remettre à plus tard la date initiale de départ (motif de service). De même, l’employeur peut invoquer le motif des effectifs simultanément absents lorsqu’il se trouve dans l’impossibilité de répondre simultanément à toutes les demandes de congé (en fonction de l'effectif de l'entreprise). Il faudra alors traiter les demande par ordre de priorité. Ceux dont la demande a été réalisée afin de présenter un examen seront prioritaires. Viendront ensuite ceux dont la demandes a déjà été différée (tous motifs de la demande confondus). Puis ce seront les demandes anciennement validées mais qui n’auront pu être finalisé à cause d’un motif (A l’appréciation du comité d'entreprise ou, à défaut, des délégués du personnel). Enfin, les demandes formulées par les salariés ayant le plus d'ancienneté dans l'entreprise seront prises en compte.

L’employeur ne peut reporter la date d’un congé individuel de formation que sous une certaine procédure :

-L'employeur doit prévenir le salarié de son report dans les 30 jours qui suivent la réception de la demande de congé
-L’employeur devra avoir consulter préalablement le comité d'entreprise ou d'établissement ou, à défaut, des délégués du personnel
-En cas de différend entre l'employeur et l'intéressé, l'inspecteur du travail dont relève l'entreprise peut être saisi par l'une des parties et pris pour arbitre
-Un congé ne peut être différé pour le dit motif qu’à 9 mois maximum.

En conclusion, nous pouvons conclure que le CIF, partie intégrante du cadre réglementaire de la formation, ne peut connaître un refus catégorique de la part de l’employeur. En effet, si la demande est réalisée rigoureusement en suivant toutes les procédures, l’entrepreneur ne pourra y apposer son veto. Il sera donc obligé de laisser partir son employé pour une période pouvant aller jusqu’à un an. Si les formes de contrats permettent parfois d’obtenir  une certaine flexibilité pour l’employeur ici et là, il en est tout autre avec le CIF puisque la réglementation actuelle permet même au CDD d’accéder à ces congés de formation. La seule part de flexibilité restant à l’employeur est donc la possibilité d’un report de la date de formation mais ceci selon des critères rigoureux et uniquement pendant un certain temps. Aujourd’hui, la communication dans les entreprises concernant la formation par le CIF n’est pas parfaite par  crainte des problèmes causés par ces longues absences non programmables. De même, les salariés ont peu recours au CIF  de peur d’être mal vu par leur employeur. Ainsi, le CIF peut difficilement être refusé mais il n’en reste pas moins que son recours reste peu utilisé.

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
     
ANNEXES
 

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