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 L’apprentissage à 14 ans

Publié le : 15 octobre 2006

Auteur : Clément CHARTE

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C’est en 1971 qu’apparaît le principe de l’alternance. Ce système conjugue des périodes de formation en entreprise et des périodes à l’école. Depuis, l’apprentissage a connu de profonds bouleversements aussi bien en terme d’organisation que d’effectifs. Ainsi, comme toute nouveauté, il a connu des périodes d’essor et de déclin. Le plus profond changement est apparu en octobre 2003 avec Renaud Dutreil (Secrétaire d’Etat aux PME à l’époque), qui a initié une réforme complète qui s’est traduite par la mise en place d’un plan de modernisation de l’apprentissage en février 2004.
L’apprentissage tel qu’il est communément connu est accessible aux jeunes âgés au minimum de 16 ans car l’école est obligatoire jusqu’à cet âge.
   

Depuis quelques années, ce système s’adresse à quasiment tous types de formation. En effet, l’apprentissage est resté pendant de nombreuses années l’exclusivité (ou presque) de formation à faible qualification. Désormais, l’apprentissage s’applique à quasiment tous les domaines d’activités et à toutes écoles  même de formations supérieures (école d’ingénieur, de commerce…).
Un nouveau projet pour l’apprentissage a été créé par la loi n°2006-396 pour « l’égalité des chances » parue au Journal Officiel du 2 avril 2006 et applicable depuis la rentrée scolaire dernière. Légalement, l’article  L. 337-3 du code de l’éducation présente l’apprentissage junior comme suit : « Les élèves ayant atteint l'âge de quatorze ans peuvent être admis, sur leur demande et celle de leurs représentants légaux, à suivre une formation alternée, dénommée « formation d'apprenti junior », visant à l'obtention, par la voie de l'apprentissage, d'une qualification professionnelle dans les conditions prévues au titre Ier du livre Ier du code du travail. Cette formation comprend un parcours d'initiation aux métiers effectué sous statut scolaire dans un lycée professionnel ou un centre de formation d'apprentis, puis une formation en apprentissage. »

Apprentissage junior : « Mode d’emploi »

         1) Conditions / cadre juridique

Ce nouveau dispositif a pour but principal de favoriser l’insertion des jeunes dans le monde du travail. Et plus précisément, ceux qui sont en difficulté dans le cadre scolaire ou qui souhaitent professionnaliser leurs formations. La grande nouveauté de cet apprentissage consiste en l’ouverture de ce système aux jeunes âgés de 14 ans. Ces jeunes peuvent choisir librement, en accord avec leurs parents ce type de formation, mais ils ne peuvent y être contraints par leur école. L’admission y est ensuite décidée par le directeur du CFA ou du lycée professionnel.

L’apprenti junior reste sous statut scolaire la première année («phase d’initiation aux métiers») puis passe sous statut d’apprenti après validation de cette phase. A ce titre, les lois, règlements et conventions collectives de la branche professionnelle ou de l’entreprise lui sont applicables. Pendant toute la durée de cette formation, l’apprenti est malgré tout rattaché à son établissement d’origine, qui selon le décret n°2006-764 du Code de l’éducation (article D337-163), doit être informé régulièrement de l’évolution et du déroulement de la formation. Ceci a été instauré car l’apprenti jusqu’à 16 ans peut rompre le contrat à tout moment en accord avec l’équipe pédagogique et ces représentants légaux, et retourner s’il le souhaite dans son établissement d’origine. Un projet pédagogique personnalisé est mis en place par l’équipe qui suivra le jeune durant son apprentissage, en accord avec les représentants légaux. Un système de tutorat est également instauré aussi bien dans le centre de formation qu’en entreprise. Le tuteur professionnel est soit le chef d’entreprise, soit un de ses salariés ayant au moins un an d’ancienneté dans la société. De plus, ce maître d’apprentissage doit « prendre le temps nécessaire au bon développement des compétences » de l’apprenti (article 6 de la loi sur l’égalité des chances).

Les apprentis juniors étant âgés de moins de 16 ans, certaines règles spécifiques quant à leurs conditions de travail sont mises en application :

- L’article L212-3 du code du travail stipule notamment que la durée journalière de travail ne peut excéder 8 heures et le temps de travail hebdomadaire 35 heures.
- Une pause minimale de 30 minutes consécutives doit être accordée après 4H30 de travail selon l’article L212-4 du code du travail
- Un repos quotidien de 14h est accordé aux jeunes de moins de 16 ans (article L213-9 du code du travail)
- Les apprentis juniors  bénéficient de 2 jours de repos consécutifs (article L221-4 du code du travail) et le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche (article L221-5 du code du travail).
- Le travail des jeunes travailleurs et apprentis de moins de 16 ans est interdit les jours fériés (liste fixée par l’article L 222-1 du Code du travail) sous peine de sanctions pénales (article L222-2 du Code du travail).
- Tout travail entre 20 heures et 6 heures est interdit (article L213-8 du code du travail).

         2) Le déroulement

L’apprentissage junior se décompose en 2 parties distinctes. La première année consiste en un parcours « initial » de découverte d’un métier et la seconde année est dénommée, apprentissage junior confirmé.

Phase 1 : « Parcours d’initiation aux métiers » : Le jeune reste sous statut scolaire durant cette année. Sa formation se divisera en 3 parties lui permettant d’acquérir des fondamentaux d’enseignements généraux, d’enseignements théoriques, tout en effectuant des stages en milieu professionnel. Cela lui permettra d’acquérir « un socle commun de connaissances et de compétences », comme le stipule l’article L122-1-1 du code de l’éducation.
Phase 2 : « Apprentissage junior confirmé » : au cours de cette seconde phase, le jeune passe sous statut d’apprenti et bénéficie des mêmes droits qu’un apprenti « classique ». Toutefois, avant de signer son contrat d’apprentissage, le jeune doit avoir validé le socle commun de connaissances et de compétences avec accord de l’équipe pédagogique et du représentant légal.

         3) Les aides

Pour l’apprenti : dans le cadre de l'apprentissage junior initial,
les stages qui excèdent une durée de 20 jours de présence (même non successifs)  dans la même entreprise permettent une gratification (exonérée de cotisations sociales) correspondant à 20% du SMIC.

Durant la période « d’apprentissage junior confirmé », l’apprenti obtient au même titre qu’un apprenti âgé de 16 ans, une rémunération minimale de 25% du SMIC.
Pour l’employeur :
Voici un tableau récapitulatif des primes versées par l’état pour aider les entreprises à embaucher des apprentis :

 

Montant

Conditions de versement

Prime de base

1200 euros

Toute entreprise

Majoration

300 euros

Entreprise de 250 salariés au plus

500 euros

Apprentie embauchée dans un métier traditionnellement masculin

Majoration

600 euros

Apprenti(e) handicapé(e) reconnu(e) par la COTOREP

Majoration

40euros / Jour ou 1200 euros maximum

Pour les stages professionnels à l'étranger. Cette majoration n'est versée qu'une seule fois, à la fin de la dernière année de contrat.

De plus, un crédit d’impôt est offert pour les entreprises qui emploient des apprentis juniors, d’une valeur de 2200 €.
En sus, l’article 4 de la loi sur l’égalité des chances prévoit « le versement à l’entreprise, qui accueille un élève en stage dans le cadre du parcours d’initiation aux métiers, un crédit d’impôt de 100 euros par élève accueilli et par semaine de présence dans l’entreprise, dans la limite annuelle de vingt-six semaines ».

Débat / Bilan

 

Un débat important entre différents parties (syndicats et partis politiques notamment) sur le bien-fondé d’un telle réforme s’est généré. Ainsi, certains considèrent ce système comme « un bond en arrière » (CGT – décembre 2005) qui détourne ces jeunes des basiques de culture générale et de citoyenneté. D’autres, trouvent en ce projet une solution viable pour enfin mettre fin à des échecs scolaires.

L’apprentissage junior est instauré depuis la rentrée scolaire 2006. Un premier bilan peut d’ores et déjà être fait. Malheureusement, celui-ci n’a rien de brillant malgré l’espoir du ministère de l’éducation. Ainsi, très peu de jeunes apprentis juniors ont rejoint les CFA, à la rentrée. Cela peut en partie s’expliquer par un manque de financement des régions. A titre d’exemple, l’organisme qui fédère les CFA du secteur des BTP a décidé de ne pas accueillir d’apprentis juniors pour la rentrée 2006.
En ce qui concerne les lycées professionnels, le gouvernement s’attendait à 12000 apprentis pour l’année scolaire 2006-2007. Il se chuchote au ministère que seulement 50 classes d’apprentis juniors seraient réellement ouvertes.

Le bilan actuel est donc décevant, mais après quelques années de mise en route, ce système entrera sans doute dans les mœurs et fera ses preuves. Affaire à suivre…

 
SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   
- www.tripalium.com
- www.legifrance.gouv.fr
- www.travail.gouv.fr
- www.snes.edu
- www.admi.net/jo
- http://cgteduc93.free.fr/article.php3?id_article=596
- http://www.ccip75.fr/upload/html/alternance.htm
- Code du travail / code de l’éducation
- Liaisons sociales Magazine, 04/2006, n°71, pp 71-82 : « L’apprentissage pour sortir les jeunes du chômage » è Sarah DELATTRE
- Les échos, 29/08/2006 : « L’apprentissage junior peine à se mettre en place » è Léna MAUGER
- Les échos, 12/07/2006 : « De grandes difficultés pour mettre en place l’apprentissage junior dans la capitale »
ANNEXES
 

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