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 LE CONGE MATERNITE

Publié le : 05 janvier 2007

Auteur : Anne VANHOVE

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Autres articles du même auteur : LE STATUT DE LA FEMME ENCEINTE DANS L'ENTREPRISE

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Commentaires

Le congé maternité a été créé en France en 1909. Il était à l'origine d'une durée de 8 semaines et ne permettait pas à la femme d'être rémunérée. Puis, l'Organisation Internationale du Travail prévu différentes dispositions pour la protection de la maternité dans la Convention n°103 de 1952 sur la protection de la maternité.[1]
Pour mémoire, les recommandations sont les suivantes :
- Durée totale du congé maternité minimum : 14 semaines
- Durée du congé postnatal : 6 semaines
- Prestation du congé maternité : suffisante pour assurer un niveau de vie convenable. Assurée par les fonds publics ou par une assurance obligatoire.
En ce qui concerne le droit communautaire, la directive européenne 92/85/CEE du 19 octobre 1992 prévoit les points suivants :
- quelque soit le pays de travail, la femme a le droit, en cas de grossesse, à un congé de maternité d'au moins 14 semaines consécutives. Cette période doit comprendre un congé obligatoire d'au moins deux semaines avant et/ou après l'accouchement.
- les travailleuses en congé maternité ne perçoivent pas nécessairement la totalité de leur salaire, mais elles doivent bénéficier de toute augmentation de salaire intervenant avant ou pendant le congé maternité.
- le montant de l'indemnité d'accouchement est fixé par chaque législation nationale et doit être au moins égal à l'indemnité de maladie.
- ce droit est accordé à condition que la salariée remplisse les conditions d'éligibilité pour ces prestations par la législation nationale. Quoiqu'il en soit, la durée maximum de l'emploi précédent qui peut être requise est de douze mois.

 
   

La directive précise qu'elle ne peut avoir pour effet la regression du niveau de protection des travailleuses enceintes par rapport à la situation existant dans chaque état membre.

C'est le cas de la la législation française qui est plus favorable que les recommandations de l'OIT de 1952 et la directive européenne de 1992.

I/         LA DUREE DU CONGE MATERNITE

la salariée doit avertir l'employeur, par lettre recommandée avec accusé de réception, sans délai particulier, de la date de son départ en congé maternité et de la date à laquelle elle reprendra le travail. Elle joint à son courrier copie de l'attestation de grossesse remise par son gynécologue.

Si la salariée est en CDD

Elle a  le droit à un congé de maternité. Par contre, le congé de maternité n'a pas pour effet de repousser la date d'échéance du contrat, qui prend fin à la date prévue.
La femme enceinte peut suspendre son contrat de travail pendant les périodes suivantes :

 

Avant l'accouchement

(congé prénatal)

Après l'accouchement

(congé postnatal)

Total

1er ou 2e enfant

6 semaines

10 semaines

16 semaines

3e enfant

8 ou 10 semaines

16 ou 18 semaines

26 semaines

Jumeaux

12 semaines

22 semaines

34 semaines

Triplés ou plus

24 semaines

22 semaines

46 semaines

Le jour de l'accouchement est décompté comme le premier jour du congé postnatal.

La loi impose un repos minimum de 8 semaines au total dont 6 semaines après l'accouchement. L'employeur qui enfreint cette règle risque une amende de 1500 euros doublée en cas de récidive.

Cette période de suspension est considérée comme une période de travail effectif pour les droits à congés payés, le calcul de l'ancienneté.

Enfin,lors du vote de la loi sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, le 23 mars 2006, le Parlement a adopté le texte suivant : " Pour le calcul des droits ouverts au titre du DIF [Droit Inividuel à la Formation], la période d’absence du salarié pour un congé maternité, d’adoption, de présence parentale ou pour un congé parental d’éducation est intégralement prise en compte."

D'après une étude de la DREES (direction des études du ministère de la santé) publiée en octobre 2006, seules 12% des mères actives ont pris un congé strictement égal à la durée légale. Les mères prennent un congé maternité dépassant en moyenne d'un mois la durée légale.

Cas particulier : l'enfant mort né

Le congé maternité est concédé si l'accouchement a eu lieu après les 22 semaines d'aménorrhée. Avant les 22 semaines d'aménorrhée, un arrêt de travail plus ou moins long peut être délivré.

II/        CAS DE PROLONGATION DU CONGE MATERNITE

En cas d'état pathologique attesté par un certificat médical, le congé maternité peut être prolongé de deux semaines avant la date prévue de l'accouchement et quatre semaines après.

Si l'accouchement a lieu avant la date présumée, la durée totale du congé maternité n'est pas réduite. Dans ce cas, la durée du congé prénaal qui n'a pas été prise est reportée su le congé postnatal.

Si la naissance est tardive, la congé postnatal est recalculé à compter de la date réelle de l'accouchement : le congé maternité est donc prolongé.

Le distilbène

Sous certaines conditions, fixées notamment par le décret n°2006-773 du 30 juin 2006, les femmes dont il est reconnu que la grossesse pathologique est liée à l'exposition in utero au distilbène (DES) pendant la période s'étendant de 1948 à 1981, bénéficient d'un congé maternité à compter du premier jour de leur arrêt de travail.

Grand prématuré

Le congé maternité a été aménagé en cas de naissance prématurée d'un enfant plus de 6 semaines avant la date présumée d'accouchement (concerne les salariées ayant accouché depuis le 1er janvier 2006).

Si cette naissance exige l'hospitalisation postnatale de l'enfant, le congé maternité est prolongé du nombre de jours courant de la date effective de l'accouchement à la date d'accouchement réel.

Hospitalisation de l'enfant

En cas d'hospitalisation de l'enfant d'une durée supérieure à six semaines, la mère salariée peut reprendre son travail et reporter à la fin de l'hospitalisation de son enfant tout ou partie du congé postanal auquel elle peut encore prétendre.

III/      LES INDEMNITES JOURNALIERES VERSEES PAR LA SECURITE SOCIALE

Suivant les conditions fixées par le Code de la Sécurité sociale, les femmes salariés peuvent bénéficier d'indemnités journalières versées par la Sécurité sociale.

Pour avoir droit aux indemnités journalières pendant son congé maternité, la salariée doit justifier de 10 mois d'immatriculation, en tant qu'assurée sociale, à la date présumée de l’accouchement.

Elle doit également justifier :
- avoir travaillé au moins 200 heures au cours des 3 mois précédant la date du début de la grossesse ou du début du repos prénatal ;
- ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le montant du SMIC horaire au cours des 6 mois précédant la date du début de la grossesse ou du début du congé prénatal.

Montant de l'indemnité journalière
L'indemnité journalière maternité est égale au salaire journalier de base, calculé sur la moyenne des salaires[2] des 3 mois qui précèdent le congé prénatal.

Si la salariée est intérimaire ou salariée saisonnière
Conditions d'ouverture de droits
E
lle doit justifier de 10 mois d'immatriculation, en tant qu'assurée sociale, à la date présumée de l’accouchement.
 

Elle doit également justifier :
- avoir travaillé au moins 800 heures au cours de l'année précédant la date du début de la grossesse ou du début du congé prénatal ;
- ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 2 030 fois le montant du SMIC horaire, au cours de l'année précédant la date du début de la grossesse ou du début du congé prénatal.

Il est à noter que l'indemnité journalière est allouée même si l'enfant n'est pas né vivant.

L'employeur n'est pas légalement tenu de maintenir de salaire, mais une convention collective peut le lui imposer.

IV/       LICENCIEMENT

Celui-ci ne peut pas être notifié pendant les périodes de suspension du contrat (congé maternité ou congé parental). Selon l'article L122-26 du Code du travail, il n' y a pas de licenciement possible pendant les périodes de suspension du contrat.

Pendant les quatre semaines qui suivent l'expiration du congé maternité, la salariée bénéficie d'une protection contre le licenciement. Le non-respect de cette interdiction est passible de sanctions civiles et pénales.

En cas de violation de l'une de ces conditions, le licenciement sera annulé. Ceci entraîne un cumul de sanctions (salaires, dommages et intérêts, indemnités légales), prévu par l'article L122-30 du même code.

Enfin, si le licenciement doit être rendu effectif, des indemnités de préavis et de licenciement sont prévues.

V/        LE DROIT AUX CONGES PAYES

A leur retour de congé maternité, les salariées ont droit à leurs congés payés annuels.

Ainsi, les salariés dont le congé maternité aura coïncidé avec la période de prise des congés payés applicable dans l'entreprise, pourront tout de même prendre leurs congés payés à leur retour en entreprise, même si la période a expiré.

Jurisprudence :

Par un arrêt du 2 juin 2004, pour la première fois, la Cour de cassation consacre le principe selon lequel les congés annuels doivent être pris au cours d'une période distincte du congé de maternité.

En l'espèce, l'employeur avait mis la salariée dans l'impossibilité de prendre le solde de ses congés payés après son congé de maternité et avant son départ en congé parental.

La Cour de cassation distingue ces deux types de congés qui reposent sur des finalités différentes. Les congés payés correspondent à un repos effectif dans un souci de protection de la santé et de la sécurité du travailleur alors que le congé de maternité vise à protéger la condition biologique de la mère au cours de sa grossesse et ses rapports avec l'enfant après son accouchement.

VI/       RETOUR EN ENTREPRISE

Visite médicale

A son retour de congé maternité, la salariée doit impérativement être convoquée à une visite médicale de reprise.

Cette visite doit avoir lieu lors de la reprise du travail ou, au plus tard, dans un délai de 8 jours après cette reprise. Elle a pour objectif d'apprécier l'aptitude de l'intéressé à reprendre son emploi, la nécessité d'une adaptation des conditions de travail ou d'une réadaptation.

Jurispudence :

La Chambre sociale de la Cour de cassation, le 29 septembre 2004, a précisé que la visite médicale de reprise suite à un congé de maternité ne prolonge pas la période de protection contre le licenciement.
En effet, contrairement aux cas d'accident du travail ou de maladie, la protection de la femme en congé de maternité prend fin quatre semaines après son retour même si elle n'a pas passé la visite de reprise.


Retour dans son emploi

La salariée retrouve son précédent emploi ou un emploi similaire assorti d'une rémunération au moins équivalente (sur la garantie de « rattrapage salarial », voir ci-dessous).

Par emploi similaire, il faut entendre un emploi correspondant à la qualification de la salariée et aux fonctions qu'elle exerçait effectivement avant son congé.

Jurisprudence :

Une réintégration n'est pas possible en cas de suppression du poste initial ou de nécessité, dans l'intérêt de l'entreprise, de conserver au poste anciennement occupé par la salariée partie en congé maternité le salarié qui l'y avait remplacé (arrêt du 22 mai 1997, n°94-40.297).

Le régime de protection de la femme enceinte, c'est-à-dire le reclassement sur un poste non « à risques », ou l'affectation sur un poste de jour (à défaut la suspension du contrat avec une indemnisation) s'applique aussi après le congé maternité pendant une période n'excédant pas un mois après le congé postanatal.

Jurisprudence :

Dans un arrêt du 14 décembre 2005, la Cour de cassation apporte une précision concernant  le changement d'horaires de travail d'une salariée à son retour de congé maternité. L'employeur de cette dernière lui notifie de nouveaux horaires prévoyant le travail le samedi. La salariée refuse et est licenciée pour faute grave. La chambre sociale annule ce licenciement, précisant que des obligations familiales impérieuses peuvent justifier un refus d'une modification des horaires de travail.

Entretien professionnel

Les partenaires sociaux ont signé, le 1er mars 2004, un accord national interprofessionnel relatif à la mixité et à l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Son article 10 indique que les entreprises « proposeront à tout salarié un entretien spécifique avant et après le congé maternité ou le congé parental ».

S'inspirant de ces dispositions, la loi de cohsion sociale instaure au profit de la salariée qui reprend son activité à l'issue d'un congé maternité, un « droit à un entretien avec son employeur en vue de son orientation professionnelle ».

De plus, la salariée qui reprend son activité professionnelle à l'issue du congé maternité peut également bénéficier d'une période de professionalisation.

VII/     LA GARANTIE D'UNE EVOLUTION SALARIALE

Le congé de maternité se traduit souvent par un point de rupture dans le déroulement de la carrière des femmes en terme d'évolution professionnelle, notamment en ce qui concerne les augmentations salariales.

La loi du 3 mars 2006, relative à l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, met en place une garantie de « rattrapage salarial », selon des règles différentes, selon qu'il existe ou non un accord collectif prévoyant de telles garanties.

Si l'accord de branche ou d'entreprise existe et qu'il détermine des garanties d'évolution de la rémunération des salariées pendant leur congé maternité et à la suite de ce congé, ce sont les dispositions de cet accord qui doivent être appliquées. Si l'accord a été conclu depuis le 25 avril 2006, les dispositions doivent être aussi favorables que celles prévues par la loi.

Si l'entreprise n'est pas couverte par un accord, la loi prévoit que la rémunération de la salariée est majorée, à la suite de son congé maternité, des augmentations générales appliquées dans l'entreprise. De mêmes, les augmentations individuelles perçues pendant la durée de son congé par les salariés de la même catégorie professionnelle lui seront appliquées.

La rémunération à prendre en compte pour la mise en oeuvre de cette règle est le salaire de base ou minimum et tous les autres avantages payés en espèce ou en nature, au salarié en raison de son emploi.

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   

Bibliographie

Organisation Internationale du Travail : Convention n°103 de 1952 concernant la protection de la maternité.

Commission européenne : Directive n°92/85:CEE du 19 octobre 1992 concernant la mise en oeuvre de mesures visant à promouvoir l'amélioration de la sécurité et de la santé des travailleuses enceintes.

Code du Travail

Art. 22-26 (suspension du contrat de travail et « rattrapage salarial »)

Art. L223-1 (Congés payés)
Art L 933-1 (DIF)                           
Art. R 241-51 (Visite médicale)          
Art. L. 122-26-4 (Entretien d'orientation professionnelle)
Art. L 122-25 (licenciement)
Art. L 122-30 (sanctions si licenciement annulé)

Code de la Sécurité Sociale

Art. L. 331-3 (modifié par la loi n° 94-629 du 25 juillet 1994)

Art. R. 331-5 (modifié par le décret no 95-1361 du 30 décembre 1995)

Enfant mort-né : Circulaire 99-2004

Loi n° 2001-1006 du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations.

Loi n°2005-32 du 18 janvier 2005 de programmation pour la cohésion sociale

Loi n°2006-340 du 23 mars 2006 relative à l'égalité salariale entre les femmes et les hommes

 Distilbène : Décret n° 2006-773 du 30 juin 2006 (JO du 2 juillet)


Cassation sociale

29 septembre 2004 – Sté des Bonnes tables C/ Bouahanik

in : Liaisons sociales n°14231du 8 octobre 2004

Congé maternité - Prise des congés annuels en dehors de la période du congé de maternité - Chambre sociale, 2 juin 2004 (Bull. n° 161)

Chamgement horaires de travail – Chambre sociale, 14 décembre 2005, arrêt n°03-47721

 

Direction des Etudes du Ministère de la Santé (DREES) : Etudes et Résultats n°531, octobre 2006

[1] Cette convention a été révisée en 1952 par la Convention n°103, elle même révisée en juin 2000. Cette dernière n'est toujours par rentrée en application : c'est donc la convention de 1952 qui s'impose encore.

[2] salaires soumis à cotisations, moins les cotisations salariales obligatoires et la CSG, et pris en compte dans la limite du plafond mensuel de la sécurité sociale, soit 2 589 euros au 1er janvier 2006

  
ANNEXES
 

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