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 Les limites du Plan National d’Action Concerté pour l’Emploi des Seniors : entre ombre et lumière

Publié le : 05 janvier 2007

Auteur : Marie Ponceau

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Commentaires

Consensuel sur le papier, le Plan National d’Action Concerté pour l’Emploi des Seniors rencontre cependant quelques limites dont la première est la définition du mot « senior ».
Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’existe pas de définition de « senior » si ce n’est : « catégorie d'âge juste au dessus de celle des Juniors et allant jusqu'aux vétérans ».
Alors que le Plan National, spécifie que l’objectif est d’augmenter le taux d’emploi des 55-64 ans, il n’est pas rare de trouver dans des rapports français ou européens, relatifs à l’emploi des seniors, des analyses effectuées soit sur la base de personnes de plus de 50 ans soit de plus de 55 ans. La preuve en est, dans le dernier rapport de l’ANPE relatif aux « Demandeurs d’emploi seniors », les études sont faites sur les plus de 50 alors que les directives européennes fixent la population cible à 55 ans ou encore que le CDD senior n’est accessible qu’à partir de 57 ans. Dans ces conditions, il ne sera pas aisé d’analyser l’évolution de la situation des seniors. Alors, ne serait-il pas temps de définir la tranche d’âge des seniors ?

 
   

L’impact de la campagne de communication, lancée le 19 octobre dernier, devra être très fort car voilà plusieurs décennies que, sur un commun accord implicite, employeurs, salariés et État ont joué de l’âge pour réduire le nombre de chômeurs comptabilisés. Ainsi l’âge est devenu la variable principale d’ajustement aux fluctuations du marché du travail et les mesures pour l’emploi ont épousé systématiquement une logique de segmentation par l’âge.

Les salariés ont d’autant plus accepté ces départs anticipés qu’ils bénéficiaient d’indemnisations très avantageuses alors que l’intensification et les transformations rapides du travail ne leur proposaient guère un avenir professionnel attractif.

Dans ce cadre, les stéréotypes sur l’âge au travail se sont développés : les quinquagénaires sont désormais réputés inemployables, car supposés peu productifs et de surcroît coûteux en raison de leur ancienneté.

Cependant, nous verrons que les moyens mis en œuvre pour modifier les représentations socioculturelles des seniors ne sont peut-être pas suffisants.
 

Objectifs

Actions

Les limites ou ce que l’histoire ne nous dit pas …

Évolution des représentations socioculturelles

Informer un large public sur les atouts de l’expérience des seniors

Une diversité de supports média mais une diffusion très limitée dans le temps ou encore totalement imprécise :

§           Programmation de deux films de 30 secondes du 12 au 22 novembre sur les chaînes hertziennes, du câble, du satellite et de la TNT ; renouvelée en février 2007 = 22 jours

§           Programmation radio du 6 au 24 novembre avec deux rendez-vous quotidiens = 3 semaines

§           Deux insertions dans tous les supports de presse quotidienne régionale sur le mois de novembre = 1 mois

§           Un CD Rom sonore envoyé aux radios locales regroupant une série d’entretiens avec des chefs d’entreprises, des associations, des salariés et tous les acteurs nationaux, territoriaux et locaux impliqués ; diffusion prévue du 11 au 30 décembre = 2 semaines (dont la moitié pendant les congés de fin d’année).

§           Diffusion des affiches représentant les personnes des films dans tous les lieux accueillant du public et des salariés = où précisément, à quel moment, combien de temps ?

§           Organisation d’assises régionales impliquant tous les acteurs impliqués : ARACT, DRTEFP, collectivités territoriales, partenaires sociaux, CCI, chefs d’entreprises, salariés = quand ?

L’histoire ne nous dit pas non plus de quelle manière sera évalué l’impact de cette campagne ni quels seraient les recours en cas de résultat insatisfaisant ?

Sensibiliser les entreprises à la gestion des âges, à l’accès ou au maintien dans l’emploi des seniors

Une seule et unique action, est ce suffisant ? 

§           Envoi d’une brochure informant les entreprises de toutes les mesures qui peuvent être mises en œuvre pour favoriser l’emploi des personnes de plus de 50 ans et améliorer les conditions de travail ainsi que tous les contacts utiles = quand ?

Comme pour la précédente action, l’histoire ne nous dit pas non plus de quelle manière sera évalué l’impact de cette campagne ni quels seraient les recours en cas de résultat insatisfaisant ?

Maintien dans l’emploi

Généraliser la pratique des entretiens de deuxième partie de carrière et des bilans de compétences

Deux limites se profilent :

§           D’une part, la nécessité pour la fonction Ressources Humaines de s’organiser afin de pouvoir répondre aux besoins de tous ses seniors (sujet traité plus en profondeur dans la partie « Fins de carrières »)

§           D’autre part, les bilans de compétences sont des analyses de longue durée que le salarié n’aura pas forcément envie d’entreprendre … à moins de faciliter le processus des bilans de compétences.

Accompagner et amplifier le développement des accords de GPEC, en particulier dans les petites et moyennes entreprises

§           La GPEC est une action qui demande beaucoup de temps et l’implication de tous les acteurs de l’entreprise en particulier de la fonction RH ; elle devra donc s’organiser en conséquence.

§           L’accent devrait peut-être plutôt être mis sur les structures importantes comme le montre les résultats du baromètre ADIA (de l’automne 2005 à l’automne 2006, 6461 CV ont été envoyés en réponse à 1340 offres d’emploi) :« Les entreprises les plus petites, moins de 20 salariés, sont les moins discriminantes, à la différence des entreprises de 20 à 199 salariés où le niveau moyen de discrimination est le plus élevé avec 50,4%. Par contre, la situation est plus contrastée dans les grosses entreprises de 200 salariés et plus, comme on a pu le constater avec le taux particulièrement faible obtenu par le candidat âgé de 48-50 ans.».

Objectifs

Actions

Les limites ou ce que l’histoire ne nous dit pas …

Maintien dans l’emploi

Limiter le recours aux cessations totales anticipées d’activité

§           François Fillon expliquait, en septembre dernier, que « pour l'heure, le principal effet de la réforme (des retraites) est le départ anticipé des salariés qui ont commencé à travailler très jeunes. La réforme des retraites va produire ses effets mais ne les produit pas encore » ; ajoutant qu'elle sera suffisante jusqu'en 2020 pour équilibrer les comptes et payer les retraites, mais qu'à partir de cette date, il faudra certainement envisager d'autres mesures ».

§           De plus, le fait d'interdire désormais aux employeurs de mettre à la retraite d'office leurs salariés avant 65 ans aura de grosses conséquences financières. En effet, l'indemnité de mise à la retraite à l'initiative de l'employeur (IMR) est traitée fiscalement comme une indemnité de licenciement et ne supporte donc ni charges sociales ni impôts (dans la limite d'un plafond élevé). Ce n'est pas le cas de l'indemnité de départ à la retraite (IDR) à l'initiative du salarié qui, elle, est considérée comme un salaire et supporte donc charges et impôts. Les entreprises seront donc obligées de provisionner les charges sociales dues sur les indemnités de départ à la retraite à venir, des centaines de millions d’Euros.

Mettre un terme aux accords abaissant l’âge de mise à la retraite d’office

§           Mis à part la BNF - qui a anticipé le rendez-vous d’étape de la Loi Fillon (2008) afin de « mettre en discussion » les régimes spéciaux, les 500 000 bénéficiaires de la quinzaine de régimes spéciaux bénéficient toujours des avantages qui leurs sont conférés. En effet, le rapport de la Cour des Comptes de 2003 rappelait que les trois principaux régimes spéciaux de retraite (EDF-GDF, SNCF et RATP), touchent près de 500 000 bénéficiaires et comptent 361 000 cotisants actifs. Pour éviter que les entreprises aient à supporter un financement de plus en plus lourd, EDF-GDF et la RATP ont d'ores et déjà entrepris d'adosser les retraites de leurs agents au régime général. Ce transfert de charges est compensé par le versement d'une soulte. A ceci près, que les gaziers, électriciens et agents de la RATP vont continuer à bénéficier des conditions spécifiques plus favorables que les autres salariés : départ à 55, voire 50 ans, durée de cotisations de 37,5 ans (au lieu de 40), pension calculée sur le dernier salaire. »

§           En outre, aujourd’hui encore, sur le site de la fonction publique, nous trouvons toujours les informations suivantes : « Fonctionnaires et salariés du secteur privé bénéficient dans les textes du même âge légal de départ en retraite, 60 ans. A compter de 60 ans, les fonctionnaires touchent une retraite à taux plein, à condition d’avoir cotisé 37,5 années (40 ans pour les salariés du privé). Les fonctionnaires de service actif peuvent quant à eux s’arrêter de travailler à 55 voire 50 ans dans certains cas. Différentes bonifications existent néanmoins ».

Ne faudrait-il pas accélérer la suppression de ces accords dans la fonction publique compte tenu du nombre de personnes que cela représente ?

Objectifs

Actions

Les limites ou ce que l’histoire ne nous dit pas …

Retour à l’emploi

Refuser la discrimination par l’âge lors du recrutement

§           Les mesures à prendre contre la discrimination à l’embauche devront être draconiennes car comme le montre les résultats du baromètre Adia (de l’automne 2005 à l’automne 2006, 6461 CV ont été envoyés en réponse à 1340 offres d’emploi), l’âge est la première forme de discrimination en particulier pour les 48-50 ans. Peu importe la catégorie sociale, le secteur d’activité, le bassin d’emploi ou la taille de l’entreprise, le candidat de 48-50 ans voit se fermer toutes les portes dès l’envoi de son CV. Globalement, il reçoit 3 fois moins de réponses positives, avec seulement 32.1% de chances d’être convoqué à un entretien d’embauche, que le candidat de référence âgé de 28-30 ans (homme «français de souche» par son nom et prénom, sans photo).

§           Alors que dans la fonction publique, il aura fallu attendre l’ordonnance du 02/08/05 pour que « dans un souci d’ouverture de la fonction publique et une nécessité de pallier les nombreux départs à la retraite à venir, toutes les limites d’âge figurant autrefois dans les conditions de participation aux concours sont désormais supprimées ». Peut-être aurait-il été plus judicieux de motiver cette suppression par le simple refus de discrimination…

§           Néanmoins, quelques exceptions subsistent :

Pour l’accès à des fonctions impliquant une carrière courte comme les corps classés en service actif (police nationale, pompiers, personnel de surveillance de l’administration pénitentiaire, etc.). ou encore pour les concours suivis d’une formation initiale d’une durée supérieure ou égale à deux ans avant titularisation (accès au statut de fonctionnaire).

En d’autres termes, cela signifie, par exemple, qu’une personne de plus de 40 ans ne peut pas bénéficier de la formation de 8 mois lui permettant d’accéder par la suite au poste de surveillant pénitentiaire alors que la limite d’âge est supprimée dans les cas suivants :

§           pères et mères de trois enfants et plus

§           personnes élevant seules un ou plusieurs enfants

§           personnes handicapées

La discrimination à l’embauche par l’âge est une pratique qui a trop longtemps été tolérée. Il est donc indispensable que la fonction publique montre l’exemple en supprimant définitivement cette discrimination ou bien, décide d’ajouter les seniors aux cas de suppression de la limite d’âge.

Adapter le recours aux contrats à durée déterminée à partir de 57 ans

Trois limites ont été identifiées concernant le CDD senior :

§           absence d’incitation financière pour l’employeur

§           précarité pour le bénéficiaire

§           pourquoi  attendre 57 ans alors que des personnes de 55 ans pourraient tout autant en avoir besoin ?

La popularité de cette mesure se vérifie facilement car, depuis la publication du décret, en août dernier, aucun contrat n’a été signé.

Objectifs

Actions

Les limites ou ce que l’histoire ne nous dit pas …

Fins de carrière

Développer la pratique du tutorat dans l’entreprise

Toutes ces mesures vont entraîner une forte remise en question dans l’organisation de la fonction Ressources Humaines :

§           Peut-être sera-t-il nécessaire à terme de créer dans les entreprises des postes spécifiques à la gestion des âges ou gestion des seniors ?

§           Or les entreprises sont-elles prêtes à investir aujourd’hui - dans un contexte économique difficile - dans un spécialisation « senior » sachant que cela n’est que ponctuel ?

§           Des aides pourraient-elles être mises en place pour accompagner les entreprises dans la création de ces postes ?

§           Faudra t-il envisager des sanctions pour les entreprises qui n’agissent pas ; soit adopter la même politique que pour les personnes handicapées ?

Anticiper le déroulement de la fin de carrière

Passer à temps partiel tout en continuant à cotiser pleinement pour la retraite

Utiliser le compte épargne temps pour aménager la fin de carrière

Promouvoir la retraite progressive

Quoi qu’il en soit, si la campagne de communication n’obtient pas les effets escomptés, les seniors pourront compter sur la cohorte d’acteurs privés qui se sont crées ces dernières années afin de favoriser leur retour à l’emploi. Ainsi, profitant de l'assouplissement de la loi Fillon sur le cumul emploi-retraite, une nouvelle agence d'intérim « Actif Senior Plus », s'est installée depuis septembre 2005. Elle propose aux seniors et aux retraités qui le souhaitent, de retrouver un emploi. Aussi, « Objectif 50 » un réseau indépendant, subventionné par le Fond Social Européen, propose aux entreprises des solutions concrètes pour mettre en place des pratiques de gestion des âges ainsi que de nombreuses manifestations publiques sur ce sujet. Et ce, sans compter le nombre de sites Internet à destination de la population seniors.

Ces acteurs privés sont également un support indéniable pour la fonction Ressources Humaines car si ce plan se déroule comme prévu, cela entraînera énormément de changements structurels au sein de la fonction Ressources Humaines. Les responsables devront, particulièrement à ce sujet, rester en veille car les évolutions vont se multiplier.

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   
Campagne de communication
http://www.travail.gouv.fr/IMG/pdf/Brochure_SENIORS_148x260_V6.indd_-_DEF.pdf
http://www.cohesionsociale.gouv.fr/IMG/pdf/Dossier_de_presse_PLAN_COM_SENIORS.pdf
 
Emploi des seniors
 
Réforme des retraites
 
Limites d’âge lors du recrutement dans la fonction publique
 
Pratiques de gestion des ressources humaines
 
Discrimination par l’âge
http://www.lemarchedesseniors.com/Strategie_Marketing/dossier.php?numtxt=8023&idrb=2
 
Cumul emploi retraite
 
Dynamique des acteurs privés
http://www.actifsenior.com/
 
Définition de « senior »
 
ANNEXES
 

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