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 LUTTE CONTRE LE TRAVAIL ILLEGAL -BILAN DU PLAN NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE TRAVAIL ILLEGAL 2004-2005 ETORIENTATIONS DU PLAN 2006-2007

Publié le : 05 janvier 2007

Auteur : Laura Dardi

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La politique de lutte contre le travail illégal est élaborée et mise en œuvre dans le cadre d’une coordination interministérielle, le dispositif institutionnel de la lutte contre le travail illégal. Ce dispositif institutionnel s’organise autour de :

   


La commission nationale de lutte contre le travail illégal

Créée par le décret n°97-213 du 11 mars 1997, elle est présidée par le Ministre chargé du travail et de l’emploi par délégation du Premier Ministre.

Cette instance coordonne les départements ministériels compétents et détermine les orientations stratégiques qui guideront l’action des agents de contrôle habilités à verbaliser en cas de fraude (les inspecteurs du travail, des impôts, des URSSAF, des douanes ainsi que les policiers et les gendarmes) 

Elle est composée des Directeurs des administrations centrales de l’Etat, de représentants des organisations nationales d’employeurs et de salariés ainsi que les grandes associations d’élus et des chambres consulaires.

Afin d’établir les grandes orientations des politiques publiques, elle examine le rapport établi par la DILTI (Délégation Interministérielle à la Lutte contre le Travail Illégal) sur la situation du travail illégal et l’activité des services et organismes compétents.

La délégation interministérielle à la lutte contre le travail illégal (DILTI)

Créée par le décret du 11 mars 1997, la DILTI est placée sous l’autorité du Ministre de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement par délégation du Premier Ministre.

La DILTI est composée de fonctionnaires et d’agents du ministère de l’emploi et de la solidarité, de magistrats, de militaires, de fonctionnaires et d’agents des autres ministères et organismes associés à la lutte contre le travail illégal.

Son rôle est de prévenir et réprimer le travail illégal sous toutes ses formes : le travail dissimulé, le marchandage, le prêt illicite de main d’œuvre, l’emploi d’un étranger sans titre de travail, la fraude aux revenus de remplacement et le cumul irrégulier d’emplois.

Les 5 missions de la délégation interministérielle à la lutte contre le travail illégal :

La DILTI  anime le dispositif interministériel national et départemental.

Elle a un rôle de mise en relation, de communication, de formation et d’assistance avec ses interlocuteurs que sont les administrations centrales et les services de contrôle, les préfectures, les magistrats et les organisations professionnelles, tous compétents en matière de lutte contre le travail illégal. Elle veille à la mise en œuvre des orientations décidées par la Commission nationale de lutte contre le travail illégal.

La DILTI réalise des études et analyse la verbalisation, ce qui permet d’observer, chaque année, au niveau national et régional, les différentes formes de travail illégal, son ampleur et son évolutio

La DILTI apporte un appui juridique aux agents de contrôle et aux magistrats.

La DILTI accompagne les actions de prévention. Elle prévient la concurrence déloyale par une concertation avec les organisations professionnelles des secteurs d’activité les plus affectés par le travail illégal, ce qui débouche sur des diagnostics, des actions et leur suivi.

 

La DILTI développe des initiatives de coopération internationale.

Elle développe, à l’échelle européenne et internationale, des contacts avec les autres Etats en vue d’une coopération pour lutter contre les pratiques transnationales de travail illégal.

Bilan du plan national de lutte contre le travail illégal 2004-2005

Lancé le 18 juin 2004 par Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher, le plan national de lutte contre le travail illégal 2004-2005 identifiait, suite aux études de la DILTI, 4 secteurs d’intervention prioritaires : le BTP, l’hôtellerie-restauration, l’agriculture et le spectacle vivant et enregistré.

Le bilan de ce plan de lutte contre le travail illégal a été présenté par Gérard Larcher le 26 janvier 2006 aux membres de la Commission nationale de lutte contre le travail illégal.

Trois constats peuvent être dressés :

1) Des résultats concrets en matière de redressements notifiés de cotisations sociales.

En 2005, les contrôles ont permis de rétablir les droits de 6632 salariés non déclarés ou mal déclarés.

L’action des services de contrôle au titre de la lutte contre le travail illégal a permis le recouvrement de cotisations sociales pour 17,6 millions d’euros en 2005 (contre 15 millions en 2004) soit une progression de 17% en un an sur les 4 secteurs prioritaires cités ci-dessus (le secteur du spectacle enregistre une hausse de 38% du volume de recouvrement en comparaison avec 2004).

Secteurs d’activités

Montant des redressements notifiés

2003

2004

2005

BTP

4 049 577

8 810 938

9 079 279

Agriculture

1 457 652*

1 214 000

1 701 304

Hôtellerie-restauration

3 209 299

4 083 803

5 109 707

Spectacle

1 220 987*

934 369

1 507 605

TOTAL

9 937 515

15 043 110

17 642 118

      * estimations

2) Les comités de lutte contre le travail illégal (COLTI) : les contrôles dans un but de dissuasion.

Les opérations mises en œuvre dans le cadre des COLTI se multiplient. En 2005, elles représentent 18% des opérations contre 14% en 2004. Cette orientation est particulièrement visible dans le secteur de l’agriculture où elles représentent 37% des opérations contre 17% en 2004.

3) Des résultats concrets en matière de contrôles d’entreprises étrangères détachant leurs salariés en France.

L’accroissement des fraudes commises à l’occasion de détachements temporaires de travailleurs étrangers en France a suscité une vigilance particulière. Les contrôles ont donc été renforcés sur les conditions de travail et de rémunération des salariés d’entreprises étrangères non établies en France. 562 entreprises ont donc été contrôlées en 2005 contre 148 en 2003 soit une progression de 73% en 3 ans.

La législation en vigueur pour des infractions de cette nature a été consolidée avec une définition plus rigoureuse des critères distinguant la prestation de services sur le territoire français incluse dans la Loi n°2005-882 du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises.

Le décret du 27 octobre 2005 engageant la responsabilité du donneur d’ordre en cas de défaillance de contrôle de ses sous-traitants a également contribué à renforcer les outils juridiques de lutte dans ce domaine et notamment dans le cas de sous-traitance faisant appel à de la main d’œuvre étrangère.

Bilan 2004

En 2004, 71840 contrôles ont été effectués dans les secteurs du BTP, de l’agriculture, du spectacle et de l’hôtellerie-restauration. Plus de 40% de ces contrôles ont donné lieu à des procès-verbaux soit 29443 procès-verbaux dressés.

Bilan 2005

En 2005, 59256 entreprises ont été contrôlées dans les 4 secteurs prioritaires. Le secteur du BTP représente 44% des contrôles, le secteur de l’hôtellerie-restauration représente 36% et les secteurs de l’agriculture et du spectacle respectivement 15% et 4%. Des contrôles ont également été menés au sein du secteur du déménagement à hauteur de 1%.

Au terme de ces contrôles, 3054 entreprises ont été verbalisées avec un volume de 9747 infractions constatées.

Nombre de contrôles en 2004 et 2005

Secteurs d’activités

Répartition des contrôles de 2004

Répartition en pourcentage des contrôles de 2004

Répartition des contrôles de 2005

Répartition en pourcentage des contrôles de 2005

BTP

 

33 666

46.9%

26 177

44.2%

Hôtellerie-restauration

25 168

35.0%

21 500

36.3%

Agriculture

9 158

12.7%

8 689

14.7%

Spectacle

 

3 848

5.4%

2 216

3.7%

Déménagement

 

0

0.0%

674

1.1%

TOTAL

71 840

100.0%

59 256

100.0%

Orientations du plan national de lutte contre le travail illégal 2006-2007

Le plan national de lutte contre le travail illégal pour 2006-2007 sera le prolongement du plan 2004-2005 et s’articulera autour de 5 objectifs :

1) Accentuation des contrôles.

Le travail non déclaré est la principale cause de travail illégal. Il représentait 71% des infractions en 2004 et 79% en 2005. Il est urgent de dissuader les entreprises et les contrôles seront donc plus nombreux et mieux organisés (Circulaire interministérielle n°06-D103 du 24 février 2006).

2) Développement des sanctions administratives.

La Loi n°2005-882 du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises a autorisé l’échange d’informations entre les administrations et les organismes gestionnaires des aides publiques (URSSAF, UNEDIC, DRTEFP,…) et la période 2006-2007 met et mettra à profit ce nouveau moyen.

Lorsque l’autorité compétente a connaissance d’un procès-verbal pour infraction aux dispositions interdisant le travail dissimulé, elle peut, en fonction de la gravité de l’infraction, refuser d’accorder pendant une durée maximale de 5 ans :

-         les aides publiques à l’emploi et à la formation professionnelle,

-         les subventions et aides à caractère public

Le décret n°2006-206 du 22 février 2006 énumère les aides susceptibles d’être refusées.

Elles sont liées :

-         au Contrat d’apprentissage (article L117-1 du Code du travail),

-         au Contrat Initiative Emploi (article L322-4-8 du Code du travail),

-         au Soutien à l’Emploi des Jeunes en Entreprise (article L322-4-6 du Code du travail),

-         au Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi (article L322-4-7 du Code du travail),

-         au Contrat d’Avenir (article L322-4-10 du Code du travail),

-         au Contrat Insertion–Revenu Minimum d’Activité (article L322-4-15 du Code du travail),

-         au Contrat de professionnalisation (article L981-1 du Code du travail),

-         au Contrat d’accès à l’emploi (article L832-2 du Code du travail),

-         à l’aide à la création d’emploi pour les jeunes dans les DOM (article L832-7-1 du Code du travail).

Avant tout refus d’une de ces aides à l’encontre d’une personne verbalisée, l’autorité compétente doit informer celle-ci, par écrit en courrier recommandé avec accusé de réception, qu’elle risque la sanction prévue par l’article L325-3 du Code du travail, à savoir le refus d’une de ces aides, et qu’elle a la possibilité d’écrire ses observations dans un délai de 15 jours (article D325-2 du Code du travail).

Lorsqu’il y a dissimulation d’emploi salarié constatée par procès-verbal, il est possible pour les Urssaf, dans les 5 années qui suivent, de procéder à l’annulation des réductions ou exonérations des cotisations de sécurité sociale et contributions acquittées auprès des organismes de sécurité sociale (Loi de Financement de la sécurité Sociale (LFSS) du 19 décembre 2005 pour 2006). Cette annulation est plafonnée à 45 000 €.

3) Lutte contre la fraude transnationale et l’emploi d’étrangers sans titre de travail.

La loi n° 2005-882 du 2 août 2005 insère dans le code du travail un nouveau chapitre spécifique à l'emploi « transnational » et réaffirme l’obligation de faire une déclaration préalable de détachement qui garantie l’information des DDTE de l’intervention de prestataires détachés par des entreprises étrangères.

4) Développement des actions d’information et de prévention avec les branches professionnelles.

En 2004 et 2005, des campagnes de prévention et de sensibilisation sur la législation et sur les risques encourus en cas de travail illégal se sont multipliées. Ces campagnes ont abouti à des accords marquant l’engagement des entreprises du BTP et du déménagement contre le travail illégal.

En mai 2006, les entreprises de travail temporaire se sont elles aussi engagées dans la lutte contre le travail illégal.

Les pouvoirs publics souhaitent étendre ces actions de partenariat aux secteurs du spectacle, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du gardiennage, de la confection et des services à la personne

5) Accroissement de la vigilance sur les conditions de travail en entreprise et en particulier les stagiaires.

Les conditions d’emploi des stagiaires et des intermittents seront davantage contrôlés et plus particulièrement dans les secteurs de l’hôtellerie-restauration, de la banque et des assurances, de la communication et des spectacles.

Le 28 novembre 2006, un chef d’entreprise, qui utilisait des stagiaires non rémunérés au lieu d’embaucher, a été reconnu coupable d’exécution de travail dissimulé et condamné à 6 mois de prison avec sursis par le TGI de Paris. Il devra aussi verser 25 000 € de dommages et intérêts aux 5 stagiaires.
 

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   
www.travail.gouv.fr
www.tripalium.com
www.legifrance.gouv.fr
Liaisons sociales du 26 avril 2006
Loi n°97-210 du 11 mars 1997
Loi n° 2005-882 du 2 août 2005
Loi de Financement de la Sécurité Sociales du 19 décembre 2005 pour 2006
Décret n°97-213 du 11 mars 1997
Décret n°2006-206 du 22 février 2006
Circulaire interministérielle n°06-D103 du 24 février 2006
Code du travail : Articles L117-1 / L322-4-6 / L322-4-7 / L322-4-8 / L322-4-10 / L322-4-15 / L832-2 / L832-7-1 / L981-1
 
ANNEXES
 

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