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 Le contrat nouvelles embauches, trois mois après : Le bilan

Publié le : 24 decembre 2005


 Auteur : Mathias Rocherieux

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Autres articles du même auteur : Le Contrat Nouvelles Embauches : modalité et position des acteurs concernés ?

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Dossier

Forum de discussion

« L’une des dernières chances de sauver le modèle social français » : souvenez-vous, tel était l’objectif du Premier ministre français lors de la présentation de sa nouvelle mesure phare le « Contrat nouvelles embauches » (CNE) devant la représentation nationale, le 28 juin dernier. Il présentait alors le projet de loi destiné à permettre au gouvernement de prendre par ordonnances des mesures pour l’emploi (loi n°2005-846 du 26 juillet 2005). Une ordonnance publiée au Journal Officiel le 2 août est venue définir les conditions de conclusion de ce nouveau type de contrat (ordonnance n°2005-893 du 2 août 2005).
    Trois mois après la mise en place du CNE, il parait possible de dresser un premier bilan. Des chiffres plutôt prometteurs ont été communiqués ; pour beaucoup (syndicats, opposition), cependant, leur fiabilité semble contestable.
Du côté du gouvernement, l’optimisme concernant le bien-fondé et les bienfaits de la reforme prévaut, mais, que ce soit du côté des partenaires sociaux ou de l’opposition, voire de l’opinion publique, la grogne n’a semble-t-il pas diminué. La mise en place du CNE est toujours au centre du débat politique et les syndicats apparaissent toujours autant concernés.
 

Rappel des modalités du CNE

Le contrat « nouvelles embauches » est un contrat à durée indéterminée. Seules les petites entreprises de moins de vingt salariés peuvent y recourir. Il découle de l’ordonnance n°2005-893 du 2 août 2005.

Toutes les règles du droit du travail s’appliquent, seules les modalités de rupture sont différentes. En effet, le CNE peut être librement rompu pendant vingt-quatre mois sans qu’il soit imposé d’évoquer un motif. La rupture doit être notifiée par lettre recommandée avec avis de réception, le salarié bénéficiant d’un délai de douze mois pour contester la rupture. L’employeur à l’initiative de la rupture doit verser au salarié une indemnité égale à 8 % du montant total de la rémunération brute due au salarié depuis la conclusion du contrat. Le salarié pourra bénéficier de l’assurance-chômage selon les règles en vigueur. Toutefois, s’il n’est pas pris en charge, il a droit à une allocation forfaitaire dès lors qu’il a travaillé quatre mois dans l’entreprise.

Si la rupture n’intervient pas pendant la période des deux ans, les règles du droit commun s’appliquent.

Evolution juridique du CNE

Depuis l’instauration de la réforme, il semble qu’aucune réelle évolution juridique ne soit à constater. On a procédé néanmoins à un changement  terminologique, le terme « période d’essai » ayant été rapidement remplacé par l’expression « période de consolidation de l’emploi ».

Cependant, restait en suspend la validation ou non de la reforme par le Conseil d’Etat. La CGT et FO, suivies par une grande partie des syndicats français, ont en effet déposé des recours devant la Haute juridiction contre les dispositions définissant contrat "nouvelles embauches" et l’ordonnance excluant les moins de 26 ans du calcul des effectifs des entreprises (modalité ouvrant ainsi le recours au nouveau contrat à un plus grand nombre d’entreprises).

Selon les syndicats requérants, cette réforme violerait la Convention n°158 de l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’article 24 de la Charte sociale européenne, textes ratifiés par la France et posant l’obligation de justifier d’un motif de licenciement. Elle supprimerait l’exercice des droits de la défense face à une menace de licenciement, interdirait un contrôle effectif par le juge et priverait le salarié de toute indemnisation en cas de licenciement abusif, principes fondamentaux issus de la Déclaration des droits de l’homme et maintes fois réaffirmés par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat. Ainsi, un employeur pourrait licencier impunément pour un motif illicite : maladie, grève, opinion, acte de la vie privée, etc.

FO, plus particulièrement, a saisi le Conseil d’Etat contre l’ordonnance excluant les salariés de moins de 26 ans du calcul des effectifs d’une entreprise. Le contrat "nouvelles embauches" (CNE) et le texte sur les salariés de moins de 26 ans sont deux des six ordonnances du Plan d’urgence pour l’emploi que le gouvernement a fait adopter. Selon le secrétaire général de la confédération syndicale, Jean-Claude Mailly,  "les textes condamnent la discrimination [mais] ne pas compter les moins de 26 ans dans les effectifs d’une entreprise et les exclure ainsi de tel ou tel droit, c’est tout simplement de la discrimination par l’âge".

Cependant, le Conseil d’Etat, par sa décision du 19 Octobre 2005, a validé le contrat nouvelles embauches en rejetant la requête en annulation déposée par l’ensemble des syndicats, constituant ainsi une victoire pour le gouvernement. En revanche, la Haute juridiction a renvoyé devant la CJCE la question de la validité de l’ordonnance excluant les salariés de moins de 26  ans du calcul des seuils sociaux.

Le gouvernement n’a fait aucun commentaire sur cette décision. Les syndicats, quant à eux, ont mis en avant le problème de l’impartialité de la justice administrative française et les liens existants entre les conseillers d’Etat et le monde politique.

Les premiers chiffres du CNE : cherchez l’erreur

Suite à la mise en place de ce nouveau contrat début août, l’impatience du gouvernement à connaître les premiers chiffres de promesse de conclusion de CNE de la part des Pme de moins de vingt salariés se faisait sentir. Ceci explique sûrement un certain imbroglio dans la publication de ces données.

En effet, mi-septembre, des déclarations inexactes ont fait croire au succès fulgurant du CNE, le Premier ministre ayant déclaré que plus de 30.000 CNE avaient été signés. Il semble aujourd’hui et selon l’ACOSS (Agence centrale des organismes de Sécurité Sociale) que beaucoup d’employeurs ont commis des erreurs sur « la déclaration unique d’embauche » (DUE) que toute entreprise qui embauche est obligée de remplir et d’envoyer à l’URSAFF, en cochant l’une de trois cases : CDI, CDD ou CNE. De nombreux patrons ont coché la case CNE tout simplement parce qu’ils faisaient une nouvelle embauche. Il semble même que des entreprises de plus de vingt salariés (qui n’ont pas le droit d’embaucher ne CNE) ont coché la case ! Il apparaît ainsi que plus de 10.000 CNE ont été comptabilisés par erreur.

Apres une simplification de la déclaration unique d’embauche (DUE) qui indique une intention d’embauche, l'ACOSS a rendu publiques ses statistiques sur le nombre de CNE pour le mois de septembre.

A partir d’un échantillon de 8.700 DUE Internet, il ressort 7.300 déclarations  de CNE. Les erreurs dans les deux sens conduisent à une marge d’imprécision de 1 ou 2 % du nombre de CNE ce qui maintient à un haut niveau la fiabilité de la déclaration des employeurs via la DUE sur Internet.

Une extrapolation des proportions obtenues sur les données Internet aux autres types de déclarations (55 %) conduit aux résultats suivants :

                                    Source : communiqué de presse Acoss 17/10/2005

Le nombre d’intention d’embauche en CNE est donc estimé à 74.000, soit 10,7 % du total des intentions d’embauche.

Selon les chiffres de l’Acoss datant du 15 Novembre 2005, le nombre de contrats nouvelles embauches (CNE) conclus en octobre s’élève à 65.000. Au total, ce sont 170.000 personnes qui ont été recrutées en CNE depuis la mise en place de cette mesure.

Même s’il est encore un peu tôt pour parler de succès, le nombre des réactions concernant les modalités d’exercice du CNE et ses conséquences ne diminue pas.

Le futur du CNE

On note globalement deux types de discours face au CNE et à son avenir.

Tout d’abord, de nombreux observateurs estiment que le CNE a ouvert la voie  à un assouplissement des contraintes pesant sur les chefs d’entreprises souhaitant embaucher. Selon le président de la CGPME, « le CNE a ouvert une brèche ; d’autres dispositifs, relativement simples, pourraient voir le jour [notamment] un contrat spécialement dédié aux travailleurs saisonniers, aux contrats intermittents dans les services comme l’hôtellerie et la restauration. »

La question que beaucoup se posent alors est de savoir si la multiplication des contrats atypiques signera à terme la mort du CDI. Selon le ministre délégué à l’emploi, au travail et à l’insertion professionnelle des jeunes, « le CNE est le reflet d'un changement de système. Il faut placer les sécurités au bon endroit. Réclamer un droit de veto au licenciement, comme le demande le Parti communiste, c'est du baratin ! Nous avons assoupli les règles sur le licenciement économique au début de l'année et il n'y a pas eu l'explosion annoncée. Au cours des neuf premiers mois de 2005, le nombre de licenciés économiques a même baissé de 11,8 % par comparaison avec la même période de l'année 2004. »

En second lieu, nombreux sont ceux qui voient au contraire dans le CNE une augmentation de la précarisation du travail. Le Parti socialiste a déjà intégré comme mesure suivant une éventuelle victoire en 2007 la suppression du CNE.

De nombreux syndicats ont appelé et appellent toujours à la mobilisation pour le retrait du CNE, le secrétaire général de la CGT déplorant ainsi l’absence d’inflexion de la politique du gouvernement (« Il n’y a rien de nouveau sur les salaires, sur la précarité de l’emploi. On ne revient pas sur le contrat nouvelles embauches sur les restrictions en matière de service publics »). Pour le secrétaire général de la CFDT, « le CNE n’est pas acceptable en l’état » estimant que « avec ce contrat, le gouvernement propose une plus grande flexibilité au bénéfice des employeurs des toute petites entreprises dans un contexte très défavorable à l'emploi : de nouveau en 2005, la France ne crée pas d'emplois.  » Il ajoute : « on pourrait imaginer donner un petit peu plus de souplesse dans une période dynamique en matière d'emploi, quand le salarié qui perd son emploi en trouve un autre facilement en étant bien accompagné. Mais nous ne sommes pas dans un tel contexte. »

La grogne générale concernant le contrat nouvelles embauches ne diminue pas au fil du temps. Il est donc à parier qu’il sera sûrement au centre des débats lors de la prochaine élection présidentielle de 2007. Seuls des résultats vraiment probants sur le front du chômage pourraient venir atténuer la résistance des organisations syndicales.

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   

-     La tribune (www.latribune.fr)
-       Les échos (www.lesechos.fr)
-
          Acoss info (www.acoss.fr)
-
          L’express (www.l’express.fr)
-          Ministère de l’emploi (www.travail.gouv.fr)
-          www.legifrance.gouv.fr

 
ANNEXES
 

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