Dans le cadre
de son activité de formation professionnelle ou continue, TRiPALiUM
publie les articles de veille et de synthèse de ses stagiaires .
La publication de ces articles participe à leur progression
pédagogique. Si vous êtes interessé par une formation TRiPALiUM
cliquer ici
LES
DISPOSITIFS EN FAVEUR DE L’EMBAUCHE DES SENIORS
L’emploi des seniors est un sujet d’actualité qui concerne tous les
acteurs sociaux au niveau national et européen. Notamment, à cause des
effets attendus du Papyboom sur l’augmentation des coûts pour la
collectivité ; liée à la garantie des régimes de retraite et au financement
des dépenses de santé et de dépendance.
Lors du Conseil de Lisbonne des 23 et 24
mars 2000, l’Union Européenne (U.E.) s’est donnée pour objectif
d’accroître le taux d’emploi de la population active en âge de
travailler. C’est notamment le taux d’activité des seniors qui constitue
un levier d’action important. Ce taux qui est actuellement de 38,5 %
dans l’U.E. doit-être porté à 50 %.
En effet, on constate que l’effort
demandé en matière de taux d’emploi des salariés âgés de plus de 50 ans
est plus élevé que celui des autres travailleurs. Commission
Européenne.
En France, le taux d’emploi des 55 – 64
ans s’élève à 36,8 %.
Le taux d’activité des français baisse
sensiblement à partir de 55 ans et s ‘ écroule à partir de 60 ans. Ce
taux est le plus faible des 7 pays de l’OCDE suivant : Allemagne,
Espagne, Japon, Etats-Unis, Pays-Bas et Royaume Unis. OCDE, 2000.
Le marché du travail français est très
peu dynamique, voire inexistant pour les plus de 50 ans.
En témoigne, le nombre très faible
d’embauche après cet âge. « Ainsi, les embauches des plus de 55 ans sont
marginales dans tous les secteurs, quelle que soit la taille de
l’entreprise. Enquête DADS et DMMO, 2000.
Paradoxalement, le taux de chômage des
plus de 50 ans est inférieur au taux de chômage du reste de la
population (7,9 % pour les femmes et 6,9 % pour les hommes).INSEE,
Enquête emploi.
Ce paradoxe nous amène à nous interroger
sur les raisons du faible taux de chômage des seniors en France. Quels
sont les dispositifs devant favoriser l’embauche des seniors et quels
sont les éléments d’incitation au développement de leur taux
d’activité ?
I. Les politiques de retrait du marché du travail.
Le faible taux de chômage des plus de 50
ans résulte principalement des politiques de retrait du marché du
travail qui ont réduit fortement le nombre d’actifs susceptibles d’être
au chômage.
Il s’explique également par l’existence
de la dispense de recherche d’emploi.
En septembre 2004, il existait en effet
405000 personnes dispensées de recherche d’emploi ; et donc non
comptabilisées dans les statistiques du chômage.
Deux dispositifs ont été mis en place
pour compenser la perte de revenus des chômeurs âgés : l’Allocation
Chômeurs Agés (ACA) et l’Allocation Spécifique d’Attente (ASA).
Ces dispositifs permettent à un chômeur
âgé d’être « porté » par l’assurance chômage jusqu’à sa retraite.
A.Les dispositifs en faveur du chômeur âgé.
La Dispense de
Recherche d’Emploi (DRE)
La dispense de
recherche d’emploi est une exonération de la condition de recherche
d’emploi. Peuvent-être admis à la DRE, à leur demande :
-à
partir de 55 ans, les demandeurs d’emploi qui perçoivent une allocation
d’assurance chômage et qui justifie de 160 trimestres de cotisations au
titre du régime de base de l’assurance vieillesse, ceux qui perçoivent
l’Allocation de Solidarité Spécifique ainsi que ceux qui ne perçoivent
aucune allocation chômage.
-A
partir de 57 ans et demi, les allocataires du régime d’assurance
chômage.
L’Allocation
Chômeurs Agés
Mise en place au 1er
janvier 1997, cette mesure concerne les salariés privés d’emploi âgés de
moins de 60 ans et justifiant de 40 annuités au titre de l’assurance
vieillesse.
L’Allocation Unique
Dégressive au taux initial, c’est à dire non dégressive, est elle versée
jusqu’à 60 ans.
L’Allocation
Spécifique d’Attente (ASA)
Mise en place à partir du 1er janvier 1998, cette mesure
concerne les chômeurs de moins de 60 ans justifiant de 40 annuités au
titre de l’assurance vieillesse et percevant soit l’Allocation de
Solidarité Spécifique, soit le RMI. Cette allocation est perçue en
complément, garantissant ainsi des ressources proches du SMIC. Elle est
versée jusqu’au droit à une pension de vieillesse à taux plein.
Fondation pour l’Innovation Politique, 2005.
B.Un choix politique fondé sur des analyses économiques
imparfaites.
La justification des retraits d’activité
précoces résulte d’un choix politique, lors de la Présidence de François
MITTERAND, fondé sur l’idée du partage du travail entre les générations.
Elle s’appuie sur deux arguments.
Le premier, que le départ en retraite
d’un senior entraînerait l’embauche d’un jeune, résolvant ainsi le
problème du chômage. Le second, que le coût d’un retraité était
inférieur au coût d’un chômeur.
Un rapport du Conseil Economique et
Social estimait dès 1985, que les coûts de préretraite étaient plus
élevés que celui du chômage.
Rapport du Conseil Economique et
Social, n°1985 -12, 23/10/1985.
Le coût des cessations progressives
d’activité a été encore récemment dénoncé, dans le cadre d’une étude de
Pierre COURTIOUX (2001).
Les politiques de retrait d’activité
précoce se sont développés en trois temps :
La première étape fut celle de la
Préretraite Restructuration qui concernait les salariés touchés par les
restructurations et jugés insusceptible de reclassement.
Les préretraites de restructuration
apparaissent d’abord dans le secteur agricole créées par la Loi du 8
août 1962, complémentaire à la Loi d’orientation agricole puis sont
transposées aux secteurs industriel et commercial avec les conventions
d’Allocations Spéciales de préretraite du Fonds National de l’Emploi
créées par la Loi du 18 décembre 1963.
La seconde étape fut celle de la
Préretraite Droit Individuel. La montée du chômage dans les années 1970
a incité les pouvoirs publics et les partenaires sociaux à imaginer des
dispositifs protégeant les travailleurs âgés des conséquences
financières de la perte d’emploi.
Ainsi les salariés âgés de 57 ans et
demi pouvaient bénéficier de la Garantie Ressources Licenciement (GRL),
créée par l’Accord du22 mars 1972, ou de la Garantie de
Ressources Démission (GRD) créée par l’Accord du 13 juin 1977.
Leur coût représentait 212 millions d’euros en 1975 et 4,5 milliards
d’euros en 1983.
La troisième étape est celle de la
transformation des préretraites en instrument actif de la politique de
l’emploi.
Ainsi, les contrats de solidarité
préretraite institués par l’Ordonnance du 16 janvier 1982 et
supprimé à la fin des années 1980.
En 1985 est créée la Dispense de
Recherche d’Emploi.
En 1995, les partenaires sociaux
inventent l’Allocation de Remplacement pour l’Emploi (ARPE).
Etudes de la Fondation Pour
l’Innovation Politique, avril 2005.
Entre 1992 et 1997, le chômage progresse
fortement alors que le nombre d’entrées annuelles dans les dispositifs
de préretraite double sur la même période.
Une enquête emploi de l’INSEE sur
la période de 1975 à 2002 montre que les préretraites n’ont aucun impact
positif sur le taux de chômage.
C.L’abandon progressif des dispositifs de préretraite.
En 2000, la nécessité de garantir
l’avenir des systèmes de retraite à conduit à réformer quatre
dispositifs publics de préretraite destinés aux salariés du secteur
privé :
-L’Allocation Spéciale Fonds National de l’Emploi (ASFNE)
-La cessation anticipée d’activité de certains travailleurs
salariés (CATS)
-La préretraite progressive (PRP). Ce dispositif a été fermé le 1er
janvier 2005.
Le coût anticipé des préretraites par le
Projet de Loi de Finance pour 2005 pour le financement de retrait
d’activité et participation de l’Etat aux dépenses de chômage s’élève à
près de 2 milliards d’euros.
-L’Allocation de Remplacement pour l’Emploi (ARPE). L’accès au
dispositif ARPE est fermé depuis le 1er janvier 2005.
Globalement, à partir de l’année 2000,
il a été constaté une diminution progressive et significative dans ces
dispositifs.
S’ajoutent deux autres dispositifs :
-Le Congé de fin d’activité (CFA) dans les fonctions publiques,
également en voie d’instinction
-La cessation anticipée des travailleurs de l’amiante (CAATA) qui
vise à compenser la diminution de l’espérance de vie liée aux maladies
professionnelles.
Les retraits d’activité précoce ont
engendrés un effet pervers pour les salariés âgés qui les considèrent
comme un droit extensif au repos de fin de carrière.
Pour les entreprises, c’est un moyen
efficace de gérer les coûts liés à une catégorie de salariés jugés moins
productifs du fait de leur âge.
Etudes de la Fondation Pour
l’Innovation Politique, avril 2005.
Ces considérations constituent
actuellement un obstacle à l’augmentation du taux d’activité des
seniors.
II. Les dispositifs
favorisant l’emploi des seniors
L’embauche des seniors pourrait être
dynamisée, à court et moyen terme, en assouplissant les règles qui leur
sont applicables sur le marché du travail.
A. La Contribution Delalande : contestable et peu efficace.
Institué en 1987, le mécanisme Delalande
est fortement progressif. Il s’échelonne de 1 à 6 mois de salaire brut
en fonction de l’âge du salarié pour les petites entreprises ( - de 50
salariés) et de 2 à 12 mois de salaire pour les entreprises moyennes et
grandes. Elle a un effet désincitatif au licenciement très marqué.
Les études les plus récentes sur la
Contribution Delalande (cf. Revue française d’économie n°16)
présentent un bilan économique très
mitigé.
Tout d’abord, les effets sur les licenciements des salariés âgés,
sur lesquels on attendait théoriquement une réduction, ne sont pas
significatifs.
Ensuite, une étude en cours de Luc
BEHAGHEL, Bruno CREPON et Béatrice SEBILLOT (2004) montre que la
Contribution Delalande a pénalisé le retour à l’emploi des 45 – 50 ans,
les entreprises préférant recruter des personnes dont le coût de
licenciement éventuel est moins élevé.
Nous pouvons ici noter la démarche
inverse de nombreux pays européens tels que les Pays-Bas, la Finlande ou
encore le Royaume Uni . En effet, ils ont mis en place des incitations
fiscales pour l’embauche des seniors.
Ainsi, les employeurs sont de plus
fréquemment exonérés d’une partie de leurs charges sociales en cas
d’embauche d’un chômeur âgé.
B. Les dispositifs d’allègement du coût du travail.
En France, les politiques publiques de
l’emploi prévoient déjà des dispositifs favorisant l’embauche des
seniors par le biais de contrats aidés :
Le Contrat Emploi Solidarité (CES) et le
Contrat Emploi Consolidé (CEC) dans le secteur non marchand et le
Contrat Initiative Emploi pour le secteur marchand.
Ces contrats s’adressent aux demandeurs
d’emploi de longue durée et aux bénéficiaires de minimas sociaux. Ils
ouvrent droit pour les employeurs à un niveau d’allègement majoré du
coût du travail. Plus de 100000 personnes de plus de 50 ans sont
embauchés chaque année dans le cadre d’un emploi aidé. Selon l’IGAS, les
plus de 50 ans sont bénéficiaires de 10,6 % des dépenses d’aide à
l’emploi.
L’Aide Dégressive à l’employeur pour les
chômeurs de plus de 50 ans, créée par la Convention d’assurance
chômage du 1er janvier 2004 a
pour but de favoriser ‘le retour à l’emploi décroché de l’exclusion’.
Elle a accordé en effet une aide équivalente à 40 % du salaire brut
d’embauche d’un chômeur de plus de 50 ans la première année, 30 % la
deuxième année et 20 % la dernière année pour un CDI ( l’aide est
allouée par tiers de la durée du contrat en cas de CDD).
L’ampleur des moyens accordés à ce
dispositif montre un changement de cap des partenaires sociaux. IGAS,
Rapport annuel 2004, Gestion des Ages et Politiques de l’emploi, La
Documentation française.
A long terme, le soutien à l’emploi des
seniors passe par l’amélioration de leur employabilité auquel s’ajoute
le renforcement de leur motivation professionnelle. Ils constituent deux
éléments d’incitation qui permettront d’assurer durablement un taux
d’activité élevé des 55 – 64 ans, en France.
10 propositions pour un marché du travail accessible aux
seniors
De la Fondation pour l’innovation
politique
1 – Supprimer la contribution Delalande.
2 – Les salariés de plus de 55 ans peuvent être embauchés en contrat
à durée déterminée pour un nouveau motif de transfert de savoir ou de
compétences.
Pour cela, il convient de modifier l’article L 122-1 du Code du
Travail, en y insérant un alinéa 6 autorisant la signature d’un CDD avec
un salarié en cas de pénurie d’employabilité.
3 – Accorder le bénéfice de la dispense de recherche d’emploi
uniquement aux chômeurs âgés de 60 ans. Il sera procédé à une évaluation
de cette mesure en 2008 et la suppression définitive de la dispense de
recherche d’emploi pourrait être décidée à cette occasion.
4 – Les seniors au chômage depuis plus de 6 mois peuvent accepter un
emploi moins rémunéré qu’à leur précédent poste. La différence, à
concurrence de 20 %, est prise en charge par le Fonds national pour
l’emploi 5FNE). Elle est valable de droit pour les seniors qui ont
dépassé l’âge effectif moyen de la retraite (58 ans).
5 – Organiser une campagne de communication valorisant les
compétences des seniors.
6 – Mettre résolument en action le dispositif du droit individuel à
la formation institué en 2004 afin de rendre effective la formation
continue des plus de 45 ans, en modifiant les habitudes tant des
employeurs que des salariés.
7 – Les salariés qui ont atteint l’âge légal de la retraite à taux
plein et qui continuent à travailler se voient proposer une option.
Soit ils restent dans le régime actuel et sont éligibles à la surcote
prévue par la loi Fillon de 2003, soit ils bénéficient d’une exonération
de cotisations retraite. Ils n’acquièrent pas alors de droits
supplémentaires pour leur retraite futur, mais bénéficient de
l’augmentation de leur revenu par la réduction de leurs cotisations
sociales.
8 – Supprimer l’obligation juridique de rupture définitive de tout
lien professionnel avec l’employeur (art. L. 161-22 du Code de la
sécurité sociale) exigé en matière de cumul emploi retraite, en
maintenant le délai de 6 mois existant.
9 – Assouplir les règles du cumul emploi retraite dans la fonction
publique comme le secteur privé. Les retraités cumulant n’acquièrent pas
de droits supplémentaires à la retraite, tout en continuant à cotiser,
afin de contribuer à la viabilité du régime de répartition.
10 – Inciter les régimes complémentaires à modifier les règles
relatives au cumul emploi retraite, afin de l’aligner systématiquement
sur le régime général.
SOURCES
- BIBLIOGRAPHIE
Guéric Jacquet, « Le défi de l’emploi des
seniors », Fondation pour l’innovation politique, avril 2005.
IGAS, Rapport Annuel 2004, Gestion des
Ages et politique de l’emploi, La Documentation française.
OCDE, Examen thématique sur les
politiques pour améliorer les perspectives des travailleurs âgés sur
le marché du travail, Résumé et principales recommandations, 6 décembre
2004.
DADS et DMMO, Part des quinquagénaires dans
les embauches, 2000.
INSEE, Enquête Emploi, 1975 à 2002.
Pierre Courtioux, Marché du travail,
politiques de l’emploi et sélection : une analyse évolutionnaire des
préretraite en France, Thèse de doctorat de l’Université de Paris I,
200.1
A. Bommier, T. Magnac et M. Roger, Quels
sont les effets des modifications des systèmes de retraite sur les
activité des travailleurs âgés ?, Revue française n°16 – pages 79 à 124.
ANNEXES
Cet article a été lu
fois
Autorisation de
reproduction de documents extraits du site Eur-lex de l'Union
Européenne par autorisation de l'Office des publications
officielles de la Communauté européenne en date du 21 mai 1999
ref: 99-cop-200
Copyright ã
2007 social conseil entreprise TRiPALiUM
- Tous droits réservés. Toute reproduction , même partielle, de
la page, par quelque procédé que ce soit ( électronique,
photocopie, imprimante, bande magnétique, disquette, cd-rom ou
autre ) est interdite sans autorisation par écrit de Yvan
Loufrani L'impression pour usage à titre privé et
documentaire est autorisée