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 La pratique des CDD dans les métiers du spectacle

Publié le : 10 novembre 2005

Auteur : Fatiha JURADO-DRIA

Autres articles du même auteur : La pratique du CDD d’usage :le cas des métiers techniques et administratifs de la Production Cinématographique, Audiovisuelle, et du Spectacle Vivant

Forum de discussion

 Les discussions n’ont toujours pas abouti entre les Entrepreneurs du spectacle, les syndicats soutenant le mouvement des intermittents, le ministre de la culture et l’Unedic.La multiplication des interlocuteurs n’est pas le seul obstacle des pourparlers. La complexité de ce statut en est la principale difficulté. Celui-ci existe par le fait de négociations aboutissant à des accords de branche (ex. Accords Michel) ou de Conventions Collectives (ex. Convention collective des techniciens et réalisateurs de la Fonction Public).
Le statut d’intermittent est à la frontière de Droit et de l’Usage ; toutefois il n’existe pas juridiquement.
Alors comment peut-on parler d’abus dans le milieu de l’intermittence ?
Dans un premier temps, nous établirons un constat sur les abus dans les métiers de l’intermittence puis nous parlerons du Rapport Gourinchas (rapport concernant les abus du Service Public dans le milieu du spectacle et de l’audiovisuel) ensuite nous énumèrerons les solutions apportées par ledit rapport et les Professionnels.
 
   

 Un intermittent est un salarié qui alterne des périodes travaillées et des périodes d’inactivités, multipliant ainsi plusieurs employeurs. Quand il est dans des périodes sans contrats, il peut prétendre aux indemnités chômage spécifique aux intermittents. Celle-ci est dérogatoire au droit commun. C’est une classification administrative avec des règlements particuliers. Les annexes VIII et X régissent l’accès à l’assurance chômage (Convention Assurance Chômage).

Ø      L’annexe VIII ( protocole du 13 décembre 1964) s’applique aux ouvriers et techniciens de la production audiovisuelle. 

Ø      L’annexe X (protocole du 12 juin 1969) s’applique, quant à elle, aux artistes et techniciens du spectacle vivant.

 L’intermittent doit pour y être affilié, cumuler au minimum 507 heures de travail effectif sur une période de 319 jours en totalité en tant qu’ouvriers, techniciens ou artistes.

Le fait de travailler pour plusieurs employeurs, d’alterner les périodes de travail et de chômage, de multiplier des contrats, de pouvoir être indemnisé créent quelques déviances au niveau de la flexibilité du travail.

  Partons d’un constat simple. Le CCD d’usage dans le milieu du spectacle permet d’avoir un vivier de talents très divers et aisément mobilisables, d’alléger les charges par rapport au CDI.

   Partons maintenant d’un constat chiffré. Le nombre d’intermittent a doublé en dix ans soit plus de 109 % entre 1992 et 2002 (source Unedic).Les prestations des indemnités Assedic ont augmenté de 150 % et les cotisations de 148 %  (source Unedic). Comment interpréter ces données ?

   Les intermittents indemnisés représentent 4,9 % des chômeurs indemnisés. Cependant ceux-ci ont touché en 2002, 3,6 % du montant total des allocations  (source Unedic).Nous pouvons faire l’hypothèse que le déficit (828 millions d’euros en 2002) de l’assurance chômage du régime des intermittents proviendrait non pas d’un excédent de dépenses mais d’un manque de recettes. Pour augmenter les cotisations versées donc les recettes, il faudrait payer les heures réellement travaillées. Le budget de la production exploserait sauf si le ministère de la culture augmentait sa participation financière. Cette réflexion sous-entendrait que les employeurs dans ce type de secteur seraient coupables de travail dissimulé.

  Les employeurs du privé recourraient à des faux CDD d’usage et au travail au noir. Ils profiteraient du système des assurances chômage des intermittents en ne déclarant qu’une partie de leurs heures et en s’appuyant sur les Assedic pour assurer le complément. Les salariés quant à eux, procèderaient à des achats d’heures afin d’atteindre le quota de 507 heures. Le paiement des charges patronales serait  effectué mais pas le règlement du salaire.  Les parties s’arrangent entre elles : soit en procédant à un remboursement soit en compensant par une charge de travail. Cette déviance s’expliquerait par le fait que les spectacles où les prestations seraient vendues à moindre coût et donc les frais pour les « piges » ou les cachets seraient sacrifiés. Mais pour compenser le manque à gagner, les entrepreneurs du spectacle ou les entreprises de production ne déclareraient qu’une partie des heures.

  Une autre méthode s’appliquerait dans le milieu, le système des forfaits. Par exemple, l’équipe technique de Fort Boyard travaillent sur un forfait de 8 heures /10 heures pour des journées ou des nuits de 14 heures /15 heures sans que les heures supplémentaires soient comptabilisées. Mais d’autres lois seraient bafouées. Les salariés pour un travail effectué par exemple au mois de mai seraient payés au mois d’octobre. Ou encore, plus souvent « la polyvalence qui va bien au-delà de leur technicité et ce pour un salaire ne correspondant pas aux prestations demandées » (Fred Mousson, Collectif des Professionnels du spectacle et de l’audiovisuel et du cinéma en Poitou Charente) : par exemple, un opérateur son embauché pour un travail de chef opérateur son.

 Pour certains, ce type de précarité pousserait plus les intermittents à se battre pour leur chômage que pour la reconnaissance de leur statut.

 Certaines entreprises du privé vont même jusqu’à penser que se sont surtout les entreprises du Service Public et leurs ramifications qui abusent du système. Mais comme elles dominent le marché et qu’elles font partie de l’Etat, on assisterait donc à « une conspiration du silence ».

   D’autres poussent le raisonnement en déclarant que les entreprises du Service Public ne relèvent pas du droit du travail mais de la Fonction Publique. Cependant, seul les entreprises privées relèveraient des Assedic.

   Suite à ces dires et aux mouvements des intermittents (en juin/juillet 2003), Jean Jacques  Aillagon ministre de la culture, a demandé à Bernard Gourinchas un rapport sur les abus de l’utilisation de l’intermittence dans le Service Public.

   Le rapport Gourinchas stipule que le recours à l’intermittence n’est pas marginal ; il représente 21% du travail des chaînes de télévision et des radios (contre 10% sur TF1) dont  la production interne qui peut atteindre 50% de l’effectif pour France 2 et les sociétés de production vidéo 80 % de leur effectif. La cause serait la mauvaise organisation de ces services. De plus, le remplacement des techniciens absents par des intermittents serait systématique et permettrait ainsi de contourner la réglementation sur les CDD. D’ailleurs, ceux-ci travaillent plus que les permanents soit 230 jours contre 180 jours par an. Autre record, France culture serait le premier employeur de comédiens soit l’équivalent de 4/5 salles de théâtre. Pour Bernard Gourinchas, la solution n’est pas forcément la requalification des CDD en CDI mais la réorganisation de la disponibilité « réelle » des permanents

Jean-Jacques Aillagon par une lettre adressée en juillet 2003 à tous les présidents des chaînes et radios leur demande solennellement d’être plus vigilants quant à ces abus. Pour s’assurer de la bonne marche de cette directive, le rapport Gourinchas propose un contrôle plus renforcé confié au DILTI (Délégation interministérielle de lutte contre le travail illégal). Une formation des inspecteurs est prévue car ce milieu est difficile à contrôler. En effet, son organisation est juridiquement et socialement compliquée à saisir. Parallèlement, une double déclaration est mise en place. 

Ø      La déclaration mensuelle faîte par le salarié.

Ø      La déclaration nominative faîte par l’employeur.

Elles sont ensuite adressées au Assedic, lui permettant de faire une vérification croisée des renseignements récoltés.

  Certains entrepreneurs pensent que puisque que la plupart des producteurs ou comédiens sont engagés régulièrement par la même entreprise de Production ou même chaîne, ils peuvent dans ce cas précis conclure un contrat intermittent. Dans son application réelle législative, on parle de contrat à temps partiel annualisé.

Ou encore, ils pourraient signer un contrat de chantier le temps de leur mission ou « pige ».

   La réforme de juillet 2003 sur le régime des intermittents n’a pas contribué à lutter efficacement contre tous ces abus. Cependant, elle a apporté une prise de conscience sur la vigilance à apporter vis à vis du travail au noir. Mais, elle a mis davantage dans la précarité les nouveaux inscrits au « statut d’intermittent » en raccourcissant le délai de cotisation de 12 mois à 10 mois. La législation (sauf convention ou accord) ne leur permet pas d’accéder :

Ø      à la prime de fin d’année

Ø      à la prime d’ancienneté

Ø      au supplément familial

Ø      au repos compensateur légal (pour des journées de travail en week end et en jours fériés, 6 jours sur 7.

Le gouvernement a crée, en attendant la prochaine réforme, une allocation spécifique. Elle permet aux salariés qui n’atteignent pas leurs quotas d’heures de recevoir une prestation complémentaire. Son échéance a été repoussée à fin 2005.                   Mais la réforme « miracle » existe-t-elle ?

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   

v     Le monde du 14/01/2004, L’Etat patron-voyou.

v     Le monde du 14/01/2004, Petits arrangements, grandes misères et système D dans le spectacle.

v     Le monde du 15/01/2004, Quand l’audiovisuel public abuse de l’intermittence.

v     Le monde du 15/01/2004, Les contrôles contre la fraude ont été renforcés.

v     Terra Economica, Petit abécédaire d’un système gangrené, http://www.terra-economica.info/a51.html

v     Terra Economica, Le père Fourras est un intermittent, http://www.terra-economica.info/a53.html

v     La lettre de Nodula, Essentiel de l’actualité du droit et de la gestion de la création artistique, www.nodula.com

v     Roland Lienhardt (créateur de Nodula), Essentiel de l’actualité du droit et de la gestion de la création artistique, www.lienhardt.com

v      Profilculture, www.profilculture.com/pratique/pratique2.php

v     LeRapportGourinchas, www.culture.gouv.fr/culture/actualités/communiq/aillagon/gourinchas.html

ANNEXES
 

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