Dans le cadre de son activité de formation professionnelle ou continue, TRiPALiUM publie les articles de veille et de synthèse de ses stagiaires .
La publication de ces articles participe à leur progression pédagogique. Si vous êtes interessé par une formation TRiPALiUM
cliquer ici

 L’entretien professionnel

Publié le : 13 juin 2005

Auteur : Cecile Gervois

Autres articles du même auteur : l'entretien d'évaluation

Forum de discussion

Au cours des négociations ayant précédé la réforme de la Formation Professionnelle, les partenaires sociaux ont exprimé une idée majeure : que tout salarié puisse, à l’avenir, « être acteur de sa propre évolution professionnelle ».
On retrouve cette idée dans les Accords Nationaux Interprofessionnels, relatifs à l’accès des salariés à la formation tout au long de la vie professionnelle, des 20 septembre 2003 et 5 décembre 2003, qui ont suivi : dans le rappel et la création de dispositifs de formation pouvant être utilisés à l’initiative du salarié (Bilan de Compétences, Validation des Acquis de l’Expérience, Droit Individuel à la Formation), dans la création d’outils visant à améliorer « l’information et l’orientation des salariés tout au long de la vie » (Entretien Professionnel, Passeport Formation, Observatoire de Branche), ...
   

L’Entretien Professionnel y est décrit comme « un entretien réalisé, au minimum tous les deux ans, par l’entreprise, pour tout salarié ayant au moins deux années d’activité dans l’entreprise ». La mise en œuvre est laissée à l’Accord de Branche ou d’Entreprise, à défaut au chef d’entreprise (article 1 de l’ANI du 20/09/2003 et article 1-1 de l’ANI du 05/12/2003).

Les partenaires sociaux avaient convenu de se revoir « avant le 30 juin 2004 pour définir les conditions de mise en œuvre de l’Entretien Professionnel » (entre autre), ils se sont revus le 8 juillet 2004. Un document, intitulé avenant n°1 de l’ANI du 5 décembre 2003, a été rédigé. A ce jour, il n’a toujours pas été signé : en effet, certains syndicats refusent de signer l’avenant (et tout accord relatif à la formation professionnelle) « tant que le gouvernement évoque la possibilité de revenir sur l’accord lié à l’aménagement du temps de travail » (FO). Il y a également des divergences sur les modalités relatives à la VAE, dispositif détaillé dans le même avenant. L’article relatif à l’Entretien Professionnel ne semble pas être remis en cause.

Conséquences de cette absence de signature :

-          L’ANI du 5 décembre 2003 est le seul texte relatif à l’Entretien Professionnel applicable, la loi du 4 mai 2004 n’ayant pas repris l’idée de l’Entretien Professionnel et l’avenant n°1 du 8 juillet 2004 n’étant pas applicable en l’état.

Cependant, un rapide examen des accords ayant mis en place l’Entretien Professionnel indique que les branches et les entreprises se sont largement inspirées de l’avenant du 8 juillet.

-          Quelle sera la place de l’avenant du 8 juillet 2004 dans la hiérarchie des normes le jour où il sera signé (s’il l’est un jour) ? L’ANI que l’avenant complète a été signé en décembre 2003, donc avant la réforme sur le dialogue social (loi du 4 mai 2004), l’avenant serait signé après !

De manière à « conserver un texte unique », le MEDEF propose donc que l’avenant soit « réputé avoir été signé à la même date que l’ANI du 5 décembre 2003 ».

La CFE-CGC propose d’inclure dans la rédaction de l’avenant l’article suivant : « dans un souci d’homogénéité et du respect de la valeur hiérarchique supérieure que les signataires entendent conférer à l’ANI du 5 décembre 2003, il ne pourra être dérogé au présent avenant en tout ou partie, notamment par un accord collectif de niveau inférieur, conformément au régime applicable au moment de la signature de l’accord du 5 décembre 2003 ». La CFE-CGC ne signera l’avenant que si cet article y figure.

Qu’est-ce que l’Entretien Professionnel ?

L’Entretien Professionnel est un entretien qui va permettre à chaque salarié (remplissant certaines conditions d’ancienneté) de faire régulièrement (au moins une fois tous les deux ans) le point sur ses « aptitudes, ses possibilités d’évolution et les possibilités de l’entreprise » (cf Avenant du 08/07/2004).

Aidé d’un représentant de l’entreprise, le salarié va élaborer un projet professionnel qui s’appuiera sur des besoins en formation qui ont été détectés et qui lui permettront de mieux occuper son poste, voire d’acquérir des compétences pour évoluer vers d’autres postes (idée d’employabilité). Le représentant de l’entreprise doit l’informer des actions de formation qui lui seraient nécessaires, des dispositifs de formation existant, des conditions de départ en formation ainsi que des postes qu’il pourrait occuper dans l’entreprise en dehors de celui qu’il occupe au jour de l’entretien.

L’Entretien Professionnel peut ainsi devenir un outil au service de la politique RH de l’entreprise en faisant remonter les besoins de formation et les souhaits d’évolution des salariés (Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences).

Existe-t-il une différence entre l’entretien professionnel et l’entretien d’évaluation?

Certaines entreprises ont déjà mis en place des entretiens dont l’objet est d’évaluer les compétences des salariés, leur performance. Les salariés ont-ils atteint les objectifs qui leur étaient fixés? Le résultat de ces entretiens a bien souvent des incidences sur le salaire (augmentation, prime), le poste occupé (promotion par exemple), … Ce sont les Entretiens Annuels, d’Appréciation, d’Evaluation, de Performance, Individuels.

Les Entretiens Professionnels ne porteront quant à eux que sur les compétences des salariés, dans une optique de développement de celles-ci. Quelles sont les actions de formation que le salarié doit suivre pour satisfaire à toutes les exigences de son poste ? Quelles qualités doit-il acquérir pour occuper le poste vers lequel il souhaite évoluer ? Quel dispositif de formation doit-il utiliser pour suivre telle action de formation ?… Il n’y a pas d’idée de jugement comme dans le cas précédent.

L’Entretien Professionnel est obligatoire pour toutes les « entreprises relevant du champ d’application des Accord Nationaux Interprofessionnels ». Alors que l’Entretien d’évaluation n’est obligatoire que si la Branche ou l’entreprise l’a prévu.

Ce que l’on sait sur l’Entretien Professionnel

L’Entretien Professionnel a été créé par l’ANI du 05/12/2003, l’avenant du 8 juillet 2004 en définit le cadre (Cf deuxième colonne du tableau ci-dessous) mais laisse aux Branches le soin d’arrêter leur position sur les points suivants :

-          « préparation et mise en œuvre de l’Entretien Professionnel,

-          information des Instances Représentatives du Personnel (lorsqu’elles existent) sur les conditions d’organisation des Entretiens Professionnels,

-          formalisation des conclusions de l’entretien,

-          suites à réserver à un éventuel désaccord sur les conclusions de l’Entretien Professionnel,

-          prise en charge de la formation des personnes chargées d’assurer la mise en œuvre des Entretiens Professionnels ».

Compte tenu de la situation juridique de l’Entretien Professionnel, l’attitude des Branches à l’égard de l’Entretien Professionnel est variée (Cf troisième colonne du tableau) :

-          certaines affirment l’importance de l’Entretien Professionnel et attendent « l’issue des négociations interprofessionnelles au plan national (donc la signature de l’avenant) pour étudier les modalités de sa mise en œuvre » (ex : Imprimeries de Labeur et Industries Graphiques, Accord National du 12/10/2004 ; Industrie textile, Avenant du 13/09/2004),

-          d’autres rappellent le cadre défini par l’ANI du 5 décembre 2003 et laissent les entreprises libres de choisir comment elles vont mettre en place l’Entretien Professionnel (Transports aériens, accord du 09/09/2004 ; accord inter-secteurs papiers et cartons du 03/11/2004),

-          enfin, une troisième catégorie de branches a déjà défini un ensemble assez complet de règles applicables à l’Entretien Professionnel, en s’appuyant sur ce qui existe pour l’Entretien d’Evaluation et sur ce qui est indiqué dans l’avenant (Industrie pharmaceutique, Avenant du 24/09/2004 ; Sociétés d’assurances et inspection d’assurance, Accord du 14/10/2004 ; Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire, Avenant du 09/06/2004).

Le tableau ci dessous récapitule les règles, définies par l’ANI du 05/12/2003 (en gras) ou proposées par l’avenant du 8 juillet 2004, ainsi que celles définies, à ce jour, par les branches:

 

ANI 05/12/2003 +  Avenant n°1

Accords de branches

Quelle est la procédure de mise en place d’un EP dans une entreprise ?

-

L’entreprise qui met en place l’EP doit « consulter son CE ou à défaut les Délégués du Personnel ».

(Papiers et cartons, Société d’assurances et inspection d’assurance)

 

 

Les salariés sont informés par écrit. (Société d’assurances et inspection d’assurance)

Quels sont les salariés concernés?

« les salariés ayant au minimum 2 années d’activité dans la même entreprise »

idem

Quelles sont les personnes qui assistent à l’EP?

le salarié et l’employeur (ou un représentant)

L’avenant prévoit la possibilité pour l’employeur de recourir à « un concours technique extérieur ».

Certains accords précisent que c’est le supérieur hiérarchique qui assiste à l’EP.

(Télécommunications, Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire, Société d’assurances et inspection d’assurance)

Qui en est à l’initiative?

le salarié ou l’employeur

idem

A quel moment doit se dérouler l’EP ?

-

« L’EP est réalisé pendant les heures de travail et est considéré comme temps de travail effectif »

(Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire)

Quelle est la fréquence de l’EP ?

une fois tous les 2 ans minimum

une fois par an (Industries pharmaceutique)

Comment les parties s’y préparent-elles?

-

« Les entreprises sont incitées à favoriser la formation de l’encadrement à la conduite d’entretiens professionnels notamment en ce qui concerne les techniques d’entretien, la connaissance des dispositifs de formation et la détection des besoins de formation ». (Télécommunications, Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire)

 

 

« Le salarié est prévenu de la date de l’entretien au moins 1 semaine avant. (Industrie pharmaceutique, Agents Généraux d’Assurances)

 

Il dispose d’éléments d’information suffisants afin de lui permettre de se préparer : objectif de l’EP, contenu et modalités de suivi » (liste non exhaustive)

(Industrie pharmaceutique)

L’information peut également porter sur les « dispositifs de formation professionnelle continue déclinés » par la Branche » (Société d’assurances et inspection d’assurance), « les dispositions de la loi du 4 mai 2004 et celles de l’Accord de branche ». (Agents Généraux d’Assurances)

 

 

La plaquette d’information remise au salarié peut être élaborée par la CPNE et l’OPCA de Branche. (Agents Généraux d’Assurances, Société d’assurances et inspection d’assurance)

Quels sont les points abordés au cours de l’EP ?

- les sources d’information relatives à l’orientation et à la formation des salariés tout au long de la vie,

- les actions de formation nécessaires aux salariés pour « améliorer leurs compétences ou renforcer leurs qualifications »,

- les dispositifs de formation qui pourraient être utilisés,

- la façon dont les salariés envisagent d’utiliser leur Droit Individuel à la Formation,

- les conditions de réalisation des actions de formation souhaitées.

(cette liste n’est pas exhaustive)

Certains accords rappellent que l’objet d’un tel entretien est « de permettre aux salariés d’identifier les compétences nouvelles à acquérir ou à perfectionner en vue d’une maîtrise de son emploi ou d’une évolution professionnelle future, ainsi que les possibilités de formation et notamment les modalités d’utilisation du DIF ».

(Télécommunications)

Ces besoins en formation doivent tenir compte des « possibilités et besoins des entreprises ». ( Industrie pharmaceutique)

 

Quels sont les outils utilisés pendant  l’EP ?

-

Pourra bientôt être utilisé, pour la préparation des EP un « outil interactif multimédia d’évaluation des connaissances et compétences (E-Cographic) ».

Cet outil proposera des « tests d’évaluation et des parcours de formation adaptés aux besoins du candidat en vue de faciliter son accès aux examens professionnels ou à la préparation de diplômes du secteur dans le cadre d’une VAE ».

(Imprimeries de labeur et Industries Graphiques)

L’Entretien d’Evaluation et l’Entretien Professionnel sont-ils obligatoirement distincts ?

-

L’Entretien d’Evaluation (lorsqu’il existe) et l’Entretien Professionnel peuvent avoir lieu en même temps ou séparément.

(Industrie textile, Société d’assurances et inspection d’assurance, Transports aériens)

Quelles sont les suites de l’EP ?

à l’initiative du salarié, les actions prescrites au cours de l’entretien professionnel peuvent figurer sur une annexe de son passeport formation

« Les propositions émises lors de l’EP sont formalisées sur un support dont une copie est remise au salarié ».

(Télécommunications, Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire)

Le document peut également résumer les « points évoqués au cours de l’EP ». Il est cosigné par les deux parties ».

( Industrie pharmaceutique)

 

 

Il appartient aux entreprises de « définir les suites données aux propositions issues de l’EP » :

Exemples : communication des supports d’entretiens au service formation/relais RH du magasin, Directeur du magasin,… .

Ces propositions peuvent contribuer à la construction du plan de formation ».

(Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire)

Quelles sont les voies de recours du salarié ?

-

« En cas de désaccord sur les conclusions de l’EP, le salarié peut demander à être reçu par le Responsable de niveau supérieur ou un Responsable des Ressources Humaines ». (Société d’assurances et inspection d’assurance)

La mention « idem » signifie que l’accord de branche prévoit la même chose que l’ANI ou l’avenant du 8 juillet 2004

Il appartient donc aux branches et aux entreprises, aujourd’hui, de réfléchir à différentes questions :

-          Vaut-il mieux un entretien professionnel et/ou un entretien annuel ou un seul entretien global  (dans certaines entreprises, l’entretien annuel traite déjà des questions ayant trait à la formation du salariés)?

-          Est-ce au manager ou au responsable RH d’assister aux entretiens professionnels (le manager est un technicien, le RH est expert en formation => vers un élargissement de la fonction du manager ?)?

-          Quel procédure et support utiliser ?

-          Quelles suites donner à l’Entretien Professionnel : exploitation ? recours en cas de litige ?

-          Quid du passeport dans lequel indiquer, si le salarié le souhaite, les actions de formations préconisées (il est détaillé dans le même avenant que l’EP)?

-          Quel va être le coût de la mise en place des EP (en temps et argent_formation des personnes présentes à l’EP_) ?

-         

Selon la Fédération de la Formation Professionnelle, les branches et les entreprises sont très intéressées par l’Entretien Professionnelle, les accords de mise en place des EP devraient se multiplier dans les mois à venir (même en l’absence de signature de l’avenant du 8 juillet 2004) …

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
 
 
Accords de branches : premier bilan et perspectives, février 2005, http://www.ffp.org
Accès aux accords de branche cités : http://www.centre-inffo.fr/maq100901/ressources/listeAccords.htm
-          Accord professionnel du 9/09/2004 relatif à la formation professionnelle dans la branche du transport aérien (article 1)
-          Accord du 24/09/2004 relatif à la formation professionnelle, Télécommunications (article 9)
-          Accord professionnel inter-secteurs papiers cartons du 3/11/2004 relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie (titre 6)
-          Avenant du 24/09/2004 sur la formation professionnelle et la GPEC, Industrie Pharmaceutique (article 19.2)
-          Accord national du 12/10/2004 relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie, Imprimerie de Labeur et Industries Graphiques (article 12)
-          Accord du 14/10/2004 relatif à la formation professionnelle, Sociétés d’Assurances et Inspection d’Assurance (article 8)
-          Avenant n°9 du 9/06/2004 portant sur le titre XII « accès à la formation tout au long de la vie professionnelle », Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire (article 12.2)
-          Accord de branche relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie, Agents Généraux d’assurances (article 6)
-          Avenant du 13/09/2004 relatif aux objectifs, priorités et moyens de la formation professionnelle (article 7)
Accord National Interprofessionnel du 20 septembre 2003, http://www.medef.fr/staging/medias/upload/54925_FICHIER.pdf
Accord National Interprofessionnel du 5 décembre 2003, http://centre-inffo.fr/v2/cpnfp/NT327642.phtml
Avenant n°1 du 8 juillet 2004, http://www.medef.fr/staging/medias/upload/66921_FICHIER.pdf
Formation professionnelle : les avenants du 8 juillet 2004 sont ouverts à la signature , Alain Sionneau, http://www.medef.fr/staging/site/page.php?pag_id=24149
La lettre confédérale n°1114 du 22/07/04 : respect de la hiérarchie des normes , Alain Lecanu, www.cfecgc.org
Liaisons sociales : organiser le départ en formation des salariés, p16, juillet 2004
ANNEXES
 

Cet article a été lu  Hit Counter fois

 
Autorisation de reproduction de documents extraits du site Eur-lex de l'Union Européenne par autorisation de l'Office des publications officielles de la Communauté européenne en date du 21 mai 1999 ref: 99-cop-200
Copyright ã 2007 social conseil entreprise TRiPALiUM - Tous droits réservés. Toute reproduction , même partielle, de la page, par quelque procédé que ce soit ( électronique, photocopie, imprimante, bande magnétique, disquette, cd-rom ou autre ) est interdite sans autorisation par écrit de Yvan Loufrani  L'impression pour usage à titre privé et documentaire est autorisée