Quatre mois après la mise en œuvre de la loi,
un premier bilan s’impose :
Comment les
entreprises de travail temporaire, ont-elles en pratique expérimenté la loi
de cohésion sociale ?
Globalement elles
proposent toutes une offre complète en matière de ressources humaines en
misant sur leur savoir-faire. En effet, les entreprises de travail
temporaire ont déjà une expérience en matière de recrutement permanent car
20% à 30% de leurs missions d’intérim se prolongent par un contrat en CDD et
CDI. Les sociétés d’intérim s’adaptent à ce nouveau marché en proposant des
prestations sur mesure en fonction des besoins de leurs clients, un paiement
aux résultats et des délais de recrutement très courts.
Quelques
exemples :
L’objectif de
MANPOWER est d’offrir aux ouvriers, employés et professions intermédiaires,
un service équivalent à celui fournit aux cadres par les cabinets de
recrutement. Pour développer cette activité de placement, MANPOWER a
embauché des consultants spécialisés en recrutement. Pour satisfaire leur
clients et dans le but d’assurer une adéquation optimale entre le poste et
ses 314 000 candidats, MANPOWER à mis en place une méthode en 8 étapes : de
l’analyse du poste, en passant par le recrutement (présélection, test
psychotechnique et d’aptitude, entretien), accompagnement durant la période
d’essai et jusqu’à l’intégration du candidat. Elle dispose de nombreux
outils d’évaluation des compétences (langues étrangères, logiciels,…).
MANPOWER facture ses prestations aux entreprises sous formes d’honoraires.
Pour son offre de
placement, VEDIOR BIS a mis en place « RECRUTEO » avec ses 6 réseaux de
recrutement 100% spécialisés par métier ; elle dispose d’un vivier de plus
de 1 million de candidats. Elle mise sur son savoir-faire, sa réactivité et
sa proximité : 700 agences réparties dans toutes les régions de France.
RHI Intérim compte
faire du recrutement pour 10% à 15% de son activité et s’engage à fournir un
candidat dans un délai court de 48 heures à 1 semaine.
Quant à RANDSTAT
Intérim, elle dispose déjà de 100 000 candidats. Elle s’engage à satisfaire
ses clients dans un délai court de 72 heures. Elle développe son activité de
placement sur des métiers qu’elle connait bien tel que soudeur,
chaudronnier, électricien, chauffeur routier… Elle conserve cependant ses
méthodes de recrutement. Elle ouvre, par ailleurs, une entité nommée
RANDSTAD Professional spécialisée dans le recrutement de cadre.
ADIA renomme ses
464 agences « JOBSTORE » 1 900 emplois permanents y sont mobilisés. Tout en
conservant l’exclusivité du travail temporaire, la JOBSTORE accompagne le
candidat dans sa recherche d’emploi, son évolution de carrière, et tout au
long de sa vie professionnelle, l’aide dans ses besoins de formation et
d’orientation.
D’autre part, ces
prestations peuvent être demandées par L’UNEDIC et l’ANPE, qui rémunèrent
ces missions entre 3 000 et 6 000 euros, alors
qu’un accompagnement classique de l’ANPE ne coûte que 500 euros. Pour
compenser le cout généré par ces prestations, l’UNEDIC vise à réduire la
durée d’indemnisation du chômage à 5 mois et ainsi rentabiliser ces
opérations. Les entreprises de travail
temporaire ont ainsi une obligation de résultat.
Exemple de
convention entre l’UNEDIC et une entreprise de travail temporaire :
ADECCO à reçu pour
mission dans 4 départements de la région SUD, le reclassement de 2 OOO
demandeurs d’emplois indemnisés, qui alternent souvent les périodes
d’emplois et de chômage. Cette opération, nommée « ICARE », se déroule sur
18 mois et concerne aussi bien les actuels que les futurs demandeurs
d’emplois. Elle vise plus particulièrement les métiers du bâtiment, travaux
public, hôtellerie, transport et logistique. Pour mener à bien cette
mission, Adecco a réparti 5 équipes, chacune basée dans un « Centre de
développement professionnelle »(CDP). L’agence de travail temporaire mise
sur un accompagnement individuel : après participation à des réunions
collectives sur la base du volontariat, les consultants des CDP mettrons à
dispositions des demandeurs d’emplois, des méthodes de recherche d’emploi et
travaillerons ensemble sur un projet professionnel qui sera aussi validé par
l’ANPE. Chaque demandeur d’emploi sera suivi 9 mois. Dans le cas d’une
embauche, un suivi de 7 mois supplémentaires sera réalisé pour s’assurer
d’un reclassement durable. Selon les âges, Adecco percevra entre 3 600 et 5
600 euros par allocataire.
Quelles sont
les autres types de conventions qui ont été signées ?
Les sociétés
d’intérim n’étant pas seules à concurrencer l’ANPE, d’autres prestataires
privés contribuant au service public de l’emploi ont été sollicités.
|
|
Personnes
à
reclasser |
Public visé |
Durée du
reclassement |
Coût du
reclassement |
Régions |
|
INGEUS |
6000 |
Présentant des
risques de chômage durable |
10 mois
(+suivi de 7 mois) |
4300 €
par personne
6000€
pour les + de 50 ans |
Lille et Rouen |
|
APEC |
600 |
+ de 45 ans |
9 mois
(+ suivi de 6 mois) |
3000€
par personne |
Hauts-de- Seine
Alsace |
|
ALTEDIA
BPI |
1100 |
Chômeurs
présentant des risques de chômage de longues durées.
Cadres |
9 mois
(+ suivi de 6 mois) |
4000€
par personne
5000€
pour les + de 50 ans |
PACA |
Exemple :
INGEUS, société
privée Australienne basée à Lille, a signé une convention avec l’UNEDIC afin
de procéder aux reclassements de 6 000 demandeurs d’emplois, ouvriers et
cadres, de 18 à 58 ans. L’accompagnement des ces personnes intervient à
partir du troisième mois de chômage. Depuis sa mise en place, en Février
2005, Ingéus a reclassé 147 personnes sur 656 demandeurs d’emplois sur Lille
et Rouen.
Ingeus propose un
accompagnement individuel et intensif et fait signer à ses « Chercheurs
d’emplois » des contrats dans lesquels ils s’engagent à rechercher
activement un emploi. Ingéus est également soumis à l’obligation de
résultat : elle ne perçoit que 2 800€ au moment de la prise en charge du
chômeur, le solde est versé en fonction de la réussite du placement et
s’étale de l’embauche et jusqu’à 7 mois plus tard. Au total cela coutera à
l’UNEDIC 4 300€ et 6 000€ pour une personne de plus de 50 ans.
Les entreprises de
travail temporaires semblent réagir favorablement à la loi de cohésion
sociale de Jean-Louis BORLOO, certaines s’y étaient préparées
rigoureusement. Devant cette opportunité d’accroître leurs profits, elles se
sont déjà beaucoup investies pour assurer ce rôle de service public de
l’emploi. Cependant, on peut se demander si cette ouverture du marché de
placement aux entreprises privée aura des effets positifs sur la situation
du chômage en France ?