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 L’inter contrat
en Société de Service en Ingénierie Informatique Comment le gérer ?

Publié le : 12 juin 2005

Auteur : Deniz Duragnon

Autres articles du même auteur : L’inter contrat en Société de Service en Informatique (SSII)

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L’inter contrat en Société de Service en Ingénierie Informatique (période plus ou moins longue « d’inactivité »entre deux missions) ne possède pas de cadre juridique spécifique. (voir notre article du 15 mai 2005)
Comment protéger, alors, les intérêts de chacun sans repères légaux ? N’y a-t-il pas de risque d’abus de la part des employeurs et des salariés ?
   

L’inter contrat en Société de Service en Ingénierie Informatique (période plus ou moins longue « d’inactivité »entre deux missions) ne possède pas de cadre juridique spécifique. (voir notre article du 15 mai 2005)
 Comment protéger, alors, les intérêts de chacun sans repères légaux ? N’y a-t-il pas de risque d’abus de la part des employeurs et des salariés ?

Réponse du Bétor-PuB CFDT sur la question : « Quels sont mes droits en inter contrat ? »

Dans une interview de février 2003 pour le journal 01NET, Ivan Béraud, secrétaire général du Bétor-Pub CFDT (un des syndicats qui composent la CFDT) explique les raisons de l’édition d’une « plaquette » sur les droits et les devoirs du salarié et de l’entreprise dans une situation d’inter contrat :

« Depuis le dernier trimestre 2002, nous observons dans nos permanences une forte montée des questions émanant d'informaticiens en inter contrat. Fragilisés et mis en cause dans leurs compétences, ils nous interrogent sur leurs droits et devoirs. »

Ce document nous donne donc quelques éléments de réponses :

- Le salarié en inter contrat n’est pas « facturable », cependant il est toujours salarié de l’entreprise, l’employeur a donc le devoir de lui fournir une mission en adéquation avec ses compétences. Dans le cas contraire, « l’employeur n’exécute pas loyalement le contrat de travail et porte atteinte à la dignité » du salarié.

- En outre, le salarié doit être en possession d’un « ordre de mission » dans le cas où l’employeur lui demande de rester à domicile durant l’inter contrat.

L’ordre de mission est un document écrit fourni au salarié, lui indiquant son lieu de travail ainsi que les horaires officiels, les modalités de remboursement des frais, et les dates de mission.

Ceci permet, par exemple, au salarié d’être couvert en cas d’accident en dehors des locaux de l’entreprise ou encore de prouver sa bonne foi si l’employeur cherche à le licencier abusivement pour abandon de poste.

- En contrepartie, le salarié en inter contrat ne peut refuser un poste qui correspond à ses compétences. Cela constituerait alors une faute.

De même, le salarié est tenu d’accepter une mission exigeant une mobilité géographique si son contrat inclut une clause de cette nature. Un refus peut entraîner un licenciement pour cause réelle et sérieuse.

Enfin, concernant la prise de congés ou de RTT, l’employeur peut demander au salarié de poser des jours. Ceci dans les limites des accords de branche ou, à défaut, de la loi.

« L’employeur doit respecter les usages en vigueur dans l’entreprise quant aux modalités de prise de congé ».

Concernant les RTT, « Faute d’accord d’entreprise » l’employeur « peut (…) imposer la moitié des jours de RTT ».

Malgré ces quelques règles que nous rappelle le Betor-Pub CFDT, les risques d’abus restent possibles.

Un exemple : le licenciement.

Dans un article de 01net.com du 5 janvier 2004, une enquête révèle que certaines SSII utilisent l’inter contrat comme motif de licenciement. En effet, faute de cadre légal, quelques sociétés de service en informatique cherchent le moyen le plus rapide et le moins coûteux pour remédier au problème de sureffectif.

Ainsi, les auteurs de cette enquête nous informent que :

« Historiquement, les SSII traitent le « problème » à un niveau individuel. Ce qui se traduit par des départs négociés, mais également par des démissions forcées, voire des licenciements abusifs pour refus de mission ou insuffisance professionnelle. »

Le Syntec informatique, quant à lui, propose une solution qui pourrait donner une légitimité au licenciement des salariés en inter contrat :« l’inadaptation au marché »(Cf. article de 01net.com du 23 octobre 2003). En d’autres termes, si, selon l’employeur, les compétences du salarié ne sont pas en adéquation avec les besoins du marché, il pourrait sur ce motif être licencié.

Cette proposition est-elle valable ?

Aurore Guido-Deaïbes, avocate à la Cour au cabinet Bersay & Associés, en fait le commentaire suivant :

« Arguer de l'inadaptation aux compétences du marché est risqué en raison de la difficulté à définir cette notion. C'est, de plus, inutile, puisque l'entreprise a déjà à sa disposition des outils suffisants avec les licenciements pour motif économique et insuffisance professionnelle. »(www.01net.com; Dossier octobre 2003)

Enfin, un autre motif utilisé par les SSII pour justifier les licenciements est le critère de qualification ou de qualité professionnelle.

Ainsi, la direction d’EDS France avait comme projet de mettre en place de tels critères comme « la maîtrise de l'anglais ou... l'absence de reproche dans les douze derniers mois ». Jean-Louis Viatgé, délégué syndical central CFDT de EDS France nous donne son analyse à ce sujet : « Ces critères ne sont pas à proprement parler juridiquement contestables, mais c'est surtout la façon dont on va les appliquer qui pourrait l'être de façon subjective. Notre sentiment est que la proposition actuelle manque de "bornes"  » (www.01net.com; Enquête janvier 2004)

Ces « bornes », comme nous le dit Monsieur Viatgé (www.01net.com; Enquête janvier 2004), existent. Notamment grâce au droit du travail et à la jurisprudence. En effet, l’article L321-1-1 du Code du travail stipule que l’employeur doit prendre en compte plusieurs critères pour déterminer l’ordre des personnes qu’il projette de licencier. Il doit prendre en compte, au moins, les critères suivants : « charge de famille, ancienneté, situation des salariés dont la réinsertion est particulièrement difficile, qualité professionnelle ».(Cf. http://prudhommesisere.free.fr/licenceconomique/dossierlicenciemeco2.htm#ordre).

Un cas de jurisprudence :

L’article du code du travail cité ci-dessus est renforcé par un arrêt de chambre sociale de la cour de Cassation du 16 septembre 2003 (pourvoi n°01-40349).

En effet, par cet arrêt, la cour de Cassation a condamné la Société Ermise à verser à quarante deux de ses salariés des dommages et intérêts pour ne pas avoir communiqué « les données objectives précises et vérifiables sur lesquelles elle s'était appuyée pour arrêter son choix de licenciement ».

La cour a statué ainsi au détriment de l’employeur :

« Mais attendu, d'abord, que l'employeur doit communiquer au juge les données objectives, précises et vérifiables sur lesquelles il s'est appuyé pour arrêter, selon les critères définis pour déterminer l'ordre des licenciements, son choix quant aux personnes licenciées pour motif économique ; que la cour d'appel, qui a relevé que les éléments apportés consistaient seulement en affirmations ou en appréciations générales ne permettant pas de vérifier le respect desdits critères, à légalement justifié sa décision (…) par ces motifs rejette le pourvoi ».

Nous constatons donc qu’il existe quelques repères légaux concernant la gestion de l’inter contrat en SSII. Cependant, la réglementation reste faible et laisse la porte ouverte aux abus de toutes sortes.

 

SOURCES - BIBLIOGRAPHIE
   

www.01NET.com:

Dossier d’octobre 2003 : « Les sept propositions du Syntec » Olivier Discazeaux et Xavier Bizeul

Enquête de janvier 2004 : « SSII : les ingénieurs en intercontrat, premières victimes des plans sociaux » Clarisse Burger, Olivier Discazeaux et Xavier Bizeul

www.betor-pub.fr (cfdtdevoteam.free.fr/Documents/Intercontrat.pdf)

www.legifrance.org

www.prudhommesisere.free

ANNEXES
 

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