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« La cohésion sociale renouvelle notre
conception de la politique de l’emploi. Il faut un équilibre plus propice à
la base du chômage de longue durée et à la création d’emploi : une prise en
charge collective plus efficace des chômeurs, un marché du travail plus
fluide…La « flex-sécurité » danoise constitue une source d’inspiration
privilégiée pour mettre en place des solutions novatrices, reposant sur un
compromis entre une politique du marché du travail plus fluide et la
sécurité des individus. »
Voici des extraits du projet de la loi de cohésion sociale de
Jean-Louis BORLOO qui me permettent d’introduire cette présentation de la « flex-sécurité »
au Danemark. Nous allons examiner le contexte social, les dispositifs
existants et en déterminer les atouts et limites.
Avant de commencer, il est bon de rappeler le bilan au niveau du taux de
chômage : il a baissé de 9,6% en 1993 à 5,6% en 2003.
Ce système est basé sur deux concepts :
la flexibilité du marché du travail et la sécurité pour les
demandeurs d’emplois.
Examinons en premier lieu la structure du marché du travail.
« Une collaboration pragmatique
tripartite historique existe entre les salariés, les organisations
patronales et l'Etat - tous convaincus qu'un marché du travail fluide et une
économie saine sont les conditions sine qua non de toute avancée sociale. Le
marché décide du social et non l'inverse » (Anna Stellinger du Société
Civile N° 40 octobre 2004)
Il y a très peu d’intervention de la part
de l’Etat.
Le cadre législatif est à minima : pas de
fixation de salaire minimum, pas de durée légale du travail, il ne sécurise
pas le droit de grève et n’impose pas de modèle pour les contrats de
travail.
Il existe une tradition de négociation entre l’employeur et les
salariés.
80% des salariés étant syndiqués, les organisations syndicales jouent
donc un rôle essentiel.
Le slogan suivant résume bien la flexibilité
du marché du travail :"Il faut laisser l'employeur libre d'embaucher et
de licencier »
En principe, la législation danoise présume
que les parties sont libres de mettre fin à un contrat de travail lorsqu’ils
le désirent. Le tableau ci-dessous reprend les conditions de licenciement.
Ancienneté
Indemnités de licenciement
Préavis
0 à 12 ans
Pas d’indemnités
en fonction de la convention collective de quelques jours à
plusieurs mois
12 à 15 ans
1 mois
15 à 18 ans
2 mois
18 ans et plus
3 mois
Pour les
travailleurs qui ne sont pas couverts par une réglementation sectorielle ou
par une convention collective, il n’existe pas de règle générale sur le
préavis nécessaire à un licenciement. L’employeur et l’employé peuvent
convenir d’une période spécifique dans le cadre d’un contrat de travail.
Le haut taux
de syndicalisation au Danemark (80%) fait en sorte que la réglementation
sur le licenciement se négocie essentiellement dans le cadre des accords
collectifset, plus particulièrement, dans le cadre des «
accords de base » (Hovedaftaler). L’accord de base survient entre un
employeur et un syndicat et dure généralement plus longtemps que les
conventions collectives conclues sur une base sectorielle. Le principal «
accord de base » en vigueur est celui conclu en 1973 entre la Confédération
des syndicats danois (LO) et la Fédération des employeurs danois (DA). Cet
accord sert de base à toutes les conventions collectives concluent entre les
deux organisations.
La plupart des
accords de base incluent également des protections contre les licenciements
abusifs. Ainsi, ils spécifient qu’un licenciement doit se faire sur la base
de motifs « raisonnables ». Pour mettre fin à un contrat de travail, un
employeur doit donc donner des raisons sérieuses concernant le travail de
l’employé ou encore invoquer des motifs économiques crédibles. Un employé
qui se considère victime d’un licenciement abusif peut porter plainte à un «
tribunal du licenciement » (Afskedigelsesnævn). Si le tribunal considère que
les raisons du licenciement ne sont pas suffisantes, il peut exiger une
réparation qui dépend d’une série de facteur comme le salaire de l’employé,
le nombre d’années d’ancienneté ou les circonstances du licenciement. Le
tribunal peut également décider que l’employé doit retrouver son emploi.
Dans le cadre des licenciements
collectifs, le Danemark a mis en œuvre la directive européenne qui
spécifie qu’il y a licenciement collectif du moment où, à l’intérieur d’une
période de 30 jours, une entreprise entre 20 et 100 employés met à pied 10
personnes ou plus. Pour une entreprise entre 100 et 300 employés, le
seuil pour obtenir un licenciement collectif est de 10% du personnel.
Pour faire un licenciement collectif, un employeur doit informer les
représentants des employés et donner par écrit les raisons qui l’amènent à
procéder au licenciement et le nombre d’employés qui seront licenciés.
La consultation avec les employés vise à déterminer s’il est possible
d’éviter le licenciement ou d’en amoindrir les conséquences, par exemple, en
replaçant les travailleurs à l’intérieur de l’entreprise ou en leur versant
des indemnités. Une période de 30 jours est nécessaire entre l’annonce du
licenciement et le licenciement lui-même. Un employeur qui ne respecte pas
ces directives peut encourir une pénalité.
Environ 30% des salariés changent d’emploi dans l’année.
La « job rotation » réduit le chômage de longue durée et les entreprises
profitent de cette liberté pour embaucher. Elles savent qu’elles pourront
licencier un salarié sans trop de difficulté. Les embauches se font surtout
dans le secteur privé.
En deuxième lieu, attardons-nous sur les droits et devoirs des
chômeurs.
Il est considéré comme une « une personne active et responsable,
ayant droit à un certain nombre de formations et d'aides, tout en étant
soumise à des règles strictes : celui qui ne les respecte pas sera très
lourdement pénalisé par une suppression ou un difficile renouvellement de
ses allocations »( Anna Stellinger du Société Civile N° 40 octobre 2004)
L’assurance chômage est un système volontaire et tenu par 35 caisses
privées, agrées par l’Etat et administré avec ou par les syndicats.
Les chômeurs perçoivent des allocations à hauteur de 90% de leur dernier
salaire dans la limite d’un plafond établi au niveau national pour une durée
maximale de quatre ans, sans dégressivité.
Pour ceux qui ne bénéficient pas de ce régime d’assurance-chômage, il
existe un système basé sur une aide sociale municipale qui les prend en
charge à condition de se former et de rechercher un emploi.
Des programmes « d’activation » obligatoires sont mis en place
pour les chômeurs pendant les six premiers mois. Il s’agit de
périodes où ils sont incités à rechercher activement un emploi. Cela se
traduit par des formations ou des stages en entreprises ou dans des
organismes publics. Il y a environ 500 000 personnes en « activation »
chaque année en se basant sur une période de 6 mois.
Les allocations ne sont versées qu’à la condition de respecter le
programme d’activation et des contrôles stricts sont exercés pour vérifier
la démarche.
Au Danemark, l’activation est contestée dans le sens où elle ne serait
pas la cause de la baisse du chômage. Anne STELLINGER nous en donne les
raisons :
« Lors des premières réformes, une partie importante des chômeurs a
été radiée des statistiques du chômage avec la possibilité, pour de nombreux
employés âgés, de partir en pré-retraite. Ensuite, des leave schemes ont
permis de remplacer temporairement les employés en congé ou en formation par
des demandeurs d'emploi. En d'autres termes, il s'agit d'une réduction du
chômage immédiate qui ne peut pas être expliquée par l'activation. Quant à
l'activation proprement dite, celle-ci ne conduit pas automatiquement à une
réduction du chômage. Dans une expérimentation empirique sérieuse, K.
Langager présente quelques résultats déroutants (Ledige på Kursus, Rapport
96 : 9, Socialforskningsinstitut) : le groupe de chômeurs ayant suivi des
formations a éprouvé plus de difficultés à trouver un emploi stable que le
groupe n'ayant suivi aucune formation (taux de réussite : écart de 5
points). Au Danemark, on parle d'ores et déjà d'une meningsløs aktivering
ou "activation stérile »
La période de chômage est d’environ de 6 mois
Selon les partenaires sociaux, il y aurait des effets pervers :
l'exclusion de certaines catégories
« Les chefs d’entreprises ne veulent pas des personnes qui ne sont pas
employables à 100%, comme les plus âgées, les réfugiés ou les immigrés »
relève Hans Jensen, secrétaire général de la puissante confédération des
syndicats danois LO.
Ce modèle "miracle" a un coût fiscal important : le taux d'imposition
est supérieur à 50%.
A compter de 1993, le Danemark a aussi accompagné sa politique d'emploi
de réformes fiscales qui ont conduit à une baisse des impôts sur les
sociétés et de l'impôt sur le revenu, ce qui explique en partie le succès de
la « flex-sécurité ».
Dans quelle mesure peut-on appliquer ce modèle en France ?
Le "miracle" danois repose sur la conjonction du pragmatisme des
syndicats, de la fiscalité allégée, de la fluidité du marché du travail et
de "l'activation" des chômeurs. Il faudra veiller à respecter cet équilibre
entre la flexibilité et la sécurité et éviter de privilégier un aspect
particulier de ce cocktail danois.
Le plan Borloo et le modèle danois : une délicate question de dosage
Les Echos du 10/11/2004 Hervé NOVELLLI et Anna STELLINGER
La « flex-sécurité », une recette qui intéresse la droite
Le Monde 10/11/2004 Rémi BARROUX
Le "miracle" danois : un modèle pour la France ?
Anna Stellinger du Société Civile N° 40 octobre 2004
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