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Par Cedric
Durth |
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Changement
de cap au Japon
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Le Japon, plongé dans un marasme économique depuis une décennie,
est un géant qui montre des signes de faiblesse : le " modèle
japonais " ne répond plus aux problématiques actuelles du
marché. Ce modèle qui a fait de ce pays la deuxième puissance
économique mondiale, est contesté de l'intérieur comme de
l'extérieur si bien que le Japon se voit dans l'obligation de réviser
son système de management. Les " salarymen
", cols blancs Japonais, sont aujourd'hui pris dans la tourmente
d'un changement qui se veut révolutionnaire. Des
certitudes comme l'emploi à vie, l'obéissance et la prédominance du
groupe sur l'individu sont vouées à s'effacer au profit d'un modèle
plus américain basé sur la reconnaissance individuelle et la course au
résultat.
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Penchons-nous sur ces cols
blancs à travers un exemple fictif.
Monsieur Nakamura a 34 ans et travaille pour la même entreprise depuis
qu'il a été diplômé de l'université économique d'Hiroshima à
l'âge de 24 ans.
Comme tous les matins depuis 10 ans, il part à 7 heure pour
s'engouffrer dans les transports en commun où il terminera sa nuit
jusqu'à 9 heure. Il n'aura entr'aperçu ses enfants que 20 minutes
aujourd'hui…
Monsieur Nakamura travaillera à son bureau 11 heures durant en ayant
pris soin de s'accorder un maximum de 30 minutes pour déjeuner.
Dans un souci d'éthique, il ne quittera son lieu de travail
qu'après son supérieur hiérarchique : question de principes !
Ressentant l'envie légitime de décompresser après une dure
journée, et avant de reprendre le train pour rejoindre sa femme qui
l'attend, il se joindra naturellement à ses collègues autour d'un
verre.
Une heure pendant laquelle Monsieur Nakamura s'affranchira de sa
frustration quotidienne qu'il finira d'expliquer au chauffeur de taxi
qui le dépose à la gare à moitié ivre. En véritable machine de
travail, Monsieur Nakamura enchaînera des journées comme celle-ci
toute sa vie professionnelle à l'exception des vacances qui lui sont
accordées : 15 jours de congés payés qu'il
n'acceptera pas de prendre en totalité par dévouement à son
entreprise.
Monsieur Nakamura vit la vie de " monsieur tout le monde " à
l'exception près qu'il aspire à un poste avec plus de
responsabilités. Aujourd'hui il exécute des directives alors qu'il
souhaiterait insuffler des idées neuves…chose qu'il lui est
impensable de réaliser avant d'avoir 45 ans.
En effet, la promotion ne s 'effectue qu'à l'ancienneté : bien
que réalisant un travail irréprochable et doué d'une motivation sans
faille, il ne peut pas prétendre à une évolution de carrière. Contacté
par un chasseur de têtes qui lui propose un poste dans une autre
entreprise conforme à ses aspirations, il réfléchit à la suite de sa
carrière. Monsieur Nakamura ne voit pas la
mobilité comme une opportunité mais comme une prise de risque, un
manque cruel de loyauté vis-à-vis de son employeur.
Il sait néanmoins que la conjoncture n'est pas favorable dans
l'entreprise où il travaille : nombreux départs en préretraite pour
éviter dans la mesure du possible des licenciements secs.
Il y a donc de forte chance pour que Monsieur |
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Nakamura brise un tabou et démissionne de
son poste actuel parce que cette décision lui est favorable.
La reconstruction d'une économie et l'effritement d'un modèle n'est
pas sans conséquence.
Les salarymen, soumis à une pression constante travaillent toujours
plus jusqu'à ce que le corps dise " stop
". C'est le " karoshi " :
mort par épuisement au travail (hémorragie cérébrale ou spasmes
cardio-vasculaires) faute d'avoir pu récupérer.
Aujourd'hui c'est un phénomène de société que Monsieur Nakamura
n'ignore pas.
Bien au contraire. Un collègue est décédé d'un infarctus provoqué
par le stress l'année dernière : il n'avait pas 50 ans. Pis encore,
le nombre de suicides fait peur : 30 000 l'année dernière. L'un
des plus hauts taux du monde que se soit chez les jeunes où dans la
population active. Un suicide sur trois est directement lié à la
restructuration de l'économie.
Monsieur Nakamura le voit tous les jours en traversant le parc en
sortant du train : des dizaines de salarymen proche de la retraite,
licenciés, errent toute la journée en prétendant qu'ils sont allés
travailler. Trop fiers d'avouer à leurs femmes, de devenir
dépendants, ils ne diront rien en espérant que la situation changera
le plus rapidement possible…combien de temps
tiendront-ils avant de se sentir trop honteux et se suicider ?
Juste le temps d'avoir épuiser le montant du crédit qu'ils se versent
à eux-mêmes tous les mois pour simuler les mouvements de paie… On ne
trace pas un trait sur un système de valeur mais on peut le changer
avec le temps. C'est pourquoi il est préférable de parler
d'évolution du système japonais et non de révolution. Changer
radicalement les mentalités n'est pas au goût de tout le monde, mais
un nouveau cap se dessine. Les contraintes économiques et
sociales poussent les entreprises à se diversifier rapidement
favorisant ainsi une gestion des hommes " à
l'Américaine ". Monsieur Nakamura, qui fait aujourd'hui
figure d'exception, pourrait bien d'ici peu être un exemple à suivre.
Masahiro Noguchi, directeur d'Adecco Career Staff de Tokyo (bureau
d'outplacement) en est convaincu : son chiffre d'affaires augmentera de
50% fin 2002. Une tendance qui favoriserait
d'autant plus la formation qui finira de rendre la notion d'ancienneté
obsolète au Japon. |
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| Sources |
- Expérience personnelle : 1
an et demi en immersion totale au Japon.
- Interview de Takeshi Kitano (acteur/réalisateur) diffusée sur NHK.
- Les Echos : Japon, la relève vendredi 1 mars 2002 (Barroux
David). Au Japon, tout change mais rien ne change mardi 1 octobre 2002 (Barroux
David). Le Japon révise son modèle mardi 3 septembre 2002 (Barroux
David). - Richard Katz : Japan : The system that soured, 1998 ME sharpe. |
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