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Par Charlotte
Gausseres et Delphine Schuttt |
Fusion
: le fabuleux destin du capital humain
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" Aucune société ne passe plus de cinq ans
sans qu'intervienne une restructuration, une fusion ou une Offre
Publique d'Achat (OPA) qui implique parfois des dizaines de milliers de
salariés " souligne Jean-Paul Choquel, président de KPMG
Consulting France. En effet, du début des années 90, jusqu'en 2000,
nous avons assisté à une vague de méga fusions qui aujourd'hui
donnent des résultats mitigés menant même parfois à des divorces. Même
si l'année 2002 laisse place à des transactions plus prudentes, mieux
préparées et mieux accompagnées, le cas actuel HP-Compaq montre avec
leur vague de licenciement qu'il reste encore du travail à faire au
niveau de la Gestion des Ressources Humaines. Ainsi, nous allons
traiter le sujet non pas en différenciant les divers types de
restructurations mais en les considérant, toutes confondues comme
facteur de changement qu'il faut savoir mener et communiquer aux
salariés.
Nous allons vous soumettre quelques recommandations, dans
un premier temps, pour annoncer et appliquer un plan de bataille
afin de conduire le changement, puis dans un
deuxième temps, comment concilier les intérêts des
actionnaires et la satisfaction des salariés.
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| 1.
La recette d'une restructuration réussie.
Quatre ingrédients sont indispensables pour sa réalisation :
1. Etude préalable
Avant de mettre en branle la grande machine de la fusion, il faut
en amont, réaliser une étude financière afin de connaître la santé
économique de son partenaire mais également un audit social dans le
but de préparer le management de la nouvelle équipe. Malheureusement
cet état des lieux de l'encadrement supérieur et des hommes clés est
encore très peu pratiqué.
Celui ci réalisé par un cabinet extérieur est donc neutre et
permettrait de pouvoir s'appuyer sur un groupe de pilotage interne
compétent qui conduira le changement.
En effet la neutralité est essentielle pour apprécier des
compétences respectives des équipes souvent liées d'ailleurs aux
points forts des deux équipes, préalablement identifiés. L'audit
social est cependant difficile à réaliser avant la signature de
l'accord, à cause des contraintes de confidentialité. On a donc du
mal à connaître le portefeuille, le climat social, les habitudes de
management du futur partenaire. Il n'est pas non plus aisé de
commencer à travailler sur la nouvelle structure.
Ces obstacles ne doivent pas pour autant anéantir tout projet d'audit
car il faut arriver à détecter les gros problèmes avant la signature
du contrat.
Afin de choisir et retenir les meilleurs collaborateurs, la méthode
varie selon les cabinets. L'évaluation peut être faite à partir
d'informations publiques traitées par des bases de données ou reposer
sur des entretiens individuels menés par les consultants. Une fois ce
nouvel organigramme composé, il faut convaincre les élus de rester.
Pour ceci, une communication personnalisée adaptée aux cadres doit
être mise en place, et des avantages financiers proposés. Mais
attention ces "menottes dorées " sont utiles mais pas
suffisantes, il faut pouvoir proposer aux collaborateurs choisis des
statuts et des modalités de management intéressants.
2. Rapidité et qualité des premières
nominations
Cet audit préalable permettra de prendre des décisions qui
couperont court aux rumeurs et inquiétudes générées par le processus
de changement en marche. La vitesse de nomination des nouveaux de cadres
dirigeants évitera de perdre les meilleurs éléments. La
définition en commun du profil des postes permet de ne pas tomber dans
l'écueil du copinage. La constitution des nouvelles équipes de
direction représente un véritable exercice d'équilibriste car il
s'agit de trouver une alchimie entre les deux groupes qui satisfasse le
plus de personnes. Le schéma perdant/gagnant doit à tout prix être
évité. Il faut mener une communication transparente, privilégier
"le parler vrai ". Pour cela on peut créer une cellule
de communication spéciale et nommer un coordinateur. Des journaux et
des sites intranet peuvent également être mis en place. C'est ainsi
que Carrefour a créé " Ensemble " et Go-sport " Esprit
d'équipe ". Chez Aventis, un suivi individuel est étendu à tous
les salariés depuis que la fusion est engagée, des médecins du
travail suivent les personnes qui en ont besoin.
3. Associer les managers à la stratégie
Il faut les faire travailler ensemble sur des projets ciblés et
constituer des groupes de travail mixtes, chargés de réfléchir sur la
stratégie du futur groupe, pour réduire le risque d'incertitude et de
crainte face au changement puisque ce sont eux qui le conduisent. Les
managers de proximités impliquées dans le processus mettront en place
les outils nécessaires à la réalisation de la stratégie du groupe.
Ainsi, chez Aventis 3000 personnes sont impliquées dans 250 groupes de
travail, souvent pilotés par les futurs managers des projets, qui
échangent sur trois grandes questions stratégiques :
Que faire ? Comment ? et Avec qui ? .
Cependant, souder les équipes originaires de firmes différentes est
une tâche longue et difficile car il faut accorder les différentes
cultures d'entreprises. Dans la fusion Rhône-Poulenc Agriculture avec
Agrevo, les salariés de la filiale allemande, plus nombreux,
attendaient un patron allemand et un siège en Allemagne, au lieu de
ça, ils ont eu un patron français et un siège à Lyon. Comme les
nouveaux venus craignent pour leur avenir, il faut que les managers
prennent le temps de gérer les frustrations et interrogations afin de
mener à bien le changement.
Pour "souder les troupes ", le nouveau groupe peut
organiser pour les managers pilotes de projets des visites, séminaires
dans des cadres conviviaux et des soirées de prestige. Au programme
: un mélange des cultures, des entreprises, des métiers et des
fonctions qui permet au groupe de se doter d'une identité. Chez
Aventis, quelques semaines après la fusion, 200 personnes se sont
réunies à Cannes pour un séminaire sur le cinéma. Chacun des 20
groupes formés, réalise son film. Cette forme de réunion supprime les
barrières hiérarchiques et favorise le débat sur le sujet de la
nouvelle société et ses valeurs.
4. Maintenir une concertation permanente en
étant sur le terrain.
Georges Santini, directeur de la communication chez Aventis
CropScience, a déclaré que dans une période d'intégration, il y
avait forcément des hauts et des bas, mais qu'il fallait, à tout
moment être |
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sur le terrain et occuper l'antenne au
maximum. Il faut très rapidement faire les annonces aux salariés,
qu'elles leur plaisent ou non (localisation des sièges et des équipes,
centre de recherche que l'on garde et ceux dont on se sépare…). La
communication interne dans les deux entités du nouveau groupe doit
être coordonnée dans un but de transparence et d'équité. Les
partenaires sociaux doivent être associés le plus rapidement possible
au changement afin d'éviter tout risque de conflits pouvant perturber
le mise en place de la nouvelle organisation.
Le tout est maintenant de savoir quel est le moment opportun pour
informer le personnel : pas trop tôt pour
ne pas entraver la confidentialité de l'accord, ni trop tard afin
qu'ils puissent participer aux négociations.
2. Jusqu'à quel point impliquer les
salariés dans le processus ?
Droit à l'information des salariés
Les salariés ne veulent plus être tenus à l'écart lors des
opérations de fusion. Leurs représentants réclament un véritable
pouvoir. Le gouvernement Jospin a fait un premier geste en leur
faveur avec le projet de loi sur les nouvelles régulations économiques
discuté à l'Assemblée Nationale le 2 avril 2000. Il renforce
l'information du CE qui pourra auditionner le dirigeant du groupe
candidat au mariage.
Lionel Jospin a tiré des leçons des événements économiques de
l'année 1999 et notamment de l'affaire TotalFina/Elf. Les salariés ont
apprit la nouvelle par les médias, ils ont donc été mis devant le
fait accompli. " Nous avons appris l'Offre Publique d'Echange
(OPE), par la radio ", déclare Marie Françoise Guillaume,
déléguée CDT de Total Fina. Elle ajoute "bien sûr le comité
central d'établissement a été consulté mais quel avis donner sur une
décision déjà prise ? " L'information s'est faite après coup,
réduisant la marge de manœuvre des syndicats.
Malgré cela le projet de loi reste en suspens.
La principale mesure vise à renforcer le droit des salariés en cas
d'OPE ou d'OPA. L'objectif annoncé est de rendre le système financier
français plus transparent pour que les opérations financières ne se
fassent plus en laissant les salariés de côté.
Deux dispositions figurent essentiellement dans le texte :
Lorsqu'une entreprise lancera une OPA ou OPE, elle devra d'abord
informer le CE de la société cible de son projet industriel en lui
adressant dans les trois jours suivant sa publication la note
d'information visée par la COB.
Cette information demeure cependant très
limitée.
En effet aucun délais précis n'encadre la
réunion du comité prévu par l'article L.432-1 et l'initiateur de
l'offre n'est pas tenu de déférer à l'invitation du CE, les sanctions
ne sont pas forcément dissuasives.
Par ailleurs, le CE pourra demander à entendre le chef d'entreprise
ayant lancé une offre en le prévenant trois jours avant. En
cas de refus du dirigeant et c'est là une nouveauté, une sanction est
prévue : la société initiatrice de l'offre ne pourra exercer les
droits de vote attachés aux titres de la société qu'elle souhaite
racheter. Cette proposition n'est pas complètement nouvelle
puisque l'information des salariés est déjà prévue par le Code du
Travail. Depuis 1982,le CE doit, en effet, être informé et
consulté sur les modifications de l'organisation économique ou
juridique de l'entreprise. Son avis est toutefois purement consultatif
et il n'est pas question d'un droit de veto. En cas d'absence de
consultation du CE, la société peut être accusée de délit d'entrave
à l'exercice régulier du fonctionnement du CE et le chef d'entreprise
encourt un emprisonnement d'un an et /ou une amende de 3 800€. Mais
cette procédure se heurte souvent à une réalité très complexe.
D'abord parce qu'une fusion est toujours préparée en petit comité.
L'effet de surprise étant important surtout en cas d'offre hostile,
l'information des représentants du personnel n'est faite qu'à la
dernière minute. Il est vrai qu'informer les salariés en priorité
n'est pas non plus sans danger : l'entreprise risque des fuites auprès
des marchés financiers et un possible délit d'initié.
Ce projet de loi sur les nouvelles régulations économiques est
donc plutôt bien accueilli. Il va, en effet dans le bon sens mais reste
à savoir à quel moment informer le personnel. De plus le chef
d'entreprise ne sait pas toujours comment tout va se dérouler et
notamment sur le plan social. Et surtout il n'a pas envie de tout
dire… Les syndicats restent d'ailleurs sur leur faim estimant que le
texte est trop vague. Cependant il s'agit d'un premier pas vers un
renforcement du poids des salariés dans la vie du groupe. Car l'enjeu
qui se profile derrière un tel texte est : la participation à la
stratégie de leur entreprise.
Le facteur humain est un point clé de la réussite d'une fusion,
il faut savoir préparer le changement et y impliquer au moment propice
les salariés des deux groupes afin de garder les forces vives de
l'entreprise. " Notre village planétaire a un besoin de
pluralité et diversité culturelle et la puissance d'une entreprise se
mesurera demain par son degré d'écoute, de culture et de créativité.
" plaide Jean-Louis Mullenbach, président du Groupement des
Associations Professionnelles de la Finance (GPF). |
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| Bibliographie
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| " Fusions
acquisitions, les salariés demandent des comptes " Entreprise
et carrières N°523 du 04 au 10 avril 2000 p9 et 10 ¨ " Les
clés d'un mariage réussi " Les Echos N°18631 du 9 avril 2002
p1 ¨ " Fusions : comment limiter la casse ? "LSA
N°1773du 20 juin 2002 p68-69 ¨ " Les géants changent de peau
"Enjeux février 2000 p56-58
Mémoire 3ème année de Gaurel Cécile " En quoi le
facteur humain est un des facteurs clés du processus de fusion et
comment l'aborder pour que la fusion réussisse ? " Escem 2001 |
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