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Par Marie Durand

 Cadres, sur quoi vous juge t-on ?


C'est un fait, la vie de cadre est aujourd'hui en perpétuelle évolution et dans un contexte énormément tourné vers les compétences, vous devenez la cible et le centre de préoccupation principal des DRH. Les cadres sont de plus en plus qualifiés et avec des champs de compétences de plus en plus diversifiés, quelles soient techniques, relationnelles ou encore organisationnelles. Tous ces différents savoir, savoir-faire et savoir-être que vous possédez doivent être justement validés, appréciés et contrôlés par les entreprises qui recherchent bien évidemment qu'à ne garder que les meilleurs éléments, ceux qui sauront au mieux développer leurs aptitudes. Il est donc impératif pour les entreprises de procéder à des évaluations de compétences afin de pouvoir gérer efficacement les ressources en hommes. Mais qu'attendent les DRH de vous ? Sur quels critères vous jugent-ils ? Comment évaluent-ils vos compétences ?

Et surtout comment vous y retrouver, et savoir vous valoriser dans les différentes méthodes dont ils disposent ? L'évaluation des compétences peut se faire de différentes manières : la réputation, les pratiques quotidiennes de management, les centres d'évaluation ou " Assesment Center " ainsi que les entretiens individuels de fin d'année. Mais il est important de ne pas confondre cette évaluation avec le bilan de compétences. La pratique du bilan de compétences, devenue une pratique institutionnalisée depuis la loi n° 91-1405 du 31/12/1991 et dont le décret du 02/10/1992 vient fixer les modalités de mise en œuvre, regroupe les tests analogiques, mais aussi les entretiens individuels de fin d'année et éventuellement les " Assesment Centers ". Il est important de noter que ces méthodes ne sont pas nouvelles, mais qu'il existe un réel développement de la psychologie des examinateurs qui rend les évaluations souvent plus objectives et efficaces. Grâce à des concepts plus précis et définissant bien ce que l'on évalue, les instruments utilisés sont aujourd'hui plus fiables. De plus, les organisations syndicales veillent : " Pour nous, la question des compétences s'appréhende au sein de l'entreprise et l'organisation syndicale doit veiller à ce que l'appréciation porte bien sur l'activité de travail et non sur l'individu lui-même ", explique Jean-Jacques Briouze, CFE-CGC.
Mais que vous demande-t-on exactement?

Les qualités relationnelles sont souvent misent au devant de la scène. Une très grande capacité d'écoute est généralement recommandée et le travail en équipe prend une importance capitale. En effet, même s'il existe deux dimensions de compétences, les individuelles et les collectives, il devient de plus en plus difficile de devenir compétent seul. Les compétences individuelles forment une base à la coopération et les compétences collectives enrichissent chacun sur le plan de ses compétences individuelles. Un bon cadre doit aussi savoir capitaliser sur l'expérience de ses pairs, communiquer en privilégiant un bon feeback de l'information, faire preuve de persuasion, avoir l'esprit ouvert et gagner en leadership. Enfin, une approche globale de son poste et une maîtrise de soi évidente paraissent primordiale. Observons tout d'abord la méthode analogique des bilans de compétences. Celle-ci permet de restituer une situation proche de la réalité, bien qu'elle estime les compétences de façon assez limitée dans le temps. Elle peut se traduire de plusieurs manière : des situations de groupe " sans leader ", avec des personnes effectuant une tâche donnée dans un temps donné, des tests " In-Basket ", " In-Tray " ou " Corbeille papier " détaillés plus tard, et autres jeux de rôle où un complice joue un rôle dans la mise en situation. Il est enfin possible que l'on vous demande plus simplement de présenter un sujet, rapport ou dossier sur un thème au choix. Abordons maintenant les pratiques d'évaluation de compétences, pouvant pour certaines faire également usage de bilan de compétences, selon la manière dont elles sont pratiquées et surtout selon leur but final. La pratique de la réputation comme outil d'évaluation revient simplement à ce que l'on appelle les " références ". Cette première approche bien connue est sans nul doute la moins coûteuse pour les entreprises. Cependant, elle ne permet que d'évaluer des compétences actuelles et ne peut avoir aucune valeur prédictive réelle sur des compétences futures. De plus, je reste très septique quant à son objectivité. Les pratiques quotidiennes de management et de suivi des personnes au jour le jour dans leur travail sont par contre, à mon avis, un bon moyen de connaître les gens et d'en évaluer les compétences de façon juste.
Le troisième type d'évaluation passe par les " assesment centers ". Les centres d'évaluation procèdent généralement par sessions de deux ou trois jours où les candidats sont mis successivement dans des situations différentes sous forme d'exercices ou de mises en situation. Ces exercices peuvent avoir pour but, soit un recrutement, soit une formation. Il peut y être effectué plusieurs tests de personnalité ou d'habileté, des tests cognitifs, un bilan comportemental et des entretiens de différente nature. Toutefois, même si une méthodologie commune des centres d'évaluation doit être respectée, il existe une réelle diversité de mise en place de ceux-ci. Des critères généraux de compétences sont généralement choisis pour une même entreprise, tout en étant spécifiques à chaque fonction. Chez DANONE, par exemple, les critères de traitement de l'information, de passage à l'action, de leadership, d'ouverture et d'enthousiasme sont identiques mais avec une pondération différente selon les fonctions.
  Le détail des critères est évidemment étudié avec une grande attention.
Le test " In-Basket ", évoqué plus tôt, est aussi utilisé dans les " assesments centers ".
Il s'agît de plusieurs notes, provenant d'un secrétaire, d'un supérieur hiérarchique, d'un délégué syndical ou encore d'une personne extérieure à l'entreprise, qui sont remise au candidat et auxquelles il doit apporter une solution. Le but de cet exercice est de se repérer correctement dans des situations différentes, que ce soit seul ou en groupe, successivement ou simultanément. A la suite de ses tests, évalués par des personnes formées, objectives et neutres, un entretien d'évaluation à lieu, afin de faire ressortir les points forts et les points faibles du candidat, ainsi que les domaines d'amélioration à envisager. Ce feedback constitue le réel enjeux de ses tests et est, à mon avis, une phase obligatoire pour qu'il soit riche d'enseignement. Cependant, il est important de signaler que cet entretien à pour but, non pas de vous juger sur vos points faibles, mais bien de connaître votre profil afin de pouvoir vous proposer un poste réellement adapté à vos compétences.
Enfin, examinons le sujet très controversé des entretiens individuels de fin d'année. 95% des entreprises font usage de ce mode formel d'évaluation, alors que 10% seulement d'entre elles en ont un efficace.
Le mode d'évaluation de ces entretiens est passé depuis les années 1990 d'une logique de poste à une logique de compétences. Les différents accords passés à la suite de l'accord CAP 2000 USINOR-SASILOR de 1991 ont d'ailleurs privilégié cette approche. L'entretien vous renvoi désormais davantage à vous-même et il implique beaucoup plus les acteurs de l'entreprise : l'élaboration d'un référentiel de compétence ce fait notamment avec la participation des deux acteurs : le cadre et le DRH. L'entretien évalue la valeur de votre travail, mais aussi vos acquis individuels, en étant attentif au fait de ne pas confondre l'évaluation avec l'appréciation de vos compétences. Il paraît donc important pour vous de négocier la valeur des compétences requises pour votre poste, afin de mieux pouvoir exprimer votre savoir-faire et ses utilisations futures. Il existe pourtant une barrière à cette négociation, qui vient souvent d'une méthodologie peu claire ou d'un mauvais encadrement de l'entrevue, sources de difficultés. Les causes d'échec des entretiens sont notamment souvent dues à un contexte peu favorable, à des pratiques ou des croyances différentes, mais aussi à la personnalité des acteurs. Ainsi, face à un réel changement des compétences des cadres, les DRH ont à leur disposition des outils, pour la plupart, adaptés et fiables, afin de ne pas se tromper dans leurs évaluations. Mais comment vous préparer au mieux à de tels exercices ? L'auto-évaluation paraît une étape indispensable. Une responsabilisation de chacun est attendue par les DRH. Ainsi, Jean-Dominique Peret, DRH d'Air France Liquide, Bernard Fayolle, DRH adjoint de Rhône-Poulenc Agro, ainsi que Jean-Luc Brussier, DRH de KPMG fiduciaire de France, affirment en cœur : " Impossible de demander à nos managers de conquérir leur autonomie, tout en continuant à gérer leur carrière à leur place ". Afin d'être cohérent et réaliste dans votre projet professionnel, mais aussi afin de pouvoir mieux vous situer par rapport à votre potentiel, plusieurs bilans personnels de compétences sont à votre disposition chez différents consultants. Certains cabinets comme AFL Consultants, vous propose par exemple une démarche dynamique et prospective, vous permettant de faire le point sur vos connaissances, compétences et aptitudes, d'identifier vos atouts et vos limites et de vous repositionner sur le marché de l'emploi afin d'être mieux orienté et de mettre en œuvre vos projets de façon pertinente. Cette démarche en trois phases (une phase préliminaire : présentation de la méthodologie, une phase d'investigation : inventaire des compétences, construction de projet, une phase de synthèse : moyens et plan d'action) peut également vous permettre de mieux vous connaître afin de mieux appréhender un jugement en entreprise auquel vous n'échapperez probablement pas. Il existe enfin également dans certaines entreprises tel Microsoft, des logiciels d'auto-formation mis à disposition des salariés de l'entreprise sur l'Intranet et leur permettant de mieux se préparer à d'éventuelles évaluations pour de nouveaux postes.
Une seule question reste alors à se poser : n'existe-t-il pas un risque d'uniformisation et de clônage du profil des cadres de part ces pratiques ? Il est donc important s'auto-évaluer et s'auto-former, mais sans trop de rigidité, en gardant des repères et tout en respectant et préservant la nature de sa personnalité et de son originalité propre.
Sources
 
 

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