Le BIT souligne que ces pays ont été sélectionnés non pas parce que les cas de maladie mentale y sont anormalement nombreux, mais parce que les différents modes d'organisation du travail et régimes de protection sociale qu'ils incarnent sont représentatifs sur les plans de la législation, des services de santé et des solutions apportées aux problèmes de santé mentale.
Pour chaque pays sont étudiées des questions telles que la productivité au travail, le préjudice financier, les dépenses de santé et de sécurité sociale, l'accès aux services de santé mentale et les politiques de l'emploi pour les malades mentaux.
Mme Gabriel explique que le BIT s'est lancé dans cette étude parce que "le lieu de travail offre un environnement adéquat pour éduquer les individus et leur faire mieux prendre conscience des questions d'hygiène mentale dans le but de prévenir les troubles mentaux".
Les auteurs font observer que si les causes de l'instabilité mentale sont complexes et si les pratiques en vigueur sur les lieux de travail, ainsi que les structures des revenus et de l'emploi, diffèrent considérablement d'un pays étudié à un autre, certains traits communs semblent relier la forte prévalence du stress, du surmenage et de la dépression aux changements qui se produisent sur le marché du travail et qui sont en partie la conséquence de la mondialisation de l'économie.
En Finlande, par exemple, la récession du début des années quatre-vingt-dix "a provoqué, au sein de la société et sur le marché du travail, des bouleversements tels que la montée du chômage, la précarisation de l'emploi, l'apparition de contrats de courte durée et de contraintes de délai" qui se sont accompagnés d'une dégradation notable du bien-être mental de la population active.
Les travailleurs allemands ont vécu, au cours de ces dernières décennies, une évolution similaire "principalement due à la rationalisation et à l'introduction rapide de la technologie", ainsi qu'à l'augmentation du chômage. Certes, cette évolution a eu des effets positifs en ce sens qu'elle a réduit la monotonie et favorisé l'autonomie et la participation des travailleurs à la prise de décisions, mais elle a aussi engendré le stress résultant de l'accélération du rythme de travail, des contraintes de délai et des exigences nouvelles concernant la qualité et la quantité de la production.
Les travailleurs des États-Unis et du Royaume-Uni ont relativement moins souffert de la menace du chômage ces dernières années, mais ils ont eux aussi dû s'adapter à une multitude de nouvelles technologies et méthodes d'organisation du travail, introduites pour faire face à l'inexorable montée des exigences de productivité.
La révolution de la technologie de l'information qui se propage rapidement aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, ayant intensifié la concurrence, "il n'est pas surprenant, que de plus en plus de cas d'invalidité aient pour causes des pathologies chroniques telles que la dépression et le stress induit par le travail".
En Pologne, d'importants changements politiques ont engendré une salutaire évolution politique et économique, mais le coût de cette véritable mutation socioéconomique "a de graves répercussions sur le marché du travail et sur le bien-être mental des travailleurs".
Dès lors, ce pays s'est efforcé de mettre sur pied un système d'encadrement qui puisse répondre aux besoins des personnes atteintes de maladies mentales. La loi sur la santé mentale, adoptée en 1994 puis modifiée en 1997 et 1999, a beaucoup amélioré la situation en confiant les soins de santé mentale non plus à de grandes institutions isolées, mais à des établissements et à des programmes communautaires.
Le rapport du BIT constate que dans tous les pays étudiés, des progrès ont été accomplis dans la prise en charge des problèmes de santé mentale au travail. Ainsi, "aux États-Unis, les dirigeants d'entreprises de toutes tailles commencent à admettre que les maladies dépressives représentent le gros des dépenses occasionnées par les problèmes (médicaux) de santé mentale et d'invalidité. Beaucoup d'employeurs, conscients du rapport qui existe entre santé et productivité, enrichissent leurs stratégies de gestion de programmes qui aident les travailleurs à résoudre leurs problèmes professionnels, familiaux et existentiels".
La Finlande s'intéresse désormais de près aux questions de santé mentale, tant à l'échelon national que sur le plan international. "La promotion de la santé mentale progresse dans le monde du travail: le concept finlandais d'aptitude au travail englobe non seulement la protection de la santé physique, mais aussi celle de la santé mentale des salariés dans des systèmes d'organisation du travail sains."
En Allemagne, pays dans lequel les services de santé mentale bénéficient déjà d'un fort soutien institutionnel et gouvernemental, une importance croissante est accordée à la promotion de la santé dans les entreprises. Il y existe depuis longtemps des programmes efficaces de lutte contre le stress, qui comportent "des techniques de relaxation, des jeux de rôles et une formation de type comportemental destinée à développer la confiance en soi et à améliorer les relations interpersonnelles".
Au Royaume-Uni, les organisations de salariés et d'employeurs s'occupent activement des problèmes d'hygiène mentale tandis que, dans l'ensemble, le gouvernement et les institutions ont une démarche préventive. Certaines entreprises ont déjà adopté des stratégies en matière de santé mentale au travail, dont l'analyse a permis de dégager quelques éléments clés de bonne pratique. Les auteurs du rapport notent à ce sujet que l'essentiel est de "reconnaître et accepter que la santé mentale constitue un enjeu important ainsi que d'avoir la volonté d'œuvrer en faveur d'une meilleure hygiène mentale".
Le BIT accueille les 9 et 10 octobre un congrès qui a pour thème
La santé mentale sur le lieu de travail
. Ce congrès est organisé par World Strategic partners, réseau international de l'industrie de la santé basé aux États-Unis, dont le but est de stimuler la réflexion sur la politique et les services de santé, en collaboration avec la Fédération mondiale pour l'hygiène mentale, organisation non gouvernementale qui a son siège aux Pays-Bas et qui se propose, d'une part, de lutter contre les préjugés dont fait l'objet la maladie mentale et, d'autre part, d'améliorer les perspectives sociales et économiques des malades.
A la fin du congrès, le BIT organisera avec l'Organisation mondiale de la Santé et la Fédération mondiale pour l'hygiène mentale un colloque sur la santé mentale et le travail, à l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre. Juan Somavia, Directeur général du BIT, sera l'u