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La prévoyance, enjeu pour les salairés ?
Par Christine Boudineau, sous-directeur de l'Organic

Aujourd’hui la couverture sociale complémentaire constitue un domaine de plus en plus privilégié par l’entreprise pour améliorer le statut social des salariés. Au même titre que la rémunération différée, la prévoyance est un véritable enjeu pour fidéliser les salariés, notamment les cadres supérieurs.

En général, le risque santé est perçu comme essentiel. Il n’en va pas de même pour les "risques lourds" (incapacité, invalidité et décès) qui se révèlent souvent minorés dans les garanties proposées à chaque individu.

I. - Le panorama des éléments de la prévoyance obligatoire

Lorsque l’on analyse les différentes strates de la prévoyance obligatoire des salariés, on observe que certains d’entre eux bénéficient de réels avantages par rapport à d’autres.

Pour les moins protégés, la prévoyance obligatoire va se réduire stricto sensu à la couverture de base octroyée par la sécurité sociale, complétée toutefois par les indemnités journalières versées dans le cadre de la loi sur la mensualisation et par le capital décès servi par l’AGIRC en faveur des cadres.

D’autres salariés, mieux couverts notamment au sein des grandes entreprises ou des secteurs professionnels très structurés, vont bénéficier de régimes complémentaires d’entreprises ou de branches de réelle qualité.

Dans une situation intermédiaire, bon nombre de salariés relèvent de dispositions conventionnelles qui ont pour effet de renforcer certains volets de la couverture obligatoire de sécurité sociale.

La prévoyance des salariés n'est pas un dispositif homogène ...

Décrire la prévoyance des salariés sous l’aspect d’un dispositif global, homogène et complet ne correspond pas à la réalité de la gestion de la couverture complémentaire dans le secteur privé.

L’une des rares clefs d’analyse repose sur la dichotomie entre salariés et cadres et salariés non cadres, les premiers étant généralement mieux protégés sur le plan social que les seconds.

Quelles sont les prestations servies par le régime général des salariés, souvent dénommée "sécurité sociale" par les intéressés ?

S’agissant de l’assurance maladie et comparativement aux autres prestations de prévoyance, le niveau de garantie procuré par la sécurité sociale se révèle relativement élevé.

Toutefois, un mouvement de réduction du niveau des droits tend à l’affecter progressivement :

petit risque (consultations, médicaments) : les bases de remboursement se sont effritées pour varier désormais entre 35% et 100% de prise en charge,
gros risque (hospitalisation) : pour un séjour supérieur à 30 jours ou un acte médical supérieur à K50, le remboursement est intégral, en deçà il est de 80%,
affectations de longue durée, maternité, accidents du travail : la prise en charge est également complète pour les soins assurés au titre de ces risques sociaux,

en revanche, l’arrêt de travail ne bénéficie que de prestations à caractère proportionnel et limité :

maladie : les indemnités journalières représentent 50% du gain journalier, 66% de ce gain à partir du 31ème jour d’arrêt de travail et sous réserve d’avoir 3 enfants. La durée maximale de service des indemnités journalières est de 3 ans.
accidents du travail – maladies professionnelles : 60% du gain journalier sont versés jusqu’au 28ème jour d’arrêt de travail et 80% de cette base au-delà,
invalidité :
totale : 50% du salaire annuel moyen des dix meilleures années représentent la pension servie. Celle-ci est, en tout état de cause, plafonnée,
partielle : 30% du salaire précédemment énoncé.

Ainsi, l’indemnisation de l’arrêt de travail intervient quelle que soit l’origine de la cessation d’activité. La garantie du revenu d’activité n’est assurée que dans ce cas. En revanche, les prestations servies en cas de maladie courante sont très en deçà de cette notion de revenu garanti.

Quant à l’invalidité, les pensions servies ne constituent qu’un faible niveau de prise en charge.

Enfin, l’assurance décès offre un remarquable exemple d’iniquité entre salariés cadres et non cadres. En effet, seuls les premiers perçoivent, à titre obligatoire, un véritable capital ou le service d’une rente selon l’option adoptée. Le salarié non cadre doit se contenter d’une prestation modeste qui s’apparente à la simple prise en charge des frais funéraires.

II. - De réels besoins en matière de prévoyance

Certes, le régime général des salariés constitue en quelque sorte un socle minimal de la couverture sociale. Le plus souvent, les salariés bénéficient de prestations complémentaires envisagées par les conventions collectives ou par les accords d’entreprises.

L’analyse du cas par cas est seule susceptible de permettre l’évaluation du plan de garantie pour chaque salarié.

Quels sont les principaux points à étudier, pour examiner la qualité ou les insuffisances de la prévoyance complémentaire ?

Les frais de santé génèrent, par nature, une forte sensibilité des salariés, fortement préoccupés par le désengagement constant et progressif de la sécurité sociale. Les remboursements se révèlent tendanciellement décroissants, justifiant ainsi le recours à la prévoyance.

A cet égard, il est toutefois préférable d’éviter le remboursement à 100% des frais réels ; le risque étant, à l’évidence, la dérive de la consommation médicale et la hausse des tarifs de la couverture complémentaire.

Le plus souvent, la formule de base proposée est la " garantie ticket modérateur " qui assure la prise en charge entre le tarif de convention de la sécurité sociale et le coût de l’acte médical ou de la prescription.

Certaines " garanties étendues " permettent d’aller plus loin dans le niveau de remboursement, en particulier en cas de dépassements d’honoraires.

La loi Evin de 1989 qui a instauré des règles de protection spécifiques en matière de prévoyance pose comme principe la prise en charge des états pathologiques antérieurs à la souscription du contrat lorsque la couverture complémentaire est à adhésion obligatoire.

Deux situations peuvent alors se présenter :

ou bien l’ensemble du groupe de salariés visés est couvert (employés, cadres…),
ou seule une catégorie donnée est concernée par le contrat de groupe à adhésion obligatoire.

Sur le plan pratique, l’organisme assureur couvrira les groupes importants, sans exiger un questionnaire ou un examen médical.

En revanche, lorsque le groupe de salariés protégés est de taille plus réduite, le questionnaire médical est fréquent avant que ne soit entérinée la décision de prendre en charge la population visée.

La loi Evin exige également le maintien de la couverture complémentaire au bénéfice des anciens salariés : en cas de départ de l’entreprise (retraite, préretraite, invalidité…), les garanties de prévoyance sont maintenues, sans examen médical.

Qu’en est-il des " risques lourds " (invalidité, décès) ?

S’agissant de l’arrêt de travail ? la qualité de la prévoyance se mesure, en premier lieu, à partir du moment où le salarié n’est plus garanti dans le cadre de la mensualisation (maintien de 90% de la rémunération brute pendant 30 jours ; maintien de 66% de la rémunération pendant les 30 jours suivants).

Il s’agit ensuite de vérifier que la garantie repose sur une prise en charge en pourcentage du salaire, indépendamment de l’origine de l’arrêt de travail. Le niveau des prestations est souvent très différent en cas de maladie et d’arrêt de travail, alors que le besoin de revenus de remplacement est identique dans les deux cas. D’une manière générale, l’arrêt de travail est un risque mal assuré et peu identifié en tant que tel par les salariés.

L’invalidité doit également susciter la vigilance. Le plus souvent, la prévoyance organise une couverture en cas d’invalidité totale mais non en cas de survenance d’une

invalidité partielle. Cette situation a des conséquences sur l’aptitude à reprendre un emploi. Aussi est-il impératif que ce risque soit pris en charge de manière satisfaisante.

Le diagnostic de la qualité du contrat d’assurance repose sur l’étude de ces différents points, en complément du niveau de la tarification. Celle-ci n’est pas seule déterminante. Le niveau des prestations doit être bien évidemment un critère majeur de choix.

Quant à la couverture du décès, elle exige une attention extrême, puisque l’approche est différente selon que sont concernés des cadres ou des non-cadres.

Pour ces derniers, la garantie du décès est souvent délaissée ; quitte à laisser démunis les survivants (conjoint et enfants) dans une situation très précaire. L’étude du ration coût/prestations garanties est incontournable pour appréhender la qualité d’un contrat de prévoyance.

Pour conclure, la prévoyance est un domaine mal appréhendé par les salariés et les entreprises. Face à la nécessité de bien articuler tous les niveaux de garanties (obligatoires, complémentaires, conventionnels, individuels…), il est impératif d’analyser les caractéristiques de la population salariée couverte et de pallier les insuffisances de la protection de base lorsqu’elle se révèle restrictive ou incomplète.

 

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