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Circulaire ministérielle du 24 juin 1998
relative à la réduction du temps de travail |
La ministre de l’emploi et de la solidarité à
Madame et
Messieurs les préfets de région, Mesdames et Messieurs les préfets de département,
Messieurs les directeurs régionaux du travail, de l’emploi et de la
formation professionnelle, Mesdames et Messieurs les directeurs départementaux
du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle,
La mise en oeuvre de la loi d’orientation et d’incitation sur la réduction
du temps de travail est l’une des priorités essentielles du
Gouvernement dans sa lutte contre le chômage. Elle nécessite une
mobilisation de l’ensemble des services de l’État, s’articulant
avec l’action spécifique des services déconcentrés du ministère de
l’emploi et de la solidarité.
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| I - Les objectifs
de la loi |
La loi d’orientation et d’incitation traduit la volonté du
Gouverne-ment de recourir à tous les moyens possibles pour créer des
emplois et réduire le chômage. Elle met en oeuvre les orientations
annoncées par le Premier ministre lors de la Conférence nationale sur
l’emploi, les salaires et le temps de travail du 10 octobre 1997.
Même si la reprise économique est forte et durable, elle ne suffira
en effet pas à elle seule à réduire très fortement le chômage, et
toutes les pistes doivent être recherchées pour développer l’emploi.
Au premier rang d’entre elles, figure la réduction du temps de travail
qui, bien conduite, peut créer des centaines de milliers d’emplois.
L’objectif de la loi d’orientation et d’incitation est donc de
relancer le processus de réduction du temps de travail, en privilégiant
la voie de la négociation sociale. La démarche qu’elle adopte est à
la fois résolue et souple.
Résolue car un cap est clairement fixé, avec la baisse de la durée légale
à 35 heures au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés,
et des incitations à freiner l’excès des heures supplémentaires et prévenir
les pratiques abusives en matière de travail à temps partiel.
Souple car la démarche retenue est fondée sur la négociation, pour
aboutir à des compromis équilibrés concernant l’évolution du temps
de travail, de l’emploi et des rémunérations, trouver les modalités
de réduction du temps de travail les plus adaptées à la diversité des
situations de branches et des entreprises, permettre les réorganisations
du travail indispensables au développement de l’emploi, et construire
l’équilibre entre les besoins économiques des entreprises et les
souhaits des salariés.
Souple car la loi laisse aux partenaires sociaux le temps et la
latitude nécessaires pour négocier, qu’il s’agisse des entreprises
de plus de 20 salariés ou de celles de taille inférieure pour lesquelles
l’échéance de baisse de la durée légale est reportée au 1er janvier
2002.
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| Souple enfin car un dispositif législatif en deux temps est prévu. Une
deuxième loi déterminera, à l’automne 1999, les nouvelles règles qui
s’appliqueront notamment en matière de modulation du temps de travail,
de temps partiel choisi et d’heures supplémentaires. Elle ne remettra
pas en cause les accords conclus sur la base de la législation actuelle,
sous réserve des clauses d’ordre public non susceptibles de dérogation
telles que les dispositions relatives aux durées maximales, à la rémunération
des heures supplémentaires, et aux contrats de travail à temps partiel,
et tiendra au contraire compte du résultat des négociations ainsi que de
la situation économique. La loi d’orientation et d’incitation commentée
ici fixe le cadre de ces négociations, organise un dispositif d’aide
financière d’autant plus important que les entreprises s’engagent
rapidement dans la démarche, et prévoit les aides à l’ingénierie et
au conseil nécessaires pour appuyer celle-ci.
Les trois instructions jointes reviennent de façon détaillée, à
partir de fiches explicatives, sur le contenu précis de la loi et des
dispositifs d’accompagnement relatifs à l’incitation financière et
à l’aide au conseil.
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| II - La
mobilisation des services de l’État |
Il importe que l’ensemble des services de l’État se mobilisent, sous
l’égide des préfets, pour assurer la diffusion de l’information sur
la loi d’orientation, et créer les conditions favorables à
l’enclenchement du processus de négociation. Tous les services doivent
contribuer à traiter le thème de la réduction du temps de travail dans
les contacts qu’ils sont amenés à avoir avec les entreprises.
Il s’agit d’abord de favoriser la diffusion d’une information précise
et objective sur le contenu de la loi et des dispositifs
d’accompagnement.
Les préfets devront saisir toutes les occasions d’expliquer lors des
manifestations ou réunions auxquelles eux-mêmes ou leurs collaborateurs
sont amenés à participer les opportunités concrètes qu’offre la loi,
et mèneront à cet effet des contacts suivis avec les représentants des
employeurs, les chambres syndicales ou consulaires, les réseaux qui
travaillent au contact quotidien des entreprises, principalement des PME,
ainsi que les organisations syndicales. Ils pourront dans ce cadre saisir
les instances habituelles de consultation, comme les CODEF ou les COREF.
Ils organiseront en lien avec les directions régionales et départementales
du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle toutes les
actions de communication jugées utiles à destination des entreprises et
des partenaires sociaux, directement ou en partenariat, en fonction des
situations locales. Ces actions pourront s’appuyer sur la campagne
nationale d’information qui sera lancée à partir de la fin du mois de
juin, et à laquelle ils seront par ailleurs associés. Il est souhaitable
qu’elles prennent le plus possible appui sur des exemples concrets
valorisants, sur la base de témoignages ou d’expériences réussies, et
qu’elles ne négligent pas les contact de proximité dans le cadre de
rencontres, formelles ou informelles, avec l’ensemble des partenaires
concernés.
Devront enfin être organisés, avec l’appui des directions régionales
du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, les plans
d’action nécessaires pour soutenir l’ingénierie, l’animation et la
capitalisation des expériences, en mobilisant les réseaux d’appui les
plus pertinents aux différents niveaux géographiques concernés. Toutes
les initiatives pour trouver et développer des partenariats avec les
collectivités territoriales qui le souhaitent, et notamment les conseils
régionaux, pourront être prises en ce domaine.
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| III - L’action
des services du ministère de l’emploi et de la solidarité |
L’action des services du ministère de l’emploi et de la solidarité
doit bien sûr contribuer à celle menée sous l’égide des préfets par
l’ensemble des services de l’État, mais elle a aussi, compte tenu de
leurs missions, une dimension spécifique tout à fait essentielle.
Dans la mesure où la réussite de la loi d’orientation repose sur la
capacité des partenaires sociaux à négocier des accords prévoyant une
réduction effective du temps de travail, modifiant l’organisation du
travail dans un sens favorable à l’emploi et prenant en compte les
conditions de travail et les aspirations des salariés, les services du
ministère ont en effet un rôle central à jouer pour stimuler et
faciliter ce processus.
Ce rôle passe simultanément par plusieurs types d’actions, que sont
la participation à l’information et à l’animation autour du contenu
de la loi, l’incitation à la négociation et l’appui aux entreprises,
aux syndicats et aux salariés pour éclairer et faciliter son déroulement,
le contrôle de la réglementation du travail, et la gestion des
dispositifs d’incitation financière et d’aide au conseil.
Ces actions sont indissociables et complémentaires, et nécessitent,
tant au niveau départemental que régional, une stratégie coordonnée
d’intervention des services. Cette coordination entre les interventions
de l’inspection du travail et des services de l’emploi s’impose en
direction des entreprises qui sont en situation de développer l’emploi
comme de celles où il s’agit de rechercher une alternative à d’éventuels
licenciements économiques. C’est déjà l’esprit des démarches engagées
depuis quelques années dans plusieurs régions, et il est aujourd’hui nécessaire
de les systématiser et de les démultiplier.
Les actions de formation prévues par l’INTEFP suite aux séminaires
interrégionaux qui se sont tenus en avril et mai derniers permettront de
faciliter ce processus. Il importe que dans le même temps les directeurs
régionaux et départementaux assurent, en s’appuyant sur les
correspondants désignés dans chaque département, une impulsion, une
programmation et une coordination des initiatives à entreprendre dans les
différents registres.
Ceci impose un effort systématique de circulation de l’information
et d’animation dans les différents services. Cet effort est
indispensable à la cohérence et à la compréhension des politiques
conduites vis-à-vis des entreprises. Il importe que les contrôleurs du
travail, qui sont les interlocuteurs principaux de la majorité des
petites et moyennes entreprises, y soient étroitement associés.
Les directions départementales du travail, de l’emploi et de la
formation professionnelle ne peuvent appuyer et éclairer le dialogue
social qu’à partir d’une bonne connaissance des entreprises, d’une
appréciation du contexte économique dans lequel elles évoluent et
d’une vision claire des pratiques et des relations sociales qui s’y déroulent.
L’action de l’inspection du travail est à cet égard irremplaçable,
tant pour garantir le respect des règles protectrices prévues par la réglementation
du travail que pour permettre cette connaissance en profondeur de la réalité
économique et sociale des entreprises, et mettre en évidence les
opportunités liées à la négociation sur le temps de travail.
Le contrôle de la réglementation relative à la durée du travail est
dans ce contexte un élément d’intervention essentiel. Il doit déboucher
sur des sanctions lorsque des règles fondamentales sont en cause,
notamment en matière de durées maximales et de paiement des heures supplémentaires.
Le souci constant doit toutefois être d’inciter à la recherche de
solutions négociées, en faisant prendre en compte par la négociation
les problèmes révélés par les contrôles, et en facilitant si besoin
est cette démarche par une information et un appui aux partenaires de la
négociation, une aide juridique ou, le cas échéant, une orientation
vers les dispositifs d’aide au diagnostic et au conseil. Toutefois, en
cas de refus ou d’échec, des sanctions doivent être prises.
La réduction de la durée du travail est donc l’occasion de faire
franchir une étape complémentaire dans la coordination des services du
ministère de l’emploi et la cohérence de leur action.
Les enjeux majeurs que sont la création d’emplois, l’évolution
des organisations du travail, et la réponse à l’attente des salariés
d’avoir davantage de temps libre, nécessitent une mobilisation
exceptionnelle des services de l’État, dont l’action d’information,
d’animation et d’appui technique sera l’une des clés de la réussite
du processus lancé par le Gouvernement.
Vous me rendrez compte de tous les problèmes que vous pourrez
rencontrer dans sa mise en oeuvre, et accorderez un soin particulier à la
qualité des remontées d’information prévues pour en assurer le suivi.
Je compte sur votre action.
MARTINE AUBRY |
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