Compte rendu du Café Tripalium, Mardi 15 Novembre 2005.
Par Aurélien Freret
Pour cette première édition du Café
Tripalium, Les 27 personnes présentes au Manoir se sont rencontrées
pour débattre sur le thème du dialogue social,
et de la jurisprudence récente.
Dans un premier temps quelques points
portant sur le dialogue social ont été abordés, faisant directement
référence à l’actualité récente.
En effet, les récents conflits sociaux de la RTM (Régie des
Transports de Marseille) ont servi de base pour entamer les
débats sur ce sujet. La grève de la régie ayant commencé début
Octobre 2005 a été déclarée illégale le vendredi 4 Novembre 2005 par
le Tribunal de Grande Instance de Marseille.
Le juge a estimé que le refus par les grévistes d’une délégation
de service public, décision politique, n’avait pas de « caractère
professionnel » et que la grève, à ce motif, était donc illégale.
Ce point de départ a permis aux
participants de s’interroger sur l’existence d’un baromètre social.
Comment pourrait-on prévenir de tels conflits ? Existe-t-il une
échelle qui permettrait de mesurer l’importance d’un conflit ?
C’est l’objet de l’alarme sociale mise en
place le 11 juin 1996 à la RATP sous la présidence de Jean Paul
Bailly.
L'alarme sociale est un dispositif mis en place dans le cadre
d'un protocole d'accord sur le droit syndical et l'amélioration du
dialogue social signé le 11 juin 1996 à la RATP par la direction et
l'ensemble des organisations syndicales (à savoir les six " familles
syndicales " que constituent la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, CGT-FO,
les autonomes et les indépendants) à l'exclusion de certaines
branches de la CGT.
Dans cet accord figure un code de déontologie qui met en avant une
amélioration du dialogue social et assure un service public de
qualité. Cet accord a permis de diviser par quatre le nombre de
préavis de grève posés entre le début des années 1980 et aujourd’hui
(800 contre 200 actuellement).
Il reste à savoir si un système
équivalent a été mis en place avec réussite dans une entreprise
privée.
Mais si le système d’alarme sociale semble
une réussite à la RATP, pour certains une différence fondamentale
reste à soulever : on ne peut placer une même définition derrière le
terme de « dialogue social » dans les petites et moyennes
entreprises d’une part, et les grandes entreprises d’autre part. Si
l’on rajoute à cela la représentativité des syndicats dans
l’entreprise, puis les taux de participation aux différentes
élections, il parait légitime de se demander alors si chaque
entreprise ne donne pas sa propre définition du dialogue social.
Derrière chaque entreprise se cache une culture et de nombreux
autres facteurs qui influencent la façon de dialoguer.

Dans un deuxième temps, les participants
ont pu débattre autour de trois affaires récentes : deux traitées
devant la cour de cassation (n°03-44855 et 03-46431) et un recours
devant le conseil des prud’hommes.
Dans le 1er cas traité, la
société, en proie à des difficultés économiques, licencie l’une de
ses salariés pour motifs économiques. Or cette dernière fait valoir
que la société n’a jamais déposé ses comptes auprès du tribunal de
commerce, ce qui entraîne une impossibilité de vérifier l’exactitude
du bilan financier, et qui enlève donc toute cause réelle et
sérieuse à son licenciement. Le Conseil des Prud’hommes justifie
l’action de la salariée et condamne la société aux dépens.
Rappelons les trois conditions d’un
licenciement économique selon l’article L.321.1 : Constitue un
licenciement pour motif économique, le licenciement effectué par un
employeur pour un ou plusieurs motifs, non inhérents à la personne
du salarié, résultant d’une suppression ou transformation d’emploi
ou d’une modification substantielle du contrat de travail,
consécutives notamment à des difficultés économiques ou à des
mutations technologiques. Notons que le résultat déficitaire
d’un atelier ne suffit pas, alors qu’aucune difficulté n’apparaît au
niveau du groupe. (Cass. Soc 5 avril 1995, pourvoi n° 93-42690)
Si pour certains dans l’audience, les juges
prud’homaux n’ont pas à sanctionner une entreprise parce qu’elle n’a
pas déposé ses comptes aux greffes, pour d’autres en revanche, il
faut des faits objectivement et matériellement vérifiables qui ne
peuvent être apportés dans l’affaires si les comptes n’ont pas été
déposés. Il n’en reste pas moins que, selon un participant, une
multitude d’affaires portées en justice engorgent les tribunaux pour
des vices de procédure.
L’un des débatteurs a alors fait référence a
un pourvoi en cassation,
marquant le fait que le juge doit statuer sur les pièces apportées
dans le dossier et non sur un jurisprudence précédente concernant
l’entreprise. La solution se trouverait-elle en Alsace, où la
sanction imposée à l’employeur fut une formation obligatoire ?
Dans un deuxième temps, l’assemblée du jour
a étudié le recours en cassation portant sur la visite médicale d’un
salarié nouvellement embauché qui décèle un handicap.
En effet, une salariée nouvellement embauchée dissimule son
handicap et certifie que rien ne s’oppose à l’accomplissement de son
travail. Cinq semaines après l’embauche, elle passe la visite
médicale qui révèle son handicap. L’employeur rompt le contrat,
invoquant le dol. Les juges du fond estiment que l’employeur ne peut
se prévaloir du dol puisque la salariée n’a pas à lui révéler son
handicap, et le condamne aux dépens.
En premier lieu, certains participants se sont étonnés d’un
licenciement alors que la salariée était encore en période d’essai.
Cet exemple a permis de mettre en avant le changement de règles
concernant le décompte de la période d’essai : désormais l’essai se
compte en jours calendaires et non plus en jours ouvrés.
La réunion s’est terminée sur l’arrêt du 21
Septembre 2005.
Un employeur dépose auprès de l’ANPE trois offres de recrutement.
Une personne à la recherche d’emploi est envoyée dans le cadre d’une
« évaluation de travail ». Il s’agit d’un véritable contrat à durée
indéterminée selon la personne signataire du stage d’évaluation en
milieu de travail. La cour d’appel estime ici qu’il s’agit d’un
stage, et non d’un CDI. Le débat s’est alors porté sur l’utilisation
abusive de ce genre de contrat par les employeurs. Rapidement les
participants ont fait part de leurs expériences, concluant que c’est
un cadre qui semble se prêter aux abus, mais qui est très réglementé
et surveillé. Beaucoup d’expériences bénéfiques ont montré que
l’ANPE est très vigilante, et qu’il est souvent difficile pour cette
agence de trouver des entreprises partenaires pour ce dispositif.
Pour conclure, les participants se sont
donnés rendez-vous le mardi 13 Décembre au Manoir, 34, Boulevard
Haussmann 75009 Paris, pour continuer le débat sur le dialogue
social, et commenter de nouveaux arrêts de jurisprudence récente,
avant un prochain café en Janvier dont le thème sera sur les
pratiques éthiques dans les ressources humaines. Deux spécialistes
habitués des colloques viendront boire un Café avec nous !
